28 mai 2012

BIBLIOPHILIE CONTEMPORAINE OCCITANE : François DEZEUZE illustre L'Opera de las Sidoulas de L'ESCOUTAIRE

Deuxième (et pour le moment dernier) livre en occitan édité par les Editions LUIS CASINADA.
Lou Grand operà de las Sidoulas de François Dezeuze (L'Escoutaïre)  illustré par François Dezeuze
             Encore un livre à la présentation assez étonnante publié par Luis Casinada :
L'ESCOUTAÏRE (François DEZEUZE)
LOU GRAND OPERA DE LAS SIDOULAS, farcejada
illustrat per
François DEZEUZE (soun pichot-enfant)
Editions Luis Casinada
Montpellier, 1996

             Le tirage total a été de 45 exemplaires, signés par l'illustrateur et l'éditeur. 

Page de titre 
           François DEZEUZE est un des écrivains occitans majeurs de la première moitié du XXe siècle. Il est le chantre de la vie montpelliéraine, le philosophe du mazet, mais son style, reconnaissable entre mille, déborde largement ces clichés sans les démentir. Disons en deux mots que ce papetier imprimeur (rue de l'Aiguillerie) a été l'âme de LA CAMPANA DE MAGALOUNA, une revue qui pendant quatre décennies a diffusé un occitan populaire dans toute l'aire occitane, et qu'il a été un des auteurs de théâtre les plus joués du Bas-Languedoc. Une dizaine de ses farces étaient jouées, chaque dimanche, aux quatre coins de la province par des troupes de joyeux amateurs. 
            C'est une de ces pièces, dont la première représentation a eu lieu à Frontignan le 7 octobre 1900, qui est ici rééditée. 
            Même les non-occitanoliseurs comprendront tout ce vocabulaire "simple et efficace" (comme on dit pour parler des guitaristes rocks). 
Une scène du Grand Opera de las Sidoulas de François Dezeuze.
            L'intrigue est simple : un peu comme dans Les Copains de Jules Romain, un groupe d'hommes (que des hommes) se réunit dans un mazet (pour celui qui ne saurait pas : petite maison de campagne le plus souvent d'une seule pièce). Ils vont manger, et boire, et parler, et manger, et boire, et parler... presque jusqu'à la mort. Presque... 
            Les spectateurs se tordaient de rire, les acteurs essayaient de retenir le leur. 
            C'est qu'il y a là-dedans A LA FOIS la grosse farce et le petit sel de l'esprit fin
            C'est cette association de finesse et de robuste rigolade qui motive la présentation de l'oeuvre par l'éditeur. 
Couverture du Grand Opera de las Sidoulas en céramique de Saint-Jean-de-Fos 
                  Les deux plats de reliure, son écorce, sont brillants et rugueux. Deux rectangles de terre cuite vernissée, issus la poterie de Saint-Jean-de-Fos, sont lisses et vernis à l'émail vert à l'extérieur, bruts de terre cuite à l'intérieur. 
                   Ils mesurent 18 x 11 cm. 
2eme plat et gardes du livre 
                    Une corde, une simple corde, relie l'ensemble. 
                    Par contre, le texte est tiré sur un papier japon Liaxuan vergé pelure le plus fin imaginable : 16 grammes. (Imaginez les difficultés du tirage!)
                    Ce contraste entre pulpe et écorce résume tout. 
                    Les illustrations ont dû être faites sur un pur coton vergé "normal", c'est à dire de 80 grammes.
Illustration de François DEZEUZE
                     Il était en effet impossible de travailler à l'aquarelle sur un papier pelure. Quand je dis "aquarelle", c'est une question de parler, puisque les roses et les mauves sont issus des meilleurs cépages (Saint-Chinian et Saint-Georges d'Orques) du Languedoc. 
                      En effet, les dessins ont été exécutés à l'encre de chine au trait, tirées en noir, et chaque exemplaire colorié à l'aquarelle et à la "vin-arelle" par François DEZEUZE. 
                      Il y a 5 illustrations par volume.
Illustrations de François Dezeuze
               Finalement, je crois que je vous ai embrouillé. 
               Je ne vais pas dire que je l'ai pas fait exprès, mais je vais réparer ça : il y a François Dezeuze et François Dezeuze. 
               Je ne vais pas vous faire la généalogie complète de la famille DEZEUZE, mais voici la situation des principaux protagonistes de l'histoire. 
               Au commencement, il y a FRANCOIS DEZEUZE, alias L'ESCOUTAÏRE, dont je parlais au début. Ce François a eu un fils Georges DEZEUZE, peintre fort connu à Montpellier, collègue des Beaux-Arts de Montpellier de Dubout et de Germaine Richier. Ce Georges a eu, lui, deux fils. Daniel Dezeuze, celui qui a illustré Les Royaumes combattants de Skimao pour les éditions Luis Casinada (et fondateur de Supports/Surfaces) et FRANCOIS DEZEUZE, professeur aux Beaux-Arts d'Avignon, et donc, ici, illustrateur de son grand-père. 
               Le Grand opéra de la famille Dezeuze. (Et ça continue dans les nouvelles générations...!!!) 

               P.S. : Le livre n'est pas garanti incassable, il est juste beau et solide. 

             Plus de renseignements : Editions Luis Casinada ;   barral.guy@neuf.fr

ET SURTOUT, VOIR LE BLOG SPÉCIALEMENT DÉDIÉ AUX ÉDITIONS LUIS CASINADA QUI ONT REPRIS LEURS ACTIVITÉS : 
http://editionsluiscasinada.blogspot.fr/

27 mai 2012

BIBLIOPHILIE CONTEMPORAINE : DANIEL DEZEUZE illustre LES ROYAUMES COMBATTANTS de SKIMAO. Editions LUIS CASINADA

Suite des livres édités par les éditions LUIS CASINADA, à Montpellier
Les Royaumes combattants de C. SKIMAO illustrés par Daniel DEZEUZE
CHRISTIAN SKIMAO
Les Royaumes combattants
illustré par
DANIEL DEZEUZE
Editions Luis Casinada
Montpellier, 1998
g
Page de titre de Les Royaumes combattants par Skimao et Daniel Dezeuze
                Le livre se présente en format vertical, 21 x 10 cm.
                La reliure est constituée d'un rideau de lamelles vertes cousues entre elles, évoquant les travaux de Daniel Dezeuze, soit à l'époque de Supports / Surfaces, soit ensuite.
                La couture est, bien sûr, effectuée avec un fil de soie blanc à la chinoise.
                L'impression est faite sur papier pur coton du Moulin de Riom, gardes papier cristal gauffré.

Justification de tirage des Royaumes combattants par Skimao et Dezeuze. 
                Le tirage total est de 50 exemplaires, dont 25 pour les auteurs et l'éditeur. Tous signés par les deux auteurs.


Les Royaumes combattants de Christian Skimao. 
                 Christian Skimao  est connu comme critique et théoricien d'art, fondateur de la revue Le Chat Messager avec Bernard Teulon-Nouailles et collaborateur de bien d'autres. C'est ici son écriture poétique qui est mise en évidence. Son texte suit les diverses périodes des Royaumes combattants (période de fondation de l'Empire chinois) et se calque sur les péripéties de la guerre et sur les variations stratégiques et culturelles.
                 La typographie et la mise en page évoquent les calligraphies chinoises.

Dessin de Daniel DEZEUZE pour Les Royaumes combattants de C. Skimao
                Les dessins de Daniel Dezeuze, à l'encre de chine, ont été imprimés en noir. L'artiste les a ensuite parachevés manuellement de touches de gris, et a fait un encadrement à l'or de la page.

Illustration de Daniel Dezeuze
Troisième dessin original de Daniel Dezeuze

              Pour plus de renseignements : Editions Luis Casinada,    barral.guy@neuf.fr
ET SURTOUT, VOIR LE BLOG SPÉCIALEMENT DÉDIÉ AUX ÉDITIONS LUIS CASINADA QUI ONT REPRIS LEURS ACTIVITÉS : 
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BIBLIOPHILIE CONTEMPORAINE OCCITANE : Isabelle MARSALA illustre Max ROUQUETTE. Editions LUIS CASINADA

Vue aérienne de Una nuòch de luna plena de Max Rouquette et Isabelle Marsala. 

Suite de la présentation des livres publiés par les éditions LUIS CASINADA à Montpellier.

MAX ROUQUETTE
UNA NUÒCH DE LUNA PLENA
illustré par 
ISABELLE MARSALA
Editions LUIS CASINADA
Montpellier, 2002


Page de titre de Una nuòch de Luna plena de Max Rouquette et Isabelle Marsala
             Le livre ne manque pas de surprises.
             D'abord, il est en occitan, comme il se doit pour un livre de Max Rouquette. Mais (il y a un mais), la traduction française est dessous le livre, dans un petit livre attaché sous le serpent.
             Si on fait le comte des ingrédients de ce livre, nous trouvons :
              1°) Un livre sous couverture verte imprimé sur papier Japon DOSABIKI 120 g. à toutes barbes, format 20 x 17 cm, reliure à la chinoise, contenant le texte (inédit par ailleurs) occitan de Max ROUQUETTE et 5 illustrations originales d'Isabelle MARSALA.
                     Ces illustrations sont tirées d'après des dessins au trait noir et réhaussées par l'artiste elle-même de couleurs acryliques. Ces couleurs peuvent varier d'un exemplaire à l'autre, chaque exemplaire étant donc unique.
              2°) Un autre livre, format 15 x 7 cm relié en rouge, "dissimulé" sous le corps d'ouvrage du livre, contenant la traduction française du texte de Max Rouquette
              3°) Un support en bois circulaire, de 26 cm de diamètre, qui est là, bien sûr, pour évoquer la pleine lune, accessoirement les trous du poinçonneur du métro. Le livre lui est relié par un cordon vert.
              4°) Et le clou du spectacle, c'est un serpent de 1mètre 25 cm de long, en latex ou caoutchouc, enroulé sur ou sous le livre, comme vous voulez. Ce serpent est sensé être une de ces immenses couleuvres de Montpellier qui tient une si grande place dans le texte.
          
Serpent, lune, pour Max Rouquette 

             Le tirage du livre est de 70 exemplaires (en fait, au bout de 60, j'avais épuisé ma provision de serpents et celle de mon fournisseur, le tirage réel est donc de 60).
Justification de tirage par Max Rouquette et Isabelle Marsala (celui-ci, ex. d'éditeur, non signé)

              Le texte de Max Rouquette est un condensé de tous ses thèmes favoris. On y retrouve un historique et une topographie du Mas de Gardies (son haut-lieu mythique), avec son occupation pendant la guerre de 14 par des prisonniers allemands (Voyez la peinture d'Isabelle Marsala ci-dessous), puis des réfugiés de la guerre greco-turque.

Prisonniers allemands au Mas de Gardies (Hérault) vus par Isabelle Marsala
           L'histoire commence alors, qui va conduire le jeune T*** d'Argelliers à Paris et retour. Il y est question de chasse au lapin et à l'engoulevent, de couleuvre de Montpellier (qui est peut-être le personnage principal, en tout cas le deus IN machina), d'exil, de métro parisien et de café concert.
Les images d'Isabelle Marsala parlent d'elles-mêmes.

Chasser ou dormir au clair de lune??
Attaque de la couleuvre de Montpellier
"J'étais poinçonneur dans le métro!... Métropolitain..."

Trois étapes d'une vie.

           Pour plus de renseignements : Editions Luis Casinada  barral.guy@neuf.fr
       
 Pour le peintre Isabelle MARSALA : www.isabelle-marsala.fr/ 
ET SURTOUT, VOIR LE BLOG SPÉCIALEMENT DÉDIÉ AUX ÉDITIONS LUIS CASINADA QUI ONT REPRIS LEURS ACTIVITÉS : 
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              Pardon à Marie-Jeanne Verny pour avoir fait siffler des serpents à ses oreilles.

BIBLIOPHILIE CONTEMPORAINE : Jean COCTEAU, "A Shelley" illustré par Karen THOMAS. Editions LUIS CASINADA

Frontispice de A SHELLEY, de Jean COCTEAU, par Karen THOMAS. Editions Luis Casinada, 1998
                   Les éditions LUIS CASINADA vont reprendre du service.
                   Il est donc sans doute temps de rappeler les épisodes précédents, c'est à dire présenter les livres d'artistes publiés par ces éditions que j'ai créé au début des années 1990.
                    Sans souci d'ordre quelconque tous les titres parus seront donc présentés ici.
                    Voici donc en premier, un texte, inédit jusqu'alors, publié grâce à la courtoisie de Pierre Bergé, propriétaire du manuscrit, et de Pierre Caizergues, l'incontesté spécialiste de Cocteau :

JEAN COCTEAU
A SHELLEY
ILLUSTRE PAR KAREN THOMAS
Editions LUIS CASINADA
Montpellier, 1998. 

Page de titre 
                  Le texte de Cocteau date des années 1910-1912, antérieur au Potomak, qui marque une césure dans l'oeuvre. Le manuscrit en était resté inconnu, jusqu'à sa redécouverte et son rachat par Pierre Bergé. Il est en vers irréguliers et très caractéristique de la merveilleuse facilité de Cocteau
                   Le livre se présente sous la forme d'un volume oblong, d'environ 35 cm sur 15. Il est relié par un ruban de soie rouge. La reliure en papier brut blanc est protégé par un papier cristal, et par des gardes de papier indien.

Page de garde, ruban de reliure et frontispice vu par transparence: A Shelley, de Cocteau
                  Le tirage est fait sur deux papiers différents pour jouer sur la transparence.
                  Le texte est imprimé sur du papier Japon Sanmore qui a la particularité d'être très solide, d'un toucher doux et crémeux, et surtout d'être relativement translucide. Cette transparence a deux objectifs :
                  * Montrer, en sous-jacence sous le texte, les magnifiques illustrations de Karen Thomas, qui apparaissent de plus en plus nettement au fur et à mesure que les pages de texte se tournent, jusqu'à être, seules, sous les yeux du lecteur.
                  * Evoquer, par une métaphore bibliophilique, la clarté même du texte.
                  Les illustrations sont tirées et peintes sur du Japon Dosabiki, qui, lui, est un très fort papier (120g) très blanc et très opaque, crémeux et granuleux, auquel on a, ici, laissé toutes ses barbes.

Justification de tirage de A Shelley de Jean Cocteau et Karen Thomas
                     Le tirage est limité à 45 exemplaires, dont 20 réservés aux éditeurs et auteurs. Tous les exemplaires sont signés par l'illustratrice et l'éditeur (Luis Casinada, id est Guy Barral).

Un fragment du texte sur Japon Sanmore, laissant apercevoir l'illustration de Karen Thomas
                     Le livre comporte quatre illustrations pleine page (dont le frontispice) par Karen Thomas. A partir de dessins de l'artiste, ces illustrations ont été tirées en noir. Puis, chacune a été colorisée à la gouache par le peintre elle-même. Tous les exemplaires sont donc différents, les choix chromatiques variant de l'un à l'autre.

Jean Baniel, enfant de choeur et chanteur de la Sixtine 

                    Karen THOMAS est une artiste anglaise qui vit et travaille à Montpellier et qui a exposé un peu partout en Europe. Elle était, par ses origines et surtout par son style, prédestinée à illustrer ce texte.

A Shelley de Jean Cocteau. Editions Luis Casinada. 1998
                   Ce livre est actuellement exposé au Musée Fabre de Montpellier, et figure sur le catalogue et le CD-Rom qui accompagnent cette exposition des Fonds Cocteau de l'Université Paul Valéry.

La barque de Shelley
          Renseignements supplémentaires : Editions Luis Casinada,  barral.guy@neuf.fr
ET SURTOUT, VOIR LE BLOG SPÉCIALEMENT DÉDIÉ AUX ÉDITIONS LUIS CASINADA QUI ONT REPRIS LEURS ACTIVITÉS : 
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NOTES de VOYAGE en LANGUEDOC, Leipzig, 1870 : LE LIVRE MAL VENU, MOROSE et CACHé DE LA HAINE DU PAYS NATAL


NOTES DE VOYAGE. Languedoc, Roussillon, Provence, Dauphiné. Leipzig, 1870


Notes de voyage : Languedoc, Roussillon, Provence, Dauphiné. Leipzig, Cornélius Blüm,  (Toulouse, impr. A. Chauvin et fils), 1870 - 161 p.

                Un livre sans nom d'auteur, que seule la Bibliothèque municipale de Toulouse donne à Frédéric Leblanc du Vernet. La dédicace A la mémoire de ma chère sœur C. de B., morte à Toulouse le 6 mars 1866 confirme l'attribution puisque l'état civil de Toulouse enregistre ce jour-là la mort de Clémence de Bernard Seignerens, née Leblanc du Vernet.
                Pourtant, Marie Véronique Martinez dans un article de 2006 sur Perpignan au XVIIIe siècle n'hésite pas à attribuer ce texte à l'éditeur : Ainsi, Cornélius Blüm, alors qu’il séjournait dans la capitale roussillonnaise au milieu du XIXe siècle
                C'est bien sûr astucieux, mais encore faudrait-il prouver qu'il existe un Cornélius Blüm éditeur à Leipzig, ce qui est au dessus de mes forces. Je reste perplexe sur cette adresse d'autant plus exotique que, puisqu'elle dispense du dépôt légal, nous ne savons pas si l'édition s'est faite avant ou pendant la guerre de 1870.
               Quant à l'imprimeur, on dirait un gag en ces années de patriotisme exacerbé : "Toulouse, imprimerie A. Chauvin et fils" si l'atelier n'avait bel et bien existé rue Mirepoix.
NOTES DE VOYAGE par Frédéric LEBLANC DU VERNET. 1870

               Mais alors, pourquoi Frédéric Leblanc masque-t-il autant sa brochure? Pas d'auteur, éditeur peut-être (sans trop de doute) fictif, pas de dépôt légal, diffusion minimaliste (3 exemplaires seulement dans les bibliothèques françaises) : pourquoi?
               Ah! Si le contenu était égrillard, polémique, scabreux, ragotant ou mystérieux ! Non, il est tristounet.
               Notre auteur, toulousain et méridional n'aime pas le Midi, condamné à un incurable marasme. C'est sa première phrase, Le mouvement industriel et l'essor intellectuel, si ardents dans le Nord, y languissent de consomption. Aussi est-ce un pays peu exploré ou dédaigneusement traité par les chroniqueurs du sport et les dandies du tourisme.
              C'est vrai que si les journalistes sportifs (en 1870!) et les touristes chics boudent une contrée, comment y survivre?
              Leblanc du Vernet se dévoue donc, il va la visiter avec la rapidité fabuleuse du railway, mais on sent bien que ce n'est pas de gaieté de cœur, comme une vieille tante moustachue et revêche.
              Lugubre itinéraire. Parti de la gare à peu près cryptique de Toulouse (L.F. Céline en dira autant), on traverse Carcassonne dont la ville basse est insignifiante (et la Cité ne vaut guère mieux), puis Minerve, bourgade languissante avec ses maisons ternes et lépreuses, et sa montagne d'Alaric nue, grise et triste
             Par chance, on grille les stations insignifiantes de Trèbes, Capendu, Lézignan, mais c'est pour être déçu par Narbonne  : Pas un seul monument qui atteste de son ancienne splendeur. 
            Ah! Quand même, voici Perpignan qui émoustille (c'est un euphémisme) notre voyageur. Là, tout est sexe et volupté. D'abord, le Moresque Castillet auquel un architecte érotique donna, du temps de Charles-Quint, la forme d'une gorge de femme. Puis la rue de la Main-de-Fer et sa corniche, avec les sujets licencieux… qu'on croirait échappés aux imaginations pornographiques de Pétrone et de l'Aretin. Il ne reste plus qu'à évoquer le serment catalan, qui consistait à jurer par la barbe et par ce que les ciseaux du chanoine Fulbert enlevèrent à l'infortuné Abélard.  Mais l'évocation de cette luxure catalane suffit-elle à  renvoyer le livre au cabinet secret et à le publier sous le manteau ? Bien sûr que non.
            D'autant que le reste du voyage retombe en pleine neurasthénie. A Béziers, le chameau est tout simplement une peau empaillée. A Sète, Les eaux bleues de la Méditerranée consolent un peu des vins frelatés que l'on y fabrique. Maguelonne est une grève éplorée de l'Etang de Thau. Montpellier : même pas la peine de s'y arrêter. Saint-Guilhem-le-Désert, seul, est aimable (loin) d'un monde où nous nous dévorons en attendant la mort! Leblanc quitte cette vallée tranquille, comme on quitte une patrie : le cœur serré. Nous aussi


                Heureusement que la campagne de Lunel est triste et silencieuse comme les steppes, qu'Aigues-Mortes est une morne cité en proie au marasme de la malaria,  et que, s'il se dégage de Saint-Gilles une grâce indéfinissable et indescriptible, la mesquine église n'est qu'une médiocre église gothique (sic!!) de style insignifiant, dont la façade (le portail de Saint-Gilles) est un programme décevant.
               Bref, ce voyage, qui se poursuit jusqu'à Valence, où l'auteur a de la peine à comprendre que Bonaparte ait pu y rester trois ans est, d'un bout à l'autre, rempli à ras bord d'un spleen bas et lourd.
               L'auteur connaît personnellement, et aime Baudelaire. Une anecdote, autour d'un exemplaire des Fleurs du mal est révélatrice. Le 2 juillet 1866, Mme Aupick et le peintre Alfred Stevens vont à Bruxelles pour ramener à Paris Baudelaire, victime d'une grave crise due à la syphilis. Le 8 juillet, les deux frères Stevens rendent visite au poète à la clinique du Dr Duval, en compagnie de leur ami, Frédéric Leblanc du Vernet et de Lecomte de Lisle. A la mort de Baudelaire, le 27 août 1867, Mme Aupick offre à Joseph Stevens en souvenir de cette visite, un exemplaire des Fleurs du mal que le peintre lèguera à sa mort (en 1892) à Leblanc du Vernet. Maladies et morts en série jalonnent le pedigree de cet exemplaire : ce ne devait pas déplaire à notre Leblanc du Vernet.
               Mais l'anecdote nous révèle bien plus  : notre ami à la triste figure est un intime des poètes parisiens et des impressionnistes.
               On pourrait presque dire que sa savante publication d'un Recueil de pièces historiques relatives aux guerres de religions de Toulouse (Paris, 1862) est une erreur de jeunesse.
               En 1879 paraît chez Lemere son grand'œuvre : Le Japon artistique et littéraire. Frédéric Leblanc est un des pionniers du japonisme en France.
               Notre Voyage en Languedoc est chronologiquement entre les deux. Il parle encore du Languedoc, mais de façon tristement, pesamment péjorative (on dirait parfois du J.K. Huysmans ou du Georges Rodenbach). Il n'a pas encore découvert le pays du soleil levant où une vie plus gaie serait enfin possible.  A la fois morose devoir de mémoire (la dédicace d'un pays perdu à la sœur morte?) et manifestation de haine envers le pays natal.
               On comprend mieux tous les voiles qui cachent comme un linceul cette brochure mal aimée

12 mai 2012

LIBRES en LIBERTAT, petit poème de Joseph Loubet sur l'ordre et le désordre d'une bibliothèque


Buste de Joseph LOUBET (1874-1951) à SEAUX.



                   Ah! Voici quelqu'un que je n'ai pas connu (il est né en 1874 et mort en 1951), mais pour qui j'ai une très respectueuse tendresse. 
                   Joseph LOUBET me semble avoir eu une vie très digne et respectable, son oeuvre a été estompée par sa propre modestie, et ce n'est pas son buste dans le jardin des félibres à Seaux qui le sortira vraiment de sa pénombre. 
                   Il a pourtant participé à toutes les aventures poétiques du symbolisme à Valéry, qu'il a été le premier à publier, à Montpellier, et en occitan!! . A-t-il été le premier à lui parler de Mallarmé? C'est possible. Il a initié les plus belles revues franco-occitanes, il a été un puits de savoir sur l'histoire de cette littérature, et a toujours été d'une discrétion farouche. 
                  Autant dire que ce blog le retrouvera sur sa route mai d'un còp. D'autant que j'ai eu la chance de récupérer une - toute petite, hélas - partie de sa bibliothèque.
                 C'est d'ailleurs de cette bibliothèque qu'il est question dans le petit texte suivant, paru en 1933 dans La Cigalo Lengadouciano de Béziers, et dont le tiré à part que je possède porte un envoi d'autant plus discret qu'il était évident "Au Chivalié", c'est à dire à Pierre AZEMA que nous connaissons déjà par la correspondance de Louis Bonfils.

                 No coment sur cette description d'une bibliothèque occitane. D'abord, noblesse oblige, le texte original occitan, puis ma (mauvaise) traduction française.

Joseph LOUBET : Lous Libres en libertat. Béziers, 1933.

 N'oubliez pas pourtant qu'en occitan "LIBRE" et "LIVRE" sont le même mot : LIBRE!

Lous Libres en libertat

Libres que tant fasès gau,
Que cafissès moun oustau,
Que tapàs toutes lous mobles,
Quant n'ia de riches, de nobles,
Que vous aimarien antau ?

Loga d'èstre en penitença,
Couma enco de Jan Sapiença,
Ou dau Crestian de Marques,
Dins d'armàsis de grand pres,
Barroulhats per prevesença;

Loga de patì sans fi
D'èr, e de sourel aussi,
Darriès de vitras tapadas,
Quichats couma d'arencadas
Dins l'escu que fai mousì,

Sabès prou qu'ai la man prèsta,
Que de longa es jour de fèsta
Quand doubrisse lous fiolhets
Das jouines e das vielhets.
Mès, s'un vièl es sans countèsta

Preferat, es moun couqui
De Sage ou moun Goudouli,
Ou, fièr de sa rauba nova
Moun curat de Cella-nova
Que me vol sèmpre enclauzi.

Or d'ancian tems, couma d'ara,
De Rabelès à La-Fara
E d'Aubanel à Tavan
Mous iols e moun ama van.
Mistral mena la fanfara,

Roumiéu galeja e Marsau
I ajusta soun gran de sau;
Bounet, lou rèi de la prosa
A Fèlis rauba la rosa;
Lou « Tresor», lou gros missau,

Mai d'un cop gimbla l'esquina
Dau vesi, de la vesina,
De trop qu'es grand e pesuc.
Quau planis soun amaluc ?
Ni Folco, ni Leountina,

Ni Bremounda, ni Laurés,
Ni Benedit, ni Fourés. 
Dom Savié noun dessoublida
Qu'es dau gros que tèn la vida.
Un se vira pas per res

Car Sant-Roc es soun coumpaire
E crenis pas l'usurpaire,
Aquel es l'amic Francés ...
Libres, toutes libres sès !
Aderé venès me plaire,

Sès toujour en mouvament
E l'espace d'un moument,
Un ara e l'autre tout ara,
D'una voues linda e preclara
Parlàs amistousament;

E tau que couma Batista
Fougna lou vers, qu'es, ma fista!
Riche d'art mai qu'un Cresus
Dau de jouta ven dessus,
Pioi, quand la paja es revista,

Zou! qu'un autre prengue l'èr
Ah ! n'es un poulit councert
Dins ma cambreta alandada !
Dedins la farandoulada
Das raisses, de fes, un vers,

Un mot, una douça frasa,
- Parpalhou que sus la rasa
Voulastreja au sourelhant
De moun caprice friand -
­D'un ecò sona l'emfasa !

E de longa à moun entour
Vous quite e prene emb' amour.
Ges de porta ni cadaula :
Mous fautuls, moun liech, ma taula,
E sès à ma man toujour .

Bèh ! pensà que de pouètas
Couma de sardas en bouètas,
Pastis de fege ou veirats
Podoun èstre arrenguieirats
Darriès de vitras viouletas,

E que ié podoun dourmi,
Dins la som se counsumi,
Sages, tristes, au susàri,
Franc d'un miracle ! Arri ! Arri!
Es qu'acò fai pas boumi ?

Es qu'es pas la pira deca,
La pus lourda, la mai peca,
D'embarrà ce qu'es, de Diéu,
Lou parlament sèmpre viéu
Dedins una biplouteca ! ...

Libres que tant fasès gau,
Que cafissès moun oustau,
Que tapàs toutes lous mobIes,
Quant n'ia de riches, de nobles,
Que vous aimarien antau ?

On va traduire

Les livres en liberté

Livres qui donnez tant de joie - qui remplissez ma maison - qui encombrez tous les meubles - combien de riches ou de nobles - vous aimeraient autant que moi?
Au lieu d'être en pénitence - comme chez Jean La Science - ou chez Christian le Marquis - dans des armoires très précieuses - verrouillées par sécurité;
Au lieu de toujours manquer - d'air, de soleil aussi - derrière des vitres fermées - quichés comme des harengs saurs - dans l'ombre qui sent le moisi,
Vous savez que j'ai la main leste - que c'est souvent un jour de fête - quand j'ouvre les pages - des jeunes et des vieillots. - Mais s'il y a un vieux sans conteste
Préféré, c'est bien ce coquin - de Sage, ou mon Goudouli - ou, tout fier de sa robe neuve - mon curé de Celleneuve - qui m'ensorcelle à chaque fois.
Or de tous temps comme aujourd'hui - de Rabelais à La Fare - et d'Aubanel à Tavan - vont mes yeux et mon âme - Mistral conduit le bal,
Roumieux galège et Marsal - y ajoute son grain de sel; - Bonnet, le roi de la prose  - à Félix dérobe la rose - Et le "Trésor" ce gros missel,
 Plus d'une fois courbe l'échine - de son voisin, de sa voisine - parce qu'il est trop grand et trop lourd. - Mais qui se plaint de ses entorses? - Ni Folcò, ni Léontine,
Ni Brémonde, ni Laurès - Ni Bénédit, ni Fourès. - Dom Savié n'a pas oublié - que c'est du gros qu'il est sorti. - Un qui ne se tourne jamais
Car Saint-Roch est son compagnon - Et il ne craint pas l'usurpateur - c'est l'ami François… - Livres, vous êtes tous libres! - Tour à tour vous venez me plaire,
Vous êtes toujours en mouvement - et dans l'espace d'un moment - un maintenant, l'autre bientôt - d'une vois claire et nette - vous parlez amicalement ;
Et tel qui comme Baptiste - boude les vers, mais qui est, ma foi - aussi riche d'art qu'un Crésus - de sous la pile vient dessus. - Puis quand la page est bien relue,
Zou! qu'un autre prenne l'air! - Ah c'est un joli concert - dans ma chambre ouverte à tous vents! - Dans la farandole - des étagères, un vers,
Un mot, une phrase douce, - papillon qui sur la haie - voltige au soleil - de mon caprice gourmand - sonne l'emphase d'un écho!
Et toujours tout autour de moi - je vous quitte et prends par amour. - Pas de porte ni de serrure : - mes fauteuils, mon lit et ma table -  et vous à portée de ma main.
Béh! penser que des poètes - comme des sardines en boites - pâtés de foie ou maquereaux - peuvent être bien rangés - derrière des vitres violettes,
Et qu'ils peuvent y dormir - se consumer dans le sommeil - sages et tristes au suaire - sauf un miracle, aïe aïe aïe! - ça vous donne pas la nausée?
Et n'est-ce pas la pire faute- la plus lourde, le grand pêché - d'enfermer ce qui est, de Dieu - la parole toujours vivante - dedans une bibliothèque… !
Livres qui donnez tant de joie - qui remplissez ma maison - qui encombrez tous les meubles - combien de riches ou de nobles - vous aimeraient autant que moi?


                  Bon. On comprend que Loubet parle d'écrivains occitans. Je ne vais pas faire une notice sur chacun. 
                  Mais on aura reconnu, par ordre d'apparition : Le Sage, cet écrivain montpelliérain qui s'appelait Isaac Despuech au XVIIe siècle; Goudouli, le contemporain toulousain de Molière; mon cher abbé Fabre, curé de Celleneuve dont j'ai édité la correspondance et dont le roman Jan l'an Près a été, grâce à Philippe Gardy et Le Roy Ladurie, traduit dans une dizaine de langues (il est vrai que c'est un chef d'oeuvre);  Rabelais, La Fare-Alès (XVIIIe s.), Aubanel,  Tavan et Mistral, trois fondateurs du félibrige, Roumieu, vous connaissez, Edouard Marsal peintre et dessinateur surtout, Baptiste Bonnet, qu'Alphonse Daudet caricatura sans scrupule, Félix Gras, devenu bon gré mal gré l'archétype du félibre rouge, le Trésor du Félibrige, l'immense dictionnaire de Frédéric Mistral, Folco de Baroncelli, l'inventeur de la Camargue, Léontine Goirand et Brémonde de Tarascon, poétesses provençales qui se peuvent encore lire, Jean Laurès, que j'ai peu lu, Gustave Bénédit, le créateur de Chichois, le titi marseillais, Auguste Fourès, une conscience républicaine, Xavier de Fourvières, le moine qui passa sa vie à enseigner le provençal, François Dezeuze (celui-là, on en reparlera! ) le philosophe du mazet montpelliérain...
                La bibliothèque de Joseph Loubet, qui envahissait tout, me laisse rêveur. Les volumes que j'en ai recueilli sont reliés avec goût et sobriété. 
               Il avait tout et sa collection de manuscrits... Ah! sa collection de manuscrits... !!!


Joseph LOUBET, crayon par je ne sais qui



8 mai 2012

NOSTRADAMUS dans son tombeau. Exemplaire unique et effrayant d'un almanach de Nostradamus imprimé à Toulouse en 1839

Portrait de NOSTRADAMUS DANS SON TOMBEAU
                   Voici, au hasard des petites trouvailles, un exemplaire unique d'un almanach publié à Toulouse, par Jean-Marie Corne (qui fut, avocat, puis imprimeur rue Pargaminières, puis mort) en 1839.
                  L'adresse porte, de façon fallacieuse, mais Nostradamus oblige : A Salon en Provence, 1839. Mais le collophon est sans équivoque et dévoile le véritable éditeur.
                  Le titre complet est le suivant :

NOUVELLES ET CURIEUSES
PREDICTIONS
DE MICHEL
NOSTRADAMUS
(Pour sept ans)
depuis l'année 1839 jusqu'à l'année 
1845 inclusivement,
Augmentées de l'ouverture du tombeau de 
Nostradamus, exactement supputées,
calculées et mises en meilleur ordre, et 
plus amples que les précédentes
PREDICTIONS DE MICHEL NOSTRADAMUS, Toulouse 1839.

                 Il s'agit d'une brochure de format bibliographique indécis (un cahier de 10 folios, le dernier servant de chemise à l'ensemble, un autre cahier de 4 folios, un autre de 8 folios et un dernier de 2 folios). A l'oeil, in 12°, de 44 + 2 pages. 
                 La page de titre n'arrive qu'au verso du folio 3, précédée d'une gravure sur bois au verso du F°1 intitulée :  GARDE DU TOMBEAU
GARDE DU TOMBEAU de NOSTRADAMUS
Ce garde sur-armé ressemble un peu à un gisant.

                Suit, recto du F°2 : LE VERITABLE PORTRAIT DE NOSTRADAMUS DANS SON TOMBEAU :
                 On y voit Nostradamus, assis et bien vivant , portant et retirant de sa main droite un masque qu'on pense en or, assis sur sa chaise de bronze, dans sa bibliothèque, qui se doit d'être ésotérique, le compas le prouve bien... 
LE VERITABLE PORTRAIT DE NOSTRADAMUS DANS SON TOMBEAU
            En frontispice, le portrait de Nostradamus avec son épitaphe est lui, incontestablement celui d'un gentilhomme sous Louis XIII.
            Au verso de la page de titre, une gravure sur bois représente la vérité avec un poème dont seuls les 4 premiers vers en sont vraiment, des vers, les deux derniers cédant résolumment à la future mode du vers libre.
Je suis la Vérité, de tout temps je suis reine
Et je ne ments jamais, étant ce que je suis.
J'abhorre les menteurs, c'est moi qui les poursuis... etc... 
 
            Les pages 5 et 6 sont destinées à nous faire trembler, et je ne sais si je n'enfreins pas un interdit mortel en les transcrivant.  C'est en tout cas un superbe morceau de prose, dans le style de Allan Poe ou de Charles Nodier. De quand date-t-il??? Je l'ignore (ce qui veut dire : si vous le savez, dites le moi).

RELATION NOUVELLE ET TRES CURIEUSE DE 
L' OUVERTURE
DU TOMBEAU DE NOSTRADAMUS

           Quel événement étrange et inopiné, cent vingt-sept ans se sont écoulés depuis que Nostradamus s'est inhumé tout vivant dans un sépulcre en forme de mausolé, qu'il séleva chez les révé­rends pères cordeliers de Salon en Provence ;  il grava en carractère ineffaçable, sur la pierre, cette sentence aussi épou­vantable que nouvelle : Malheur à celui qui m'ouvrira, sentence que les plus hardis n'avaient encore osé violer. Mais enfin la curiosité surmonte tout obstacle : on va donner au public un sujet digne de mémoire ; ce sont deux prévenus (condamnés) à la mort à qui on accorde Ieur grâce au prix qu'ils ôteront la pierre. Bientôt les prophéties vont s'accomplir. Les violateurs portent leurs mains sur la pierre ; mais par un mouvement sou­dain, ils sont déconcertés, et tombent à la renverse roides morts ; car il faut que ces prédictions s'exécutent. 
            On entendit un bruit épouvantable ; peu après on vit le prophète Nostradamus sur une chaise de bronze, une plume d'airain à la main, un visage frais et pensif, et un tableau d'ivoire, où on lisait cette sentence: "Toi qui me vois, garde-toi de me toucher ;  car si tu le fais, tu es perdu." On remit la pierre en sa place. La peur inspira la fuite. Peu de temps après, quelques-uns plus har­dis étant entrés ont trouvé cette pierre réduite en poussière. 
           Les magistrats, ayant avec eux le révérend père gardien des Cordeliers et quelques principaux du couvent, ont fait une perquisition exacte ; ils ont  trouvé des manuscrits en caractères gothiques qui sans doute ne manqueront pas de donner de l'émulation aux savans qui jusqu'ici ont travaillé avec grand soin à pénétrer le sens des centuries qu'il nous a laissées, et qui sont assez connues en Europe pour éviter d'en faire ici un nouveau détail.             
OUVERTURE DU TOMBEAU DE NOSTRADAMUS A SALON DE PROVENCE

              Le reste de la brochure est plus sage. On y apprend le temps de chaque saison des années qui viennent, l'horoscope des divers signes du zodiaque, un peu de médecine populaire, bref tout ce qui fait un almanach bien constitué. 
              Le texte n'est pas rare, et a été repris au fil du temps, sur 1 ou 2 siècles, dans toutes sortes de villes, par toutes sortes d'imprimeurs. 
              Mais voilà : ces livres de colportage ont tous été détruits au fil du temps, et sont devenus rarissimes. 
               Cette édition toulousaine, faite par Jean-Marie Corne l'année même de sa mort, est tombée toute entière au champ d'honneur de la bibliophilie, et cet exemplaire semble bien être le dernier d'un tirage qui devait, à coup sur compter plusieurs miliers d'individus. 
                Sic transit gloria mundi.  Ce ne sont pas les plus gros tirages qui se conservent le mieux... — au contraire !!! (Vous noterez ça dans le recueil de mes maximes de sagesse bibliophile).
                Il faut dire que la qualité du papier, la typographie hésitante, le tirage "à la goulamas" (acò se dis a Tolosa) des gravures sur bois pour le moins séculaires (estimation basse : elles ont un petit air 17e...), si tout ça nous fait, à nous, pervers dépravés du XXe siècle, battre  le coeur et verser des pleurs de joie, il faut bien reconnaitre que pour les languedociens et gascons du XIXe , ça ne valait pas tripette, et ne nécessitait pas un classement au patrimoine culturel de l'humanité.