25 avril 2012

1881 En pleine guerre froide franco-allemande, une anthologie française, occitane et wallonne publiée à Leipzig par la minuscule Bibliothèque de salon

                Voici un étonnant petit livre, presque un "minuscule" : 95 x 65 mm.  174 (2) pages. 
                Cartonnage d'éditeur et percaline bleue, tranches dorées, gardes moirées. Son appartenance mondaine à la Bibliothèque de Salon ne trompe pas son monde. 
                Il porte en 1ère garde une étiquette du libraire éditeur A. Ghio, qui loge au Palais Royal, Galerie d'Orléans. 

Reliure de la Bibliothèque de Salon

Son titre :
POETES CONTEMPORAINS.
Poésies françaises  - Poésies provençales et wallonnes avec traductions en prose ou en vers.
Rédacteur en chef : Jules vom Hag.
1ère année  1881
Adresse :
Paris, Aug. Ghio
Leipzig, Otto Lenz, éditeur. 

Poésies françaises, provençales et wallonnes

                  De sa partie française, nous ne dirons presque rien. Des oubliés comme Etienne Adam, né à Anjou-Combrée en 1836, Alphonse Baudouin ou Julien Lugol voisinnent avec des noms plus familiers : Alfred des Essarts, Victor de Laprade, Lecomte de Lisle, Sully Prudhomme ou Armand Sylvestre.
                  Elle occupe 76 pages, soit un peu moins de la moitié du volume.
                  La partie wallone m'est encore plus étrangère et est d'ailleurs reléguée en queue de volume sur à peine 14 pages. N'y figurent que 4 poètes : Auguste Hock, Gustave Magnée, Nicolas Defrécheux et Alexis Peclers, tous natifs de Liège et tous traduits par l'universitaire Alphonse Le Roy.
Poème en wallon e Gustave Magnée : Chanson de Bertine Sodar

            La partie provençale, elle, s'étale sur 75 pages, exactement autant que la partie française. Un avertissement prévient que cette place est insuffisante et qu'un 2e volume complétera cette anthologie.
            14 auteurs y figurent, Frédéric Mistral en tête, avec ses chefs d'oeuvres emblématiques : Magali, La Coupo Santo et A-n un prouscri d'Espagno.
             Signalons aux mistraliens (qui sans doute le savent déjà) que sa notice annonce que Mistral est en train d'écrire : Guihèn dou Court-Nas. Sabi pas de qu'es acò
          
La Coupo Santo, l'hymne félibréen par Frédéric Mistral

             A côté du Maître, les deux "grands" du félibrige : Joseph Roumanille (Ma Vesino et Esperit Requien) et Théodore Aubanel (Li Fabre et 2 autres poèmes). 
             Les autres félibres ne déparent pas la liste : Anselme Mathieu, William Bonaparte-Wyse (un petit-neveu de Napoléon 1er, irlandais et félibre), J. B. Gaut (Tourreluco) , Alphonse Tavan, A. de Gagnaud (i.e. Léon de Berluc-Pérussis), Félix Gras, Clarens (i. e. Alphonse Roque-Ferrier) et bien sûr l'infatigable Louis Roumieux. Si les noms d'Auguste Verdot, de François Vidal ou de Victor Lieutaud sont devenus confidentiels, il faut reconnaître que le choix n'est pas mauvais, compte tenu d'une hypothétique frontière provençale qui irait de d'Aix-en-Provence à Montpellier, excluant aussi bien les nissards que les Gascons (et les languedociens de l'Ouest ou les Occitans "du Nord"). 


Per Vendemio de Joseph Roumanille

            En fait tout un monde :

Anthologie provençale en 1881

et
Frédéric Mistral : Guilhén dou Court-Nas 

              Voici pour les curieux le sommaire intégral, toutes langues mêlées :

Bibliothèque de salon : Poètes contemporains. 1881. Sommaire


La diffusion fait rêver : France, Italie, Belgique, Suisse, Autriche, Etats-Unis, Argentine... MAIS PAS ALLEMAGNE !!! 
Une diffusion internationale pour cette anthologie allemande des félibres en 1881
Conclusion :
On devine mal à la vue de cette anthologie la détestable ambiance franco-allemande en 1881, pas plus que les luttes des langues minoritaires à cette époque.

19 avril 2012

Virulence des élections en 1893. Les inventions de La Capeleta, un journal à objectif unique : balayer le député sortant franc-maçon

LA CAPELETA. Montpellier 1893. Un journal électoral contre le candidat Franc-maçon

                Voici un journal, dont un seul numéro est sans doute paru : LA CAPELETA, "journal paraissant quant il y a lieu. Première année, N°1, 10 aôut 1893. 
                 En fait, il semblerait qu'il y ait eu 3 parutions, mais malgré ce, ce journal reste ce qu'il est : un tract électoral.
Le député sortant est battu. 

               Il trouve sa place dans ce blog à cause de sa forme originale. Mais son contenu surprend. Ce n'est pas le journal d'un candidat, c'est un journal CONTRE un candidat (serait-ce permis aujourd'hui? je l'ignore).
              Ce candidat est le député sortant : Elisée DANDREIS (ou Déandréïs). Il est député de l'Hérault (Montpellier) depuis 1885. Mais ce qui retient uniquement l'attention de LA CAPELETA, c'est qu'il est franc-maçon. C'est contre cette appartenance à la "petite chapelle" (Capelata en occitan) que se déchaîne le journal.
Parodie de souscription signée Lou Taban (le Taon)
              Zou! L'Escouba se traduit de l'occitan au français par : Zou! du balai! C'est le sous-titre explicite du journal.
              En fait, on devine entre les lignes un soutien au candidat radical-socialiste (modéré) COUSIN, qui, en effet sera élu à la place de Dandréïs.
              Mais Elisée DANDREIS aura sa revanche en 1895, puisqu'il sera élu sénateur (jusqu'en 1906). C'est un parlementaire d'extrème-gauche, qui a toujours réclamé la séparation des Eglises et de l'Etat, et milité pour la fin de la colonisation. Sénateur, il voulait même la suppression du Sénat.

              C'est aussi, et ça nous le rend d'autant plus sympathique, un des membres fondateurs de la SOCIETE DES BIBLIOPHILES LANGUEDOCIENS. 

              Mais finalement, s'il ne fallait retenir qu'une chose de ses adversaires, ce ne serait sans doute pas leur programme électoral, mais leur capacité et leur brio, dès 1893, à utiliser les deux armes fatales du futur XXe siècle : les médias et la publicité. 
             En donnant à leur tract la forme d'un vrai-faux journal, ils innovent.
             En créant des tas de publicités bidon, détournées ou piratées, ils révolutionnent la communication politique.
              Je vous laisse savourer :
Publicités contre le député franc-maçon. Si le nez te démange, gratte-toi le cul.

Publicités piratées pour cause d'élections législatives

L'anti maçonnisme de la fin du XIXé siècle

11 avril 2012

ERATO revue littéraire et régionaliste. Montpellier 1919

ERATO journal littéraire et régionaliste. Montpellier 1919

ERATO
Journal littéraire et régionaliste
Organe de l'Association régionale des Lycéens, Montpellier
Président : Marcel Blisson
Rédacteur en chef : Charles Puech
Administrateur général : Roger Carbon, 29 rue des patriotes, Montpellier
Gérant : J. Oulès.
Imprimerie : Manufacture de la Charité, Montpellier
29 x 22 cm, 8 pages.
PARUTION : n° 1 (Janvier 1919) à n° 5 (Paques 1919). 

                       Je continue mon inventaire des revues littéraires de Montpellier et de l'Hérault.
                       Ces revues sont rarissimes. Nous n'avons plus, pour certaines, AUCUNE COLLECTION CONNUE. Il faut alors retrouver les sommaires, les échos par d'autres voies : les compte-rendus dans des journaux ou revues mieux conservés, les souvenirs de ceux qui ont pu y participer.
                       Pourtant elles sont importantes : ce sont, toujours, des laboratoires de recherche. Plus ou moins aboutis, mais de recherche quand même.
                       Sur les milliers d'étudiants et de lycéens que compte Montpellier à l'époque (autour de 3000 sans doute), les quelques uns (quelques dizaines) qui participent à ces revues, se feront tous un nom plus tard dans les domaines les plus variés.
                      Ainsi, pour ne parler que des membres d'ERATO (nous avons déjà croisé Jean MOULIN dans LA LANTERNE DE DIOGENE) :
Henri-Charles PUECH, (20 juillet 1902-11 janvier 1986) a 16 ans 1/2 lorsqu'il dirige ERATO. Il deviendra historien des religions au Collège de France de 1952 à 1972. Il dirigera par exemple l'Histoire des religions à la Pléïade, ou publiera chez Gallimard ses recherches sur la Gnose dans la collection Idées. 
Marcel BLISSON (Montpellier 29 août 1901-31 mars 1992)  est alors Président de l’Association régionale des Lycéens qui publie ERATO  et y publie un édito  très régionaliste.
Avocat (1925)  bâtonnier (1956-57)du barreau de Montpellier où il remplace EUGENE CAUSSE en 1976. Membre de l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier. Il sera après-guerre président des Barons de Caravètes de Montpellier.
Emile CARBON (Né à Agde le 29 mai 1898) sera Directeur de la Caisse d'Epargne, mais ne lâchera pas la littérature. En 1924, il publie Cocteau dans Les Amitiés languedociennes.
Vincent BADIE sera avocat, député, plusieurs fois ministre, et  un des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain. Son cri  "Vive la République quand même" l'amènera à Dachau.
Jean MILHAU sera un grand peintre et un grand Résistant. 
Ernest FORNAIRON ne suivra pas la même voie. Ecrivain et critique littéraire, il se lance à fond dans la collaboration, et fonde avec Alphonse de Chateaubriand le groupe littéraire Collaboration. .
 Jean MORINI-COMBY (Né le 1 janvier 1900-1962) sera lui aussi bâtonnier et une des personnalités de Montpellier.
                          Ceci pour l'exemple. Fonder une revue littéraire peut mener loin.

                           ERATO n'est pas une revue révolutionnaire. Mais elle va son pas avec une belle assurance et sa lecture n'est pas celle d'un désastre littéraire. N'oublions pas qu'Erato est la muse de la poésie. 
Henry-Charles PUECH dans ERATO
                     

                           C'est une revue a priori lycéenne épaulée par quelques étudiants. Puech, le jeune prodige a 16 ans. Blisson a 18 ans, Emile Carbon 21, Morini-Comby 19.
                           Professeurs et proviseurs soutiennent :  du coup, les 1000 exemplaires du N°1 se sont "presque" tous vendus (0,25 fr) .
                           Le N° 5, dont le titre est imprimé en rouge, comporte 8 pages. Le cocorico de l'éditorial devant cette réussite semble bien un chant du cygne : ce numéro est le dernier.
                           
Tonalité :
                           L'édito de Marcel Blisson, Pdt de l'Association régionale des Lycéens est fortement régionaliste.
                           Nous sommes en 19 : la guerre est encore omniprésente et sert d'amer à tous ces auteurs. Mais ils refusent d'en faire un thème récurent et se situent résolument (à peine 2 mois après l'armistice) dans l'APRES-GUERRE.
                           Malgré une conférence sur Mistral, toute en français, pas un mot occitan.
                          A noter : à part les publicités, la revue ne laisse aucune place à l'illustration. 
Publicié à Montpellier en 1919. Séquelles de guerre...

Activités :
                            ERATO organise des conférences : nous y découvrons ce à quoi pensent les jeunes en 1919 et leurs écrivains de référence.

Emile Carbon (le grand frère de Roger, auréolé de sa Croix de guerre) fait une conférence sur Le caractère français des chansons de gestes et une autre sur Verlaine.
Vincent BADIE en fait une sur le 81e Régiment d'Infanterie.
Joseph Aldemar (qui n'est pas encore Jean RYS) sur Alphonse Daudet.
Roger Carbon sur René Bazin , puis sur Edmond Rostand.
Dugas, sur Albert Samain
Henry-Charles Puech : La littérature de demain : il y refuse la médiocrité générale de la littérature de guerre, proclame : vive l'amour de la vie et citeles (très) jeunes  Mauriac, Maurice Magre ou André Chamson (ce qui est surprenant, ce dernier n'ayant encore rien publié !)
Du même : conférence sur Charles Péguy
Bernard Grémillon : Un peu d'astronomie!
Pierre de La Jonquière (vice Pdt) : Histoire de Montpellier.
Grasset (Pierre ou Joseph??) : L'hypnotisme
Marcel Blisson  parle de Frédéric Mistral. N'oublions pas qu'il présidera l'association pro-félibréenne Les Barons de Caravètes.
ERATO n° 2  Poème de Henry-Charles Puech


Textes :
                Henry-Charles Puech, qui est déjà l'auteur d'un recueil : Le Coeur crépusculaire en publie des extraits. On voit qu'il a beaucoup lu, de Baudelaire à Mallarmé, mais on y voit aussi de sérieuses promesses littéraires :
La lenteur de la nuit tourne en la chambre blanche
En un rythme de nonchaloir et de vertige
Si langoureux et caressant que sur sa tige
Toute rose blessée agonise et se penche.

Des gestes doux de mains semblent bénir dans l'ombre
Les blessures saignant toujours leur goutte à goutte
Tandis qu'une pitié s'effeuille de la voute
En charpie ineffable où la souffrance sombre.

                  Un joli récit de voyage avec 2 jeunes compagnes au Parthénon d'Athènes est signé X.
                  Jean Morini-Comby le prend de haut : Bravo les jeunes. Il a 19 ans !! Il parle de L'Effort des Jeunes la revue qu'il a fondé, il y a 3 ans (nous en reparlerons).
                  Milna de Lahor, est-ce un pseudonyme?
                 A. Georges Maurel parle (en bien) de La Mêlée symboliste d'Ernest Raynaud.
                 Jean Milhau signe un intéressant : Fin de jour au Sahel.
                 Fernand Gauzy, déjà félibre déclare :  le régionalisme ne se réalisera que par son propre combat. Pierre Devoluy, le Capoulié de l'action pourrait signer ce texte.
ERATO n° 5 : Manifeste occitan de Fernand Gauzy.

Pseudonymes élucidés : Ahl-des-Mares = Joseph ALDEMAR, qui sera connu à Montpellier comme animateur radio de l'entre deux-guerres sous le nom de Jean RYS . Il est pour le moment en 1ère au lycée.
Pseudonymes non élucidés : Le Capcinois , Goal Keeper, Fons , Paul O'Pol, Longus, Auditor, Old Jack

Aux sommaires :
N° 1, janvier 1919
Marcel Blisson (édito) , Pierre Grasset, J. Ch. Dugas, Henry-Charles Puech, Emile Carbon, Joseph Aldemar
N° 2, février 1919
Henry-Charles Puech, Milna de Lahor, Marc Bonnefoy, Emile Carbon, Gaston Blanc.
N°3, mars 1919
Marcel Blisson, Jean Comby (Morini-Comby), Jean Loye, Henry-Charles Puech, Joseph Aldemar, Gaston Blanc, J. Ch. Dugas
N° 4, avril 1919
Georges Maurel, Emile Carbon, Paul O'Paul (un conte à la Maupassant), Jacques Cossé, Jean Milhau, Henry-Charles Puech, Gaston Blanc
N° 5, Paques 1919
Fernand Gauzy, Emile Carbon, O. Lyanèje, Albert-Georges Maurel, Henry-Charles Puech, Jean Loye, Joseph Aldemar, A. Fournel, Jacques Cossé, Marc Bonnefoy, Pierre Dérieu, Gaston Blanc, Ernest Fornairon, Fernand Demeure.

7 avril 2012

Une affiche de 1585 à Montpellier par un imprimeur encore itinérant

Affiche de Guillaume Ranchin, Montpellier 1585

          Pour commencer, une affiche.
          Symptomatique.
          Elle date de 1585. Elle règle les honoraires des greffiers, méticuleusement, acte par acte.
         On y apprend qu'il y a des petites, des moyennes et des grandes auditions de témoins.
         On y apprend aussi qu'une feuille de parchemin porte 40 lignes manuscrites.
         Tout en haut, les armes de la ville de Montpellier : un besan de gueule. Ça situe l'aire d'application : Montpellier, qui n'est jamais cité nommément.
          L'auteur : Guillaume RANCHIN, (Montpellier 1551-1605) : un grand personnage, appuyé sur une grande famille. Son père, Etienne, est professeur à la Faculté de droit et Premier Consul de Montpellier 1556. Son frère François est un des mandarins de la Faculté de Médecine. Il en sera doyen et chancelier. Il sera aussi premier consul de la ville en 1629, l'année de la peste.
Lui-même succède à son père à la Faculté de droit. Protestant, il fonde l'Académie protestante en 1595, et siège à la Chambre de l'Edit (créée après l'Edit de Nantes) , destinée à juger les protestants, à Castres.

           L'intérêt, c'est qu'il y a de fortes chances que cette affiche ait été imprimée à Montpellier.

         Or, l'imprimerie n'apparait à Montpellier qu'en 1594 (c'est très tardif, mais la même date qu'à Marseille) lorsque JEAN GILLET, ou GILET, dit LE LIBERTIN, s'y installe, venant de Lyon.  Gillet est protestant, lui aussi. Il disparait, on ne sait comment (mort ou départ) lors du siège de Montpellier en 1622 par Louis XIII et Richelieu qui veulent reprendre la ville aux Protestants.

         Pourtant, le blason à la cime de l'affiche, les petits fleurons qui séparent le titre du texte se retrouveront après 1594 sur des livres signés Jean Gillet.
Il est donc envisageable qu'avant de s'établir définitivement à Montpellier, il ait, en tant qu'imprimeur itinérant, opéré à Montpellier. Ce qui expliquerait que ce soit à lui que les consuls fassent appel lorsqu'ils décident de favoriser l'installation d'un imprimeur dans la ville.

       Cette affiche serait donc un des premiers monuments de l'imprimerie à Montpellier.

      Elle mesure 28 x 37 cm.
      Filigrane : cloche et cartouche avec un trèfle à trois feuilles et lettres C et E.

4 avril 2012

LA RENOVATION LITTERAIRE : Le Décadentisme, voilà l'ennemi !! Une revue littéraire conservatrice entre Montpellier et Le Vigan : 1893

LA RENOVATION LITTERAIRE. Le décadentisme voilà l'ennemi. Revue littéraire de Montpellier-Le Vigan en 1893

Rénovation, restauration, modernisation... Comme toujours, l'emploi de ce genre de termes est un indicateur infaillible du  plus crasse conservatisme.

1893 La Rénovation littéraire
Organe de lutte contre le décadentisme
Journal littéraire, artistique, satirique et humoristique.
Devise :  Le décadentisme, voilà l’ennemi!...
Rédacteur en chef : Joseph Puech.
Président d’honneur : Léo Tess
Comité de rédaction : Paul Courcoural, critique littéraire ; P. Laurac, compositeur ; Auguste Saruet, chroniqueur humoristique ; Gaston Bènes, Agénor Pransey, Vernay, chroniqueurs ; Jules de Pergam, critique dramatique.
Bimestriel.
Siège : 16 rue Auguste Comte, Montpellier (en écrivant ceci, je vois de ma fenêtre la petite maison du 16 rue Auguste Comte, qui devait être bien neuve en 1893). Mais l'origine du journal est au Vigan dans le Gard.
Imprimerie Firmin et Montane, Montpellier
27 x 34 cm.
La revue a certainement débuté le 1 janvier 1893, j’ignore sa fin.
Publicité pour L'Indépendant des Cévennes... et le capitalisme

Tonalité  :
                  Comme son nom et sa devise l’indiquent, il s’agit d’un mouvement de réaction contre le décadentisme. En 1886, Anatole Baju fondait Le Décadent et parlait de décadisme dans son éditorial, à la grande joie de Verlaine : “Décadisme est un mot de génie... Ce barbarisme est une miraculeuse enseigne”.  C’est pourtant le mot de décadentisme qui s’impose peu après.
                  La Rénovation littéraire entend s’opposer à ce courant verlainien. Mais alors que les décadents ne se situent que sur le plan artistique, la revue entend porter aussi le débat sur le terrain politique et social. C’est donc un retour à une forme littéraire classique (Racine est cité au moins une fois par livraison), mais aussi à un ordre moral et à un patriotisme militant que prône le journal. Son héraut pourrait être Déroulède, pourtant curieusement ignoré. En fait, c'est, avec un lustre d'avance, une préfiguration un peu terne de L'Action Française.
                   Voici par exemple une critique de Mallarmé par Courcoural :
Rien cette écume vierge vers
A ne désigner que la coupe
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l'envers
                     "Ma foi, c'en est fait de moi!... car ce quatrain m'est incompréhensible, et je crois qu'il a eu raison, l'auteur, de placer au début le mot : rien. Cette écume... quelle écume? Vierge vers... vers quoi! on est vierge vers quelque chose ou quelqu'un, maintenant? Ah! non, c'est trop fort! et je ne puis admettre pareilles bévues... C'est-il drôle tout de même! C'est révoltant aussi de voir ainsi torturer la construction française... "

Responsables : 
                    Joseph PUECH et Paul COURCOURAL (qui signe aussi Vindomagus) sont surtout connus (?) pour être les rédacteurs en chef et chroniqueurs de L’Indépendant des Cévennes, journal conservateur, politique et littéraire de l’arrondissement du Vigan.
                    Paul Courcoural sera longtemps un des piliers de l'Action française à Bordeaux et participe aux Almanachs de l'Action française
Paul Courcoural et l'Action Française

                    Léo Tess, de Sète, Président d'honneur, (de son vrai nom L. R. Josset) lui-même n'a pas laissé de souvenir impérissable. Renvoi d'ascenseur, quand il publie Amour et patrie, journal d'un soldat, 1870-1871 en 1898, c'est Joseph Puech qui préface son livre.
                    La Rénovation littéraire est donc la seule des revues spécifiquement littéraires d’avant-guerre étudiées ici à ne pas avoir une base étudiante. Si l’origine extra-montpelliéraine de ses membres ne surprend pas (L’Aube méridionale est biterroise,  Pan nettement rouergat...), il faut quand même noter que ceux-ci conservent leur principale activité et sans doute leur domicile en Cévennes, et sont donc relativement coupés de l’intelligenzia de la métropole héraultaise.
Jean-Lucian ALQUIER, un Audois ambitieux

Grands invités :
                    Sur les quatre numéros que j’ai pu analyser, je n’ai pas rencontré une signature ayant une résonance extra-régionale. Même Léo Tess, dont la présidence d’honneur figure en proue de revue, est désespérément absent des débats du temps. Son rôle d’opposant au décadentisme a par exemple totalement échappé à Louis Marquèze-Pouey dans sa grande étude sur le mouvement.
                     Cependant, pour ajouter à la gloire de Paul Redonnel, voici un petit poème envoyé de Bordeaux, par Auguste Lagrange, où le rédacteur de Chimère est en fort bonne compagnie :

Bordeaux les a vaincus, les impurs décadents.
Ecrivains sans génie, immoraux, impudents,
Ramassis éhonté de névroses sophistes,
Novateurs malheureux des règles symbolistes.
Aristide Bruant et son laid mirliton,
Redonnel, Mallarmé, le seigneur de Gourmont,
Deschamps, le directeur de la gente Plumée,

Laforgue, Paul Verlaine et Fabrice Lémon,
Attendront vainement, ici, la renommée.
Rédacteurs ténébreux du défunt Chat-Huant,
Restez, restez en paix, omnipotents confrères,
On peut vous terrasser, disciples de Bruant,
Un peuple de guerriers, littérateurs austères
Demain se lèvera... Mais vous avez tous fui!
Ecrivains décadents, pour nous l’Idéal luit!

Quelques personnalités :
                   A part les dirigeants, les autres participants me demeurent obscurs.
                   Il faut pourtant s'étonner de la présence d'Evariste Carrance, passé à la postérité pour avoir, par hasard, primé et imprimé un chant de Maldoror de Lautréamont en 1869, un an après la publication par l'auteur. Il est vrai que c'était 25 ans avant et que depuis, il ne s'est rien passé dans la vie de Carrance (voir Wikipedia), et qu'il publie ici des vers d'une minable banalité...

Réseau :
                  Il semble que l’ambition d’un réseau national de contre-offensive se soit borné à des liens étroits avec un groupe bordelais (ville de Paul Courcoural et d'Auguste Lagrange) partageant les mêmes vues.
                  La participation, isolée, de Jules Fagnant, de Levallois-Perret, ne constitue pas un réseau.

Grand moment :
                  Il faut attendre le N° 8 pour que paraisse un très long article : "Première escarmouche", pour que Paul Courcoural trouve enfin (les premiers mots sont : "Enfin, la lutte s'engage..." ) un adversaire à pourfendre. Il s'agit de Georges d'Ailly qui se dévoile à nous en se disant responsable de La Syrinx : c'est Joachim Gasquet (membre avec Valéry de La Pléïade méridionale, puis félibre proche de Maurras), fondateur de la revue aixoise La Syrinx, collaborateur de La Plume, qui défend ici un classicisme moderne, trop moderne quand même...
                  On se demande si l'isolement de La Rénovation vient du mépris de ses adversaires ou tout bonnement du fait qu'ils ne l'ont pas vue.
Défenseurs de l'honneur des Lettres et de la vertu de la France littéraires. Mais où sont les Vices, où est la Vertu?

Aux sommaires :
N°1 à n° 4 [Numéros non retrouvés]
N° 5, 1 mars 1893
M. d’Arcourt, Paul Courcoural (Vindomagus), Joseph Gantet, J. Mercadier, J. de Pergam,  Joseph Puech, Gabrielle Puech-Vassas, Yves de Saint-Maur, Léo Tess, J.M. Vernay.
Très long et vindicatif article contre les poèmes de Mallarmé publiés dans  La Plume.
Critique enthousiaste de  Mademoiselle de Circé d’Ernest Daudet dont le neveu sera le pilier de l'Action Française.
N° 6, 15 mars 1893
M. d’Arcourt, Albert Arnaud, Evariste Carrance, L. Caumer, Paul Courcoural, Jules Fagnant [de Levallois-Perret], Edward Faucher, Josset (id est Léo Tess), Gustave Lions, J. Mercadier, Joseph Puech, Gabrielle Puech-Vassas (qui signe un hymne à sa ville natale : Le Vigan) , J.M. Vernay.
N° 7, 1 avril 1893
Albert Arnaud, Etienne Builles, Evariste Carrance, Gabriel Colmar, Paul Courcoural, Jules Fagnant [de Levallois-Perret], Auguste Lagrange, Gustave Lions, J. Mercadier, Joseph Puech, Gabrielle Puech-Vassas, Yves de Saint-Maur.
N° 8, 15 avril 1893
Jean-Lucien Alquier, Albert Arnaud, Evariste Carrance, Paul Courcoural, Josset, Gustave Lions, J. Mercadier, J. de Pergam, Joseph Puech, Alexandre Saumade.
Sous le titre Première escarmouche, 7 colonnes sont consacrées à une attaque en règle de La Plume déclenchée par une lettre de Joachim Gasquet (qui signe Georges d’Ailly).


                 Je ne connais d'autre collection que mes 4 pauvres numéros. Même la BNF ignore ce titre : ces adeptes de l'ordre moral on négligé leur devoir civique de dépôt légal.

3 avril 2012

Revue littéraire de Montpellier : L'ANE D'OR, 1922-1926... Larbaud, Fraigneau, Valéry, Cocteau et Jean Millau.






L'ANE D'OR, revue littéraire de Montpellier. 1922-1926


1922 - 1926  L’Ane d’or

Fondateurs : André Vialles, Maurice Chauvet, Paul Arnaud, Henry Cabrillac et Eugène Causse (liste dévoilée dans le n° 6), plus Nicole pseud. de Robert Castagné (dévoilé au n°15).
Adresse : chez Eugène Causse, 12 rue Dom Vayssette, Montpellier
Abonnements : Librairie L’Ane d’or, 33 rue de l’Aiguillerie, et librairie Pierre André, rue de l’Université. Montpellier.
Imprimerie : Firmin et Montane, Montpellier.
Gérant : Panis (le gérant de La Lanterne de Diogène était "Marius")
32 x 62 cm. puis 25 x 16,5 cm. 
Exergue : “... Mais moi, je fus insensible à toute pitié, et d’une ruade, je l’étendis net sur le carreau. (Apulée. L’Ane d’or, Livre VI)”


Deux tirages : l'édition ordinaire et l'édition de luxe tirée à 100 ex. sur "papier de choix".


               Cette revue regroupe la plupart des rédacteurs de La Lanterne de Diogène (voir la notice de cette revue pour quelques détails biographiques). Mais, 2 ans après, ces étudiants ont muri. Beaucoup ont été soldats, même si c'est, vu leur âge, pour peu de temps. Ils sont généralement marqués "à droite", parfois même très à droite, dans le sillage de Maurras et de l'Action Française, sans que la revue affiche d'ostracisme politique. Jean Millau sera, lui, grand Résistant, et homme de gauche affiché toute sa vie (sa fille, Marie-Thérèse Goutmann, sera sénateur et député communiste de Seine-Saint-Denis).
                Leurs ambitions littéraires ont aussi grandi. Leur connaissance de la littérature aussi. "Classiques", Paul Valéry est "leur" écrivain, mais aussi, pour certains d'entre eux, Jean Cocteau, Max Jacob et Valéry Larbaud qui fera un splendide cadeau à la revue : Septimanie. C'est dans L'Ane d'or qu'André Fraigneau publie sa première, et par cela même doublement époustouflante nouvelle Spectacles.
                  L'un dans l'autre, L'Ane d'or est la seule revue littéraire de niveau national parue à Montpellier durant l'entre-deux-guerres. 

Première maquette, format journal de l'Ane d'Or

Variations
                Le n° 9-10, juin 1922 marque un profond changement dans la revue. Les pseudonymes sont dévoilés. Lucius est Paul Arnaud, Chrysis Henri Cabrillac, Ménécrate André Viallès, Dirk Maurice Chauvet. Nicole veut encore garder son anonymat, mais nous savons, nous, depuis La Lanterne de Diogène, que c'est le pseudonyme de Robert Castagné
                 L’Ane d’Or  devient mensuel. Son format quitte celui du “journal” pour celui de la “revue” :  16,5 x 25 cm. Sa pagination passe de 4 à 36 pages. Il sort désormais de l’imprimerie de L’Economiste ( 9 Bd Jeu de Paume).
                 A partir du n°15-16, le nom des fondateurs figure sous le titre, Robert Castagné compris.
L’épigraphe d’Apulée, disparue depuis le changement de formule, revient en couverture dès le n° 17-18.
                 2e année, n° 1, janvier 1923 : imprimé par les Editions méridionales, Montpellier.
                 Le numéro 8  de la 2e année a été sauté lors de la numérotation.
                 En septembre-octobre 1923, H. Bedos remplace Panis comme gérant.
                 En décembre 1923 André Vialles, 25 rue de l’Aiguillerie, Montpellier, remplace Eugène Causse comme adresse postale de la revue.
                 A partir de la 3e année, janvier 1924, la revue n’est plus numérotée. Le sommaire figure désormais sur la couverture re-maquetée.
                 Eugène Causse 19 avenue de Toulouse reparaît alors comme destinataire des revues et publications.  Il deviendra, avec Graille et Castelnau, l’imprimeur de la revue en Juin-Juillet 24
Jean Brunel devient gérant en janvier 1926.

Tonalité :
                 La revue commence comme une revue étudiante. Elle pourrait n’être que la suite de La Lanterne de Diogène. Elle contient des pastiches, des articles de critique encore un peu scolaires. Mais très vite, le ton monte, les ambitions naissent. L’Ane d’Or va devenir une véritable revue littéraire à mi-chemin entre les audaces des avant-gardes et le conservatisme des arrière-gardes. Seules les contributions de Georges Duthuit (l’historien d’art gendre d’Henri Matisse) auront un rapport avec le surréalisme. Les autres grands invités feront tous partie de la littérature moderne antérieure au surréalisme : Max Jacob, Paul Valéry et surtout Jean Cocteau et Valéry Larbaud. En fait, tous les auteurs extérieurs sollicités seront des valeurs confirmées de la littérature. Aucun des jeunes écrivains français, ceux qui auraient l’âge des responsables, n’est publié, ni même mentionné (sauf dans quelques compte-rendus de parutions).
                   L’Ane d’Or est aussi une revue ouverte sur le monde. Le premier numéro (et il ne sera pas le seul) est ouvert à la nouvelle littérature espagnole. Le dernier est consacré à Walt Whitman, et à travers lui à la littérature américaine.
                   A noter : il n'y a dans cette revue montpelliéraine aucune trace de littérature occitane. Mais dans l'ombre, Pierre Azéma prépare Calendau qui brillera de mille feux dans lesannées 30.

Piliers :
                 Au départ, un groupe d’étudiants, en droit pour la plupart, ou de très jeunes avocats. Paul Arnaud (mort en 1924), Henri Cabrillac, André Vialles, Maurice Chauvet, Robert Castagné et Eugène Causse. Tous laisseront une trace dans la vie montpelliéraine. Tous ont plus ou moins participé à La Lanterne de Diogène. A ce groupe il convient d’ajouter Henri Gautier du Bayle, un passionné de cinéma.
                 Et puis, il y a un acteur de la coulisse dont l’influence sur la revue devient vite prépondérante : Jean Catel (1891-1950). Ce professeur d'anglais à l'Université, meneur d'hommes s'il en fût, moteur de la vie littéraire et artistique de Montpellier entre les deux  guerres va ouvrir la revue à Cocteau (dont il a monté l’Orphée) et à la littérature américaine (il a fait sa thèse sur Walt Whitman et voyage aux Etats-Unis). Nous rencontrerons son fils Francis dans la revue Fenix

Phares :
                  Le texte le plus marquant est celui de Valéry Larbaud : Septimanie publié en janvier 1925. Les responsables de la revue ne s’y sont pas trompés, c’est un auteur confirmé qu’ils publient, et l’existence d’un tirage à part de luxe le souligne (100 ex. numérotés, plus 5 nominatifs. Plaquette 20 x 15 cm, 24 p. en feulles, sous couv. papier vergé brique. Imprimé  le 31 mars 1925 par Causse Graille et Castelnau pour Ronald Davis, libraire à Paris). C’est aussi réciproquement à une revue qui a fait ses preuves (et qui est plus proche de sa fin que de son lancement) que l’auteur confie son texte, qui sera repris dans Jaune Blanc Bleu.  Il n’est donc pas ici question de découverte (comme c’était le cas pour Pan en 1908), mais d’un hommage mutuel. Il est vrai que Larbaud avait déjà collaboré à L’Ane d’Or en fournissant des traductions pour un numéro spécial Littérature espagnole contemporaine en février 1924.
SEPTIMANIE de Valéry LARBAUD au sommaire de L'Ane d'or, 1925
                  La même remarque pourrait s’appliquer à la contribution, assez modeste, de Max Jacob à l’automne 1925.
                  Paradoxalement, la présence de deux écrivains qui ne publient rien dans L’Ane d’Or semble plus importante pour l’orientation de la revue. Paul Valéry, bien sûr, que L’Ane d’Or fait (re)venir pour une conférence le 22 janvier 1923 et qui fait l'objet de nombreux articles. 
Paul VALERY à Montpellier, janvier 1923 par Pierre WATON
                 Jean Cocteau sera par ailleurs un des auteurs de référence de la revue, grâce aux études qu’y publie Jean Catel. Mais, alors qu’il confie Cri écrit pour l’anthologie des Amitiés languedociennes, aucun texte de lui ne figurera dans L’Ane d’Or.
                  Les participations d’André Fraigneau et de Georges Izard (fondateur de la revue Esprit, Académicien en 1971) ne surprennent pas vraiment. Tous deux sont alors étudiants à Montpellier. Mais André Fraigneau, né à Nîmes en 1905, n'a alors que 20 ans, et sa nouvelle Spectacle est la fraiche oeuvre d'un  maître. C'est sa première publication. 
                  Plus inattendue la collaboration de Georges Duthuit, le gendre de Matisse et historien d’art, avec un texte d’obédience surréaliste consacré à Montpellier dès le mois de mai 1922. Ce texte, repris de la revue marseillaise La Criée sera complété par un autre, Un père, inédit celui-là, en octobre.
                  La présence du bordelais Henri Sauguet (il a 21 ans) est plus surprenante. A-t-elle un lien avec cet autre bordelais André Harlaire? 
Henri SAUGUET parle du Pierrot lunaire de SCHOENBERG

                   A partir de mai 1923, A. Viallès publie des lettres inédites de Charles-Louis Philippe

Grands régionaux :
Jean Soulairol, le poète catholique de Béziersa déjà publié plusieurs œuvres, dont La poésie française aux pays d’Oc en 1921, et dirige depuis la même année Le Publicateur de Béziers.
Louis-Jacques Thomas (1870-1945), sort de son rôle bien établi d’historien de Montpellier pour parler de son ami Soulairol.
Jean MILLAU (1902-1985)  graveur sur bois. Il signe aussi Jan Milhau
Pierre Grasset, est déjà aussi un écrivain confirmé, un des grands ainés qui publie chez son cousin Bernard Grasset. Le voici dans un article sur le renouveau de la gravure sur bois.
Paul Duplessis de Pouzilhac (né en 1882-1958) a déjà à son actif la fondation de L’Echo des étudiants (ses démêlés avec Louis-Frédéric Rouquelle sont acérés), la participation à de nombreuses revues et la publications de recueils et de romans où la médecine se met au service d'une morale conservatrice. Il est, lors de sa participation à l’Ane d’Or  en juillet 1922 en train de penser à créer la revue Septimanie dont le premier numéro est publié à Narbonne au mois de novembre 1923.
Gaston Poulain est responsable de nombreuses vignettes non signées. Il sera conservateur de musée, auteur de livres sur Frédéric Bazille et Paul Valéry. Il a alors tout juste dépassé ses 20 ans. 


Grands débuts :
                 Pour la plupart des fondateurs, c’est le vrai début, après divers actions dans des journaux étudiants. Eugène Causse, Maurice Chauvet, se feront un nom à Montpellier.
                 Nous avons vus André Fraigneau et Georges Izard jeter leurs premiers feux.
                 Mais il ne faudrait pas oublier la partie graphique, confiée à des jeunes peintres qui, d’abord dans le cadre du groupe Frédéric Bazille (1937), puis Montpellier-Sète (1956), feront parler d’eux dans les décennies suivantes : Jean Millau, Gabriel Couderc, sous le patronage de Charles Eymar, dédicataire des textes montpelliérains de Carco et du Septimanie de Larbaud.

Réseaux et constellations :
                Le premier réseau, évident, est celui qui est issu des journaux lycéens et étudiants : L’Effort des Jeunes, La Lanterne de Diogène, L’Echo des étudiants fondés pendant la guerre de 1914. Tous les fondateurs en sont issus. C’est d’ailleurs sur cette ligne que le recrutement de collaborateurs étudiants se poursuit. Ainsi, la présence du bordelais André Harlaire ne témoigne pas de ramifications vers la Gironde, mais de la présence de l’auteur à l’Université de Montpellier. De même pour les antennes bitéroires, dont Jean Soulairol est le meilleur représentant.
                 Il est assez révélateur que l’anthologie Les Amitiés languedociennes, sous la direction d’Emile Carbon, ne soit pas patronnée par L’Ane d’Or.
                 Plus sérieux paraît le réseau de relations de l’activiste culturel et grand voyageur qu’est Jean Catel. Par lui, c’est une partie de la vie parisienne et new-yorkaise qui pointe son nez dans la revue.

Auteurs aux sommaires :
n° 1, 15 janvier 1922
Paul Arnaud, Nicole, Henri Cabrillac, André Vialles, P.G.,
Traduction de Ramon Gomez de la Serna par Charles Eymar.
n° 2, 3 février 1922
Paul Arnaud, Henri Cabrillac, André Vialles, Alberich
n° 3, 4 mars 1922
Paul Arnaud, Nicole, Henri Cabrillac, André Vialles, J. et J.F., Numa, P[aul] A[rnaud]
n° 4, 17 mars 1922
Paul Arnaud, Henri Cabrillac, André Vialles, Maurice Chauvet.
n° 5, 31 mars 1922
Paul Arnaud, Numa, Henri Cabrillac, André Vialles, Nicole, Maffre de Beaugé.
n° 6, 14 avril 1922
Paul Arnaud, Numa, Henri Cabrillac, B. de M., G.G.
A noter : A l’occasion d’une supercherie déposée devant huissier, les fondateurs de la revue se dévoilent.
n° 7, 28 avril 1922
Maurice Chauvet, Nicole, Paul Arnaud, Henri Cabrillac.
n° 8, 20 mai 1922
Maurice Chauvet, Eugène Causse, André Vialles, Henri Cabrillac, Georges Duthuit.
n° 9-10, juin 1922
Eugène Causse, André Harlaire, Paul Arnaud, Henry Cabrillac, Fred-Antoine Angermayer
A noter : Les pseudonymes sont dévoilés. Lucius est Paul Arnaud, Chrysis Henri Cabrillac,Ménécrate André Vialles, Dick est Maurice Chauvet. Nicole conserve son anonymat [Robert Castagné]
n° 11-12, juillet 1922
Maurice Chauvet, Eugène Causse, André Harlaire, Paul Arnaud, Henry Cabrillac, Paul Duplessis de Pouzilhac.
n° 13-14, août 1922
Eugène Causse, André Harlaire, Paul Arnaud, Henry Cabrillac,Nicole, Jacques Parant, Georges Dupeyron, A. Rolland de Reneville, Henri Sauguet (sur Le Pierrot lunaire d'Arnold Schöenberg).
A noter : deux bois de Jean Milhau dans l’édition de luxe.
n° 15-16, septembre 1922
Eugène Causse, André Harlaire, Paul Arnaud, Henry Cabrillac, Robert Castagné, Raymond Bès, Jean Soulairol, Raymond Lacoste,Gabriel Laborde
n° 17-18, octobre 1922
Eugène Causse, André Harlaire, Paul Arnaud, Henry Cabrillac, Georges Duthuit, André Vialles, Gabriel Laborde, Jean Soulairol
n° 19-20, novembre 1922
Eugène Causse, André Harlaire, Paul Arnaud, Henry Cabrillac, André Vialles, Ernest Labatut, Jean Ferty, Maurice Chauvet.
n° 21-22, décembre 1922
Eugène Causse, André Harlaire, Paul Arnaud, Henry Cabrillac, Maurice Chauvet
A noter : Gravures de Jean Millau et Georges Couderc [sic pour Gabriel Couderc } dans l’édition de luxe .
2e année, n° 1, janvier 1923
André Vialles, Paul Arnaud, