28 juin 2012

LA FRANCE D'OC. Le félibrige sans la langue. Une revue littéraire à Montpellier en 1894. Encore et toujours Paul Redonnel

La France d'Oc avec sa devise Auzor! Auzor!  Montpellier 1894


Dans notre série Passage de revues, voici une étrangeté : une revue se réclamant hautement de Frédéric Mistral et du félibrige et portant sans équivoque un titre occitan, mais qui, tout au long de sa parution, ne comporte pas un mot écrit en langue d'Oc. Une revue aussi qui, fondée par un militant de la future Action française, prend en cours de route une tonalité pro-dreyfusarde, et polémique vertement contre Drumont.

La France D’Oc  
Organe régionaliste hebdomadaire illustré.

Un numéro specimen parait en septembre 1894, suivi sans transition par un N° 2 le 21 octobre 1894.  
Après le n°8 du 2 décembre 1894, les parutions ne sont plus datées,  et le 19ème et dernier numéro doit avoir vu le jour dans l'été 1895.

Rédaction et administration : 19 faubourg de la Saunerie, Montpellier.
Directeurs : Rédaction, Achille Maffre de Baugé ; Administration , Louis Ferrer.
Secrétaires de rédaction : Baron Pierre de Tourtoulon, Louis Berthomieu..
Imprimerie J. Rascoussier, Montpellier.
Devise : Auzor! Auzor!
28 x 39 cm.
Paul Redonnel est rédacteur en chef du n°5 à la cessation de parution.
Paul REDONNEL prend la direction... et change de cap

Présentation
C’est d'abord une revue luxueuse, sur beau papier fort, richement illustrée, bénéficiant d’une mise en page très aérée. Mais ce luxe disparaît vite, dès le n°4.

Tonalité
La France d’Oc est un journal français et régionaliste. Il n'a jamais publié un seul texte occitan. Quand les textes originaux sont “en provençal”, il les traduit, l'auteur fut-il Mistral lui-même. Cela justifie les réticences initiales de celui-ci, dont le patronage est pourtant sans cesse invoqué. Il est vrai que l’enthousiasme de Maffre de Baugé finit par lui arracher sa bénédiction. La ligne générale est donc celle qui, déjà, commence à être théorisée par Charles-Brun : un régionalisme portant, à l’intérieur de l’espace français, sur l’ensemble des activités humaines. Mais très curieusement, Jean Charles-Brun ne figure pas parmi les collaborateurs.
Fidèle à cette ligne, La France d’Oc publie aussi bien des textes littéraires que des essais théoriques ou des analyses historiques ou économiques.
Finalement, après la reprise en main par Paul Redonnel et Louis Ferrer, la revue a une excellente tenue intellectuelle, avec des articles de fond remarquables. En pleine affaire Dreyfus, elle prend des positions clairement dreyfusardes, et se veut (sans toujours y parvenir), une revue prolétarienne. 
Il va sans dire que ces orientations éloignent définitivement Achille Maffre de Beaugé.
Achille Maffre de Baugé et le "Provincialisme international". 1896, à Sète

Responsables
Achille Maffre de Baugé (1855-juillet 1928 ) est l’initiateur de cette revue. Ce mousquetaire fort Louis XIII, remuant et “apolitique à la Maurras” est un agité de la tradition. Il a la plume facile, publie sur tous les sujets, se fait voir aux quatre coins de l’Europe, rimaille à propos de tout et de rien. Il larde ses adversaires de vers plus ou moins acérés. En 1908, il publie chez Grasset son recueil Terre d’Oc et en 1927 le (trop) luxueux Promontoire aux éditions de la revue Septimanie. 
Je reviendrai sans doute, à propos de curieux manuscrits, sur ce curieux personnage dont le curieux petit-fils, Emmanuel Mafffee-Baugé évoque les frasques dans son roman sur Jean Maffre.  
Il disparaît totalement de la revue dès le n°5. 
Achille Maffre de Baugé un an avant sa mort par Chevet (ill. tirée de son livre Le Promontoire).
Paul REDONNEL aura, à partir du numéro 5, la lourde tâche de canaliser la revue : “Paul Redonnel, l’écrivain remarqué, de vieille souche languedocienne, dont le passé littéraire affirme le talent incontesté...” devient Rédacteur en chef.  On rappelle qu’”il fut le secrétaire particulier de Jules Simon, secrétaire de rédaction de  La Plume et collaborateur de L’Ermitage,  de  L’Etoile, etc... Il dirige actuellement la revue provinciale  Chimère et la Maintenance de Languedoc l’a chargé du secrétariat de direction de  La Cigalo d’Or”.   En fait, il  dirige simultanément les trois revues littéraires de Montpellier !!! 
Globalement, il est plutôt "de gauche", dreyfusard, franc-maçon, ésotérique et rose-croix.
Pierre de Tourtoulon est certainement un parent du baron Charles de Tourtoulon, un des créateurs de la Revue des Langues romanes  et de la Revue du monde latin 
Louis FERRER  tient les cordons de la bourse, mais agit aussi très énergiquement sur le contenu de la revue.

Grands invités
La première page du numéro spécimen est réservée à la liste des “principaux collaborateurs” (futurs ou espérés),  parmi lesquels on relève :
Jean Aicard, Folco de Baroncelli, Berluc-Perussis, Valère Bernard, Maurice Bouchor, Paul Bourget, François Coppée, Docteur Ferroul, Jules Gariel, Félix Gras, José-Maria de Hérédia, Clovis Hugues, Pierre Loti,  Charles Maurras, Achille Mir, Frédéric Mistral, Raoul Ponchon, Emile Pouvillon, Louis-Xavier de Ricard, Paul Verlaine, Paul Vigné d’Octon...
Cette liste surprend. On y rencontre bien sûr le ban et l’arrière-ban du félibrige : Mistral, Gras, Bernard, Berluc-Perussis, Mir, Baroncelli.
Mais un deuxième groupe, celui des “politiques” (parfois aussi félibres) réserve quelques surprises : Maurras y côtoie Ferroul le futur héros des manifestations viticoles de 1907, et les très socialistes De Ricard ou Vigné d’Octon, et même le radical franc-maçon Jules Gariel, très puissant directeur du Petit Méridional.
Enfin, la troupe des écrivains rassemble sous la bannière du ponte François Coppée des gens comme Verlaine, Paul Bourget, M. Bouchor, Hérédia, Loti, Ponchon, avec un seul vrai régionaliste (en plus de Vigné d’Octon) : Emile Pouvillon.


Le problème, c'est que  ni Jean Aicard, ni Folco de Baroncelli, ni Berluc-Perussis, ni  Valère Bernard, ni Maurice Bouchor, ni Paul Bourget, ni François Coppée, ni le Docteur Ferroul, ni Jules Gariel, ni José-Maria de Hérédia, ni Clovis Hugues, ni Pierre Loti,  ni Achille Mir, ni Raoul Ponchon, ni Emile Pouvillon, ni Paul Verlaine, ni même Paul Vigné d’Octon... n'écriront jamais une ligne dans la revue. 
Mais cette liste, concrétisée ou non par des contributions effectives, a le grand mérite de montrer l’ecclectisme voulu et affirmé de  La France d’Oc. 
 
Voyons donc ceux qui réellement y ont participé :

Quelques locaux
Ne relevons que quelques curiosités. Les “locaux” ont le monopole de l’illustration avec les sculpteurs Baussan et Injalbert et les peintres Edouard Marsal, Léon Galland, Léon Cauvy, Paul Grollier, Victor Faliès, Paul Coulet, Louis Paul... 
Certaines contributions sont très anecdotiques.

Jean Carrère : C’est surtout le grand reporter du Matin. En 1900, il est à Johannesburg pour la guerre du Transvall, et en tire deux livres chez Flammarion :  En Pleine épopée et  Le Pays de l’or rouge. puis toujours en 1900, il rencontre le Pape à Rome. En 1907, c’est  La Terre tremblante sur la destruction de Messine. etc... En 1893, la Bibliothèque de La Plume  réédite ses Premières poésies.  En 1909, c’est un petit roman sur les gardians de Camargue  La Dame du Nord, qui parait chez Grasset.
Léopold Dauphin (1847-1925) : ce biterrois est poète et musicien. C’est aussi le père de Jaboune et le beau-père de Franc-Nohain. IL s'ennorgueuillit à juste titre de l'amitié , bien réelle, de Mallarmé.
Achille Mir (1822-1901) : Lou sermou dal curat de Cucugna est paru en 1884. C’est la dernière version du conte, sans doute la meilleure. Cet audois est un hôte de choix pour la revue.
Louis-Xavier de Ricard (1843-1911) : Félibre rouge, communard, journaliste et patron de presse, ami de Jules Guesde, indéfectiblement attaché à Mistral qui le lui rend bien, il est aux côtés d’Arnavielle et Maurras pour un félibrige radical.
Louis Vernhes : Ce fils de relieur est encore très jeune. Il sera félibre et gérant de Calendau (1934).
Ajoutons encore Gaston Jourdanne, Fernand Troubat ou Joseph Loubet.

Réseaux
Plusieurs réseaux semblent mis à l’œuvre : le félibrige est bien sûr sollicité. Mais plus que des affinités culturelles ou artistiques, il semble que ce soit l’entregent des directeurs qui ait noué les collaborations.
Pourtant, à y bien regarder, on retrouve au moins 7 des 17 membres du  Caveau du Dix  de Montpellier parmi les collaborateurs de  La France d’Oc. auxquels on pourrait rajouter Redonnel qui le soutenait sans en faire stricto-sensu partie, et le père de l’un d’eux, Albert Arnavielle. Avec le  Caveau, nous sommes bien en présence d’un noyau activiste. 

Programme du CAVEAU DU DIX à Montpellier en 1895

Aire géographique
La revue prend très rapidement une implantation qui correspond à son titre.
Par exemple, Johannès Plantadis et Sernin Santy  représentent le Limousin,  Vaschalde l'Ardêche,  la Catalogne et Perpignan sont souvent évoqués, Paul Mariéton est à la fois parisien et lyonnais, et Raoul Lafagette les Pyrénées.

Sommaires
Numéro spécimen septembre 1894.
La première page est réservée à la liste des “principaux collaborateurs”.
Suit un portrait de Frédéric Mistral (encore jeune) par Marsal.
Textes de : Pierre de Bandinel, Ulysse Coste, Pierre Ludo, Achille Maffre de Baugé, Francis Maratuech, Henri Mazel, Marc Milhau, Paul Redonnel (sur la Sainte-Estelle, dédié à Louis-Xavier de Ricard).
Collaborateurs aux numéros 2 à 4  : Emile Bourdelle, Robert Bernier, Auguste Baussan (ill), Maurice Bouchor, Antoine Bénézech, Louis Berthomieu, A. Courties, Léon Cauvy (ill), Paul Coulet (ill), Victor Faliès (ill), Henri Fortuné, Froment de Baurepaire, Jean Fournel, Edmond Fontan, Léon Galand (ill), Paul Grollier (ill), Félix Gras, Joseph Loubet, Jean Lebon, Jean Magrou, G. Michel-Quatrefages, Frédéric Mistral, G. Mathieu-Marto, Camille Mondou, Henri Ner, Louis Paul (ill), Paul Redonnel, Séverine, Pierre de Tourtoulon.
Numéro 5, 11 novembre 1894 (Premier n° signé par Paul Redonnel)
Textes de : Louis Berthomieu, Garrigue-Plane, Félix Gras, Joseph Loubet, Pierre Ludo, Achille Maffre de Baugé [polémique galante avec Séverine], Francis Maratuech, Louis-Xavier de Ricard.
Dessins de Carles Dauriac, du Caveau du Dix, qui sera critique parisien sous le nom d’Armory


 N° 6 (18 nov. 1894) : Paul Redonnel (à propos de l'Affaire Dreyfus : Eloge du traitre) ; Gaston Jourdanne, Jean Rameau , Antoine Bénézech, Fernand Troubat, Pierre Ludo.
N° 7 (24 nov.) :  Camille Mauclair (surprenant dessinateur) , Abel Platon, Paul Redonnel, Edmond Fontan, Pierre Dévoluy, Armand Sylvestre, Joseph Loubet, A. Crillon, J. B. Michelet (l'écrivain ésotérique).
N° 8 (2 déc. 1894) : Ary de Saint-Pol (?), Paul Redonnel, Jean Philibert, Paul Fagot, Léopold Dauphin, Félix Gras, G. Michel-Quatrefages.
N°9 (sans date) : Raoul Charbonnel, Paul Redonnel, Jean Fournel (une vieille connaissance qui débute ici), Charles Ratier, Georges Richard, Fernand Troubat. 
N°10 (s.d.) : Jean Carrère, Jean Guilhem (Pierre Azéma) , William Vinson, Alber Jhouney.
N° 11 : Georges Bidache-Gael, Elie Fourès, Juan B. Ensenat, Léon Cauvy (un poème et une illustration), William Vinson, Paul Redonnel, J.F. Malan.
N°12 : J. Félicien Court, Paul Redonnel, William Vinson, Ch. M. Limousin, Henri Vaschalde, Jean Flore.
N°13 : Paul Redonnel, Charles Maurras, Louis-Xavier de Ricard (les deux à la suite, pour tenir la balance équilibrée), Paul Maréton ("LE" félibre de Lyon), Pierre Ludo, Joël de Romano, Carle Dauriac.
N° 14 : Victor Falliès, Louis Ferrer (sur l'interdiction des corridas), Jules Ronjat, Paul Redonnel, Horace Chauvet, Albert Liénard (futur Louis Payen), Fernand Troubat.
N° 15 : Paul Redonnel, Clovis Hugues, Johannès Plantadis, de Montredon, Sernin Santy, Fernand Troubat.
N° 16 : Jean Bourrat, Pierre Devoluy, Raoul Lafagette, Paul Redonnel (sous le pseudonyme de Ian Montgoï), Pascal Delga, Henri Ner.
N° 17 : Ferdinand Castets (maire de Montpellier, sur la décentralisation), E. Dandréis (député, voir notre article dans ce blog sur La Capeleta), Louis Ferrer, Auguste Marin, Paul Redonnel, G. Mathieu-Mario, Henri Ner. 
N° 18 : Paul Redonnel, Joseph Mange, Alfred Massebieau, Paul Redonnel  sous le pseudonyme de L'Abbé Vérus (M. Drumont et nos frères les juifs. Le titre dit tout.) , Paul Redonnel encore (pseud Ian Montgoï), Paul Fagot, Louis Ferrer.
N° 19 (annoncé pour être le dernier) : Louis Ferrer, Paul Redonnel, Henri Dagan, René de Saint-Pons (?), Horace Chauvet, Adolphe Pieyre, Noël Miser, G. Mathieu-Mario.
Paul Redonnel contre Edouard Drumont



Editions associées
Redonnel est aussi le directeur de la  Bibliothèque d’Occitanie qui se propose de publier les œuvres de Redonnel, Devoluy, Maratuech, Loubet, A. Arnavielle...

Dans  Septimanie du 25 mars 1925, Paul Duplessis de Pouzilhac déclare “La France d’Oc sombra stupidement, par la faute de son administrateur”. Mais Duplessis de Pouzilhac est l'ami indeffectible de Maffre de Beaugé, et partage très vivement ses positions extrèmement droitières, qui ne sont pas celle de l'administrateur Louis Ferrer. 

La seule collection recensée de la revue est celle de la Bibliothèque Nationale de France. 
LA FRANCE D'OC sabre au (Mau)clair par Camille... Mauclair



12 juin 2012

Des REVUES, des JOURNAUX pour maintenir et sauver la LANGUE D'OC. Stratégies éditoriales, publics cible, choix divers... (1850-1950)

                  A Norwenn Ansquer avec son sourire et son rire dans le déluge. 

Cansou lengodouciéno in L'Almanach des Muses 1767

                  Ce dimanche 10 juin je suis allé, dans le cadre de Total Festum, et sollicité par le LR2L (Languedoc-Roussillon Livre et Lecture), à Chanac , en Lozère (dans le superbe château du Vialard) , donner une conférence sur les diverses stratégies utilisées par les REVUES LITTERAIRES OCCITANES au temps du félibrige, disons 1850-1950.

                  Voici le synopsis de cette conférence, comme des cailloux sur lesquels j'ai sauté à grands pas pour traverser, près du Lot, une heure de bavardage.

                  En ce temps-là, aucune institution ne songeait à aider les langues régionales à survivre.
                  Le seul espoir de sauver la culture "occitane" reposait sur LA LANGUE et LA LITTERATURE. 
                  LE LIVRE fut largement mis à contribution, et plus particulièrement MIREILLE, "LE" livre de la renaissance provençale par excellence (1859).
                  Mais  notre sujet d'aujourd'hui concerne un 2e média : LES REVUES.
                  Leur nombre fut innombrable : la seule lecture des centaines de titres de revues publiées en occitan épuiserait largement mon temps de parole.
                  Elles couvrent tout le territoire occitan, et prolifèrent même à Paris.  
                  Leur prolifération et leur importance dévoilent le sentiment partagé par tout le monde de l'importance de la presse !

                 Mon histoire commence en 1854, le 21 mai. Ce jour-là, 7 jeunes hommes prennent en même temps deux décisions :
                      * fonder un mouvement pour la défense et l'illustration de la langue provençale : le félibrige.
                      * créer un almanach pour diffuser largement la langue restaurée et sa littérature : L'ARMANA PROUVENCAU.
                 C'est dire que, pour eux, l'un ne va pas sans l'autre.

                  Mais quelle presse et quel rôle?
                  Ma causerie va essayer de caractériser les choix qui ont présidé à la création et à la diffusion de ces revues occitanes, et les diverses stratégies adoptées, souvent en toute conscience, par leurs créateurs.

1 *** La plus simple, celle le plus utilisée avant le félibrige, c'est d'utiliser les supports existants.
L'Almanach des Muses publie à la fois Voltaire et de la Langue d'Oc

                  *** C'est le cas au XVIIIe avec le plus célèbre almanach parisien : l'ALMANACH DES MUSES, où, presque chaque année,  par exemple ici en 1767, deux chansons languedociennes voisinent, sans traduction avec Voltaire. A noter qu'on parle alors de "languedocien" et non de "provençal" ou d'occitan.
Le Mémorial du Vaucluse chronique Joseph Roumanille 1847

                 *** C'est surtout le cas de tous les journaux régionaux qui accueillent, en Provence surtout, des textes en langue d'oc. Voici L'INDICATEUR d'AVIGNON où en 1843 est imprimé pour la 1ère fois le nom de Roumanille (à 25 ans, à propos de logogryphes), ou le MEMORIAL DU VAUCLUSE de 1847 où paraissent, pour la première fois des extraits des Margarideto du même (paru en librairie la même année), bien avant l'existence du félibrige, dont on voit par là qu'il ne naît pas de rien.
                 Ceci se passe au XIXe principalement en Provence qui est plus en pointe que le Languedoc et surtout que la Gascogne.
                 C'est, disons, le reflet de la vie occitane : une langue minoritaire ayant sa (petite) place dans la société française. Il n'y aura que bien peu de quotidiens régionaux qui ne laissent une rubrique à l'occitan (et ce jusqu'à Midi Libre, La Dépêche…).
On pourrait aussi citer l'apparition de Robert Allan dans la revue DIRE de Montpellier dans les années 60. Mais cette revue fait l'objet d'un article à elle toute seule. 
                  C'est la portion congrue accordée au folklore local.

              *** Autre utilisation de supports existants : les revues parisiennes, surtout littéraires.
              Il arrive aussi en effet que "Paris" fasse un effort pour accorder une place à cette littérature exotique.
              Deux exemples : LA PLUME, "LA" revue symboliste de la fin du XIXe avec le numéro de JUILLET 1891 consacré aux félibres par Charles Maurras (ici, un exemplaire avec envoi de Maurras. au Prof. Antonin Glaize). On y trouve des oeuvres des "grands félibres", des extraits des autres, et une analyse de tous les écrivains de la nouvelle génération, de 1890.
N° de LA PLUME de 1891 consacré aux Félibres. dédicace de Charles Maurras

              La NRF en 1930 se fend d'un numéro spécial pour le centenaire de Mistral. Textes de Mistral, mais aussi de Folco de Baroncelli, de Joseph d'Arbaud ou d'André Chamson. (De nos jours, Le Magazine littéraire, ou Europe, voire Le Monde des livres font parfois de même). Le corps de la revue est toujours en français, seules les citations sont occitanes, les textes sont en 2 langues.
1930 La NRF célèbre le centenaire de Frédéric Mistral

               *** Toujours et pour terminer cette rubrique  "vu de Paris", il ne faut pas négliger les divers organes des Méridionaux de Paris.
               Paris reste la capitale où il faut être présent (Philippe Martel a étudié la réception de MIREILLE qui passe forcément par Paris: Maillane-Paris-Maillane).
               Le Mois cigalier organe de La Cigale, association des méridionaux de Paris. On y retrouve des gens comme Jean Aicard, Henri de Bornier, Alexandre Cabanel, Alphonse Daudet, Ferdinand Fabre  ou le ministre Maurice Faure et même Jean Jaurès qui n'ont souvent jamais écrit un mot occitan, à côté de quelques très rares félibres exilés comme Joseph Loubet . L'occitan n'apparaît que dans des citations , mais  on y parle beaucoup des félibres, et trop des tambourinaïres. Comment dit-on "pagnolade" quand on parle d'Alphonse Daudet?
Les cigaliers de Paris en goguette dans le Midi

                Dans le même cas on peut citer Lou Viro-Soulèu, La Revue félibréenne de Paul Mariéton  ou La France latine autour de Jean Lesaffre

                MAIS REVENONS AU FELIBRIGE FELIBREJANT pour la  2e option stratégique.

2*** L'Armana prouvençau et la forme "Almanach" 
               Il est créé le même jour de 1854 et dans le même mouvement que le félibrige. Joseph Roumanille le prend en charge, l'édite et le distribue.
               Le premier paraît fin 1854 pour l'année 1855.  En 1870, son tirage est de 7000 exemplaires.
               Avantages de la formule "ALMANACH" :
               *** La formule existe déjà  et a déjà fait ses preuves : les almanachs de la bibliothèque bleue (imprimés surtout à Troyes) sont distribués dans les campagnes par les colporteurs depuis le XVIe siècle
              *** Il est annuel,  bon marché, (le prix de 3 timbres poste) sert de calendrier et est repris en main très souvent, parfois lors de réunions ou de veillées.
              *** Surtout : on peut le garnir avec n'importe quoi : petites poésies, musique, histoire et historiettes en prose, blagues (lou cascarelet) , infos pratiques ("annuaire" ou recettes ) ou infos tout court : liste des médaillés…
ARMANA PROUVENCAU publié chez Roumanille 

             En fait, sous le nom d'almanach qui n'effraye pas les milieux populaires, CE SONT DE VERITABLES REVUES LITTERAIRES.
             Il mêle les vers à la prose. Paradoxalement, si les vers sont une manière populaire spontanée d'écrire, la prose est un des grands apports félibréens : le langage courant peut s'écrire!
Tous les grands noms de la littérature  provençale seront publiés par L'Armana.  Les textes de Mistral seront recueillis et édités : Proso d'Armana en 1927 .
             L'armana prouvençau continue à paraître.

LES AUTRES ALMANACHS
            On ne compte pas les almanachs qui paraissent dans la foulée.
            Le plus souvent, il y a un écrivain à l'origine qui est maître d'oeuvre.  Par exemple, L'ARMAGNA CEVENOU QUI DEVIENDRA ARMANA DE LENGADO quand Albert Arnavielle quittera Alès pour Montpellier.  Ou encore L'ARMANAC SETORI de Joseph Soulet . Reparaît depuis quelques années.
           ARMANAC DE LOUZERO (depuis 1903 ? )
Scission et polémique en Rouergue : deux Armanacs Rouergas concurents 

           Son caractère bon enfant n'exclue pas les engagements politiques ou les violentes polémiques idéologiques.
            Ainsi, L'ARMANAC ROUERGAS, du Grelh Rouergat qui se scinde en deux en 1939 avec d'un côté MOULY-SEGURET et de l'autre Pierre Miremont-Joseph Vaylet.
            Ou encore LA LAUSETO (1877- 78) sous la direction de Louis-Xavier de RICARD qui se dit "Armanac dal PATRIOTO Lengodoucian", et est édité "MITAT FRANCES MITAT LENGO D'OC" . C'est l'époque du président de la République royaliste Mac Mahon. Il y a là pas mal de "félibres rouges".  Mais il ose publier aussi des textes des troubadours  Peire Cardinal ou Marcabrus en "version originale".
La LAUSETO, un almanach "ROUGE" 


             En fait, la formule "ALMANACH" est la meilleure pour faire entrer de la littérature dans les milieux populaires. Et TOUTE la LITTERATURE : populaire ou savante (Mistral, Aubanel, Troubadours…)


3 *** LA PRESSE POPULAIRE, la voie royale de la presse occitane
             Lou Bouil'Abaïsso  (1841) - Lou  Tambourinaïre  (1843) avaient montré la voie dans la mégapole provençale Marseille.

             *** ELIMINONS tout de suite le gros du peleton, celui qui fait gonfler les chiffres de l'édition des périodiques occitans. J'ai nommé  cette presse de proximité immédiate composée de bulletins ultra locaux, laïques ou paroissiaux qui fleurissent par centaines dans les plus petites bourgades d'occitanie.
            Certes, ce bulletin parle patois.
            Certes, le rimailleur, l'érudit ou le notable du coin l'alimentent abondamment.
            Certes, il est lu et attendu avec plaisir par la communauté à laquelle il s'adresse.
            Mais il est bien difficile, même avec l'empathie la plus grande de lui trouver des qualités littéraires. Et c'est là son danger : accréditer l'idée que le patois est synonyme de médiocrité (car ces bulletins ignorent superbement syntaxe et orthographe mistraliennes et patoisent à qui mieux mieux). Ils accréditent aussi l'idée que le patois est ultra régional, inconciliable d'un village à l'autre, qu'il n'a ni littérature ni syntaxe et qu'il ne sert qu'à parler "entre-soi", cet entre-soi étant des plus limités.

           *** MAIS CERTAINS JOURNAUX LOCAUX parviennent à avoir un véritable contenu littéraire et une audience régionale assez large.
La BUGADIERA de Nice en 1876

           C'est le cas à Nice de LA BUGADIEIRA de Jules BESSI, (1876) Du TRON DE L'ER de MARSEILLE (même époque),  de LA BOUTS DE LA TERRE (La Voix de la terre 1909-1914 Simin Palay avec Michel Camelat, voisine de RECLAMS DE BIARN 1896)
           Ou de la très célèbre dans tout le Midi CAMPANA DE MAGALOUNA  (437 n° parus de 1892 à 1933 : 40 ANS, avec des éclipses) de Edouard Marsal et François DEZEUZE.
LA CAMPANA DE MAGALOUNA 

           Max Rouquette y débute, en prose  en 1927 (19 ans) avec Lou paure ome e la Crous sous le pseudonyme de Max Cantagril qui intrigue Dezeuze soucieux de le rencontrer.
Le premier texte de Max Rouquette . L'Escoutaïre veut rencontrer Max Cantagril

           On y trouve bien sûr tous les montpelliérains et héraultais, mais aussi de nombreux provençaux et même gascons, mais presque tous sous pseudonymes.
           Canevas d'un numéro type :  Une Crounica de la campana assez échevelée par L'Escoutaïre, quelques poèmes narratifs ou burlesques, un texte sur l'histoire littéraire ou anecdotique du midi, parfois une chanson, des devinettes ou des bons mots, parfois un classique occitan (style Curé de Cucugnan, Sermou de M. Sistre…) des publicités, le plus souvent en occitan comme par exemple, N° 357 du 15 avril 1926 : "Lou milhou regiounalisme es lou de l'oustau"… conclusion : achetez vos meubles chez Arnavielhe à Montpellier…
             C'est sous la forme du journal hebdomaire ou mensuel, le même contenu, à peu près, que celui des almanachs.
           Tout cela dans l'occitan le plus populaire, qui ne recule pas devant les gallicismes…

          *** Ce rayonnement est aussi LE CAS DES REVUES SPECIFIQUEMENT FELIBREENNES : Dominique, La Cigalo d'Or  et L'Aioli
         Dominique créé en 1876 devenu La Cigalo d'Or en 1877  finit la même année pour reparaître de 1889 à 1895 (52 + 133 n°)  A noter donc que La Cigalo dort pendant 12 ans, puisque, liée à la vie tumultueuse de Louis Roumieux, elle cesse de paraître entre 1878 et 1889
Louis ROUMIEUX : Dominique, puis La Cigalo d'Or 

        Anecdote : Dominique, fondée par Louis Roumieux à Nîmes voit son titre unanimement critiqué : "Dominique es pas de la lengo. " Elle décide de s'appeler Lou Felibre. Mais officieusement, le félibrige tique et renacle.  Finalement, le nouveau titre sera : LA CIGALO D'OR. N'empêche, d'avoir voulu s'appeler LOU FELIBRE indique bien l'orientation  de la revue. D'ailleurs, les responsables seront toujours des responsables du félibriges : Hyppolithe Messine ou Alcide Blavet, syndic, Albert Arnavielle, le "félibre intégral". D'ailleurs, à  partir du 1 janvier 1890, LA CIGALO D'OR devèn l'ourgano ouficial de la Mantenenço de Lengadò.
         Son contenu est littéraire, mais avec de belles disparités de niveaux ou de qualité entre les différents textes.
          A noter, pour montrer la porosité des séparations entre les revues littéraires françaises et occitanes à la fin du XIXe qu'une polémique engagée contre DRUMONT à propos de son antisémitisme et de son anti-méridionalisme (au sud de la Loire, que pourriture répétera aussi Céline)  commence dans LA CIGALO d'OR et se poursuit dans la revue CHIMERE. Il est vrai que les 2 revues ont le même rédac chef : Paul Redonnel (voir sa notice sur ce blog).
La CIGALO LENGADOUCIANO de Béziers ignore Marcelin ALBERT, lou Cigalou 

          Le titre, qui évoque l'emblème des majoraux du félibrige fait florès puisqu'au XXe siècle nous aurons LA CIGALO NARBOUNENCO et LA CIGALO LENGADOUCIANO de  Béziers. Cette CIGALE là sera tellement poétique, tellement félibréenne, tellement mistralienne en un mot que, créée en mai 1907, au plein feu des manifestations viticoles (Féroul et Marcelin Albert), elle n'en dira jamais un mot, pas même une allusion.
          Quant à L'AIOLI, il est créé et dirigé par Frédéric Mistral en personne et paraît de 1891 à 1899, à peu près remplacé  par la revue d'un autre capoulié, Pierre Devoluy : PROUVENÇO (puis VIVO PROUVENÇO) de 1905 à 1914.  On ne peut plus officiel ni plus félibréen.

           *** On pourrait citer dans la même rubrique des revues destinées à un large public  LES REVUES "EVENEMENTIELLES" , créées à l'occasion d'un événement littéraire (LE CENTENAIRE DE l'abbé FABRE), politique (LA CAPELETA, journal électoral : voir ma notice dans ce même blog) ou plus grave : la GUERRE de 1914 avec LOU GAL (voir le journal de guerre de Louis Bonfils dans ce même blog) ou LA GAZETTO LOUBETENCO  polycopiée par Joseph Loubet.

             Après  les revues "Populaires", les revues "d'idées"

 4 *** LES ANNEES 30 VOIENT L'INTELLIGENTZIA OCCITANE ESSAYER DE DEPASSER LE FELIBRIGE tombé dans un folklorisme pittoresque et désuet, barbut et capellut dit Max Rouquette.
             Il s'agit de créer dans le domaine occitan des grandes revues pleines d' AMBITION
             Il s'agit, en utilisant uniquement la langue d'oc (dans tous ses dialectes), de donner une colonne vertébrale intellectuelle forte à l'action félibréenne
CALENDAU : peu spectaculaire, mais revue efficace !! 

             CALENDAU (1933-1940-1944, 100 n° ) va être la grande revue de cette remise en cause.
             Rien ne distinguera CALENDAU de revues françaises comme La Revue des deux Mondes, Europe, Les Temps modernes, Etudes, etc…
             Son sous-titre "Revisto felibrenco" ne lui interdit aucune liberté.
             Qu'on en juge : Le premier article (page 3 du N° 1°) est du mistralissime Léon Teissier : sous le titre  "Lou Capoulié"  c'est une critique acerbe du capoulié Marius Jouveau opposé au Capoulié de l'action, Pierre Dévoluy (1902-1909 ) : "Mistral èro pas un capoulié, mai un dieu qu'aviè meme pas un det à leva…"  "Mistral vouliè plaire en touti"…  l'article finit par : "Ço que Devoluy aviè de mai que Jouveau,… es que son pople l'amavo, l'escoutavo et l'aurié segui sabe pas mounte. …" Le grand homme de Calendau, c'est Devoluy.
             On ne peut être plus libre.   ….   Ce qui n'empêche pas cette espèce d'édito d'être suivi d'un brinde de Jouveau, ni celui-ci de faire en 1935 la réclame pour la revue et de la définir fort bien :
"Es mens uno revisto d'infourmacioun qu'uno revisto d'ensignamen. .. Acò vòu pas dire de negligi li publicacioun de soun endré…." (Et il y en a beaucoup!)
             Revue félibréenne, donc, d'enseignement (on dirait de recherche ET d'Opinion) aussi, et transcendant les particularisme régionaux.
             Ses auteurs viennent de Nice (Fontan), de Bordeaux (Boussac), de Béarn (Camelat) ou d'ailleurs.
             Fière de son MISTRALISME INTEGRAL (édito,), il va explorer tous les domaines de la COUNCIENCI NACIOUNALO  dòu pople nostre.
             "La lengo es la marco la mai seguro de la persounalita  mouralo d'un pais". Mais  l'ounour dòu félibrige es d'avé de longo uni li dos revendicacioun, lenguistico e soucialo…"  (es Calendau que dis acò).
             Nous trouverons donc au fil des 30 à 60 pages mensuelles des articles de fond, des polémiques, des études historiques ou littéraires, des récits, des poèmes, des compte-rendus de livres et de revues, bref tout un reflet de la vie intellectuelle sociale et politique de l'époque.
             Pierre Azéma et Léon Teissier seront les forces de la nature de cette revue jusqu'à l'automne 1940 où Azéma quitte la direction pour la laisser à Marcelle Drutel  (L'Aubanelenco) jusqu'au n° 100,  octobre 1943 (un n° 101 en juin 1945)
Quant à  Léon TEISSIER , puisque nous sommes à Chanac, notons qu'il est né en 1883 à Vialas en Lozère et est mort à CHANAC en 1981.  Oncle de Janine Bardou (maire et présidente du Conseil Général de Lozère).  Il quitte la revue  en mai 1942 (lors de l'invasion zone libre)
            Pierre Azema sera, en 1957-59 A LA FOIS PRESIDENT DE L'I.E.O et Majoral et syndic du félibrige.  Cela permet à Calendau de publier à la fois les félibres orthodoxes et les jeunes contestataires comme Max Rouquette dès 1933.
            L'attitude de Max Rouquette dans ces années 30 est symptomatique de la variété des stratégies occitanes pour occuper tous les terrains.
            Publiant régulièrement dans CALENDAU, il donne aussi des textes à LA CAMPANA DE MAGALOUNA , revue populaire s'il en est, tandis qu'il fonde en parallèle (avec Barthes et Lesaffre)  LE NOUVEAU LANGUEDOC  où il va contester les fondements mêmes du félibrige au nom d'une action "occitane" intégrale.
            LE NOUVEAU LANGUEDOC a à peu près les mêmes objectifs que Calendau, mais s'inscrit uniquement dans la FUTURE mouvance OCCITANISTE, en rupture avec un félibrige folklorisant.
Le mouvement, créé en 1928, sort son premier numéro annuel en 1931, et le dernier, N° 3  en 1932. Il ne survit pas aux départs de Rouquette et Lesaffre.
            OC, créée en 1923 à TOULOUSE par Ismaël GIRARD, et qui continue à paraître de nos jours a sous couvert de REVUE LITTERAIRE stricte, l'ambition DE REVOLUTIONNER TOUT LE MOUVEMENT OCCITAN.  D'abord en adoptant la graphie "classique" de Fourès et Perbosc.  Puis en sortant la littérature occitane du REGIONALISME. La Littérature d'oc est une des littératures mondiales.
C'est OC qui publiera le SECRET DE L'ERBA en 1934, le 1er texte publié en monographie de Rouquette. Mais je  considère arbitrairement que OC sort de mon sujet.

            Même ambition pour TRENCAVEL, fondé en 1937 (->1944) par Jeanne Barthès (Clardeluno) et Léon Cordes à Olonzac dans l'Hérault  : Revisto poupulario mesadièro per toutes, gavaches e pais-bassols . Trencavel privilégiera le théâtre.


5 *** UN COMPROMIS : Une revue que je n'ai pas su où caser :  Marsyas 1921-1942 et 1946-1961
MARSYAS de Sully André Peyre. Denis Saurat, l'ami infidèle

           Marsyas est liée à un seul homme : SULLY ANDRE PEYRE (1890-1961), associé à son épouse anglaise AMY SYLVEL .
           La revue publie en français, en provençal et en anglais.
           Je dis EN PROVENCAL, puisque c'est sa seule intransigeance : la langue est STRICTEMENT CELLE DE MISTRAL.
           Par exemple, PEYRE et Denis SAURAT qui a publié depuis 1921 dans Marsyas se brouillent lorsqu'en 1954 SAURAT publie Encaminament catar en dialecte ariègeois et en graphie classique dans la collection MESSATGES de l'IEO contre le "Droit du chef-d'œuvre".
           Littérairement, la revue est de très haute qualité. Elle édite une littérature "intemporelle", issue des courants littéraires de la fin du XIXe : Parnasse, symbolisme, naturalisme, 50 ans après. Mais c'est de la littérature de haute tenue.
           Peyre est un esthète, un dandy de l'écriture… Il m'évoque, humainement, Rainer Maria RILKE.
           La revue tirée à  1000 exemplaires, n'a aucune tendance régionaliste, et place la littérature occitane dans un courant littéraire universel.
           Elle diffuse les textes occitans d'excellents écrivains : Max Philippe Delavouet, Jean Calendal Vianès, Charles Galtier, Joseph d'Arbaud, etc..; et Denis Saurat
           Donc : à la fois très forte ambition littéraire, ouverture au monde, mais repli sur une orthodoxie grapho-linguistique mistralienne. Une stratégie troublée.
           La revue disparaît avec son créateur en 1961.
        
           Avec CALENDAU , MARSYAS et Le Nouveau Languedoc, nous avons quitté les revues les plus populaires.  Faisons un pas de plus et découvrons le vaste pays des :

6 *** REVUES SAVANTES

          Les félibres cohabitent très bien avec la REVUE DES LANGUES ROMANES créée en 1870 par des universitaires et des érudits : Charles de Tourtoulon, Achille Montels, Anatole Boucherie, etc…
          La RLR combine la philologie, l'édition de textes anciens et modernes, l'histoire et la critique  littéraire.
          Elle est rédigée en français, mais édite des textes occitans.
          Dès le premier numéro, en 1870, il publie à côtés de textes médiévaux des textes majeurs de Frédéric Mistral, Théodore Aubanel et chronique le 1er livre d'Albert Arnavielle (qui a 25 ans).  Donc anciens et modernes, voire très jeunes auteurs réunis.
Premier numéro de la REVUE DES LANGUES ROMANES en 1870

          A propos de l'Armana Prouvençau, Achille Montel parle dans ce même numéro de "cette mignonne Revue, qui, ne s'adressant qu'à la foule, a été acceptée par elle avec un si vif empressement, si bien qu'il s'en édite, pour toutes les provinces du Midi, 7000 exemplaires apportant partout, ainsi qu'il s'en vante, joie, plaisir et passe-temps, joio, soulas e passo-tems". (p. 86-87). Les ponts ne sont pas coupés entre le plus savant et le plus populaire.
         Il s'agit donc pour la Revue des Langues Romanes de réaliser 2 objectifs
         * Inscrire la littérature occitane de toutes les époques dans le cadre des études et de l'érudition internationale.
         * Comme on est en 1870, il s'agit aussi de contester le leader-sheap des universitaires allemands sur les études littéraires des troubadours.
         La Revue des Langues romanes est encore de nos jours publiée par l'Université Paul Valéry de Montpellier

        LE FELIBRIGE LATIN, lui, essayera plus modestement de contester la prédominance provençale et d'ouvrir le provençal vers la Langue d'Oc, puis l'occitan, dans toutes ses aires géographiques. La lutte d'Alphonse de ROQUE-FERRER contre le félibrige (et réciproquement) sera terrible, mais c'est une autre histoire
Alphonse Roque-Ferrier se rebife au nom du Languedoc(ien) 


         Je termine par un CONTRE EXEMPLE PARFAIT, comme moi qui fais cette conférence en français (mais c'était différent en 1890) : LA FRANCE D'OC (de Montpellier, années 1890)d'Achille Maffre de Beaugé qui, sous le patronage (quémandé et difficilement accordé) de Frédéric Mistral décide à la fois de s'appeler La France D'OC  et de n'imprimer aucun mot d'occitan. Même Mistral n'y est publié qu'en français.

         Je termine, vraiment cette fois-ci, par une information capitale : IL Y A ENCORE DES REVUES OCCITANES EN 2012 !!!

5 juin 2012

BIBLIOPHILIE CONTEMPORAINE : Hervé DI ROSA illustre Joël JACOBI aux Editions LUIS CASINADA

Menteur ! de Joël Jacobi illustré par Hervé Di Rosa

            Suite de la présentation des éditions LUIS CASINADA à Montpellier.

MENTEUR ! 
3 textes de Joël JACOBI
4 linogravures réhaussées de gouache et signées au crayon rouge de HERVE DI ROSA
Editions Luis Casinada
Montpellier, 1995

             Joël JACOBI, connu aussi pour ses chroniques taurines sur FR3, a écrit 3 textes, et Hervé DI ROSA a gravé une linogravure pour chacun. 

             L'ANE : 
Linogravure d'Hervé Di Rosa pour L'Ane de Joël Jacobi (Editions Luis Casinada)

OPPOSUM :
Linogravure d'Hervé Di Rosa pour Opposum de Joël Jacobi (Editions Luis Casinada)

 LA FAIM DU TORERO :

Linogravure d'Hervé Di Rosa pour La Faim du torero de Joël Jacobi (Editions Luis Casinada)

 Plus le TITRE et le FRONTISPICE en deux couleurs

Linogravure d'Hervé Di Rosa, frontispice de Menteur! de Joël Jacobi (Editions Luis Casinada)



Coffret ouvert + une des linos gravés

           Un coffret en plexiglas cristal réunit les trois fascicules. Le frontispice forme le premier plat coulissant en couvercle de ce coffret.
            Format : 15,5 x 15,5 cm


Dos et 4e de couverture

             Le papier est du Dosabiki Masashi aux bords frangés. 
              92 pages non chiffrées, soit 23 folios doubles en feuilles. 
             Le tirage est de 25 exemplaires, chaque fascicule signé par l'auteur, chaque illustration signée au crayon rouge par l'artiste.
Justification de tirage
           Le livre est répertorié dans le catalogue des "multiples" d'Hervé Di Rosa publié en 1996 par l'Artothèque du Limousin sous le titre : "Hervé Di Rosa, livres, estampes et voyages. Editions 1981-1996".
Hervé Di Rosa, livres, estampes et voyages. Editions 1981-1996


A suivre... 
Renseignements complémentaires : Editions Luis Casinada,  barral.guy@neuf.fr

ET SURTOUT, VOIR LE BLOG SPÉCIALEMENT DÉDIÉ AUX ÉDITIONS LUIS CASINADA QUI ONT REPRIS LEURS ACTIVITÉS : 
http://editionsluiscasinada.blogspot.fr/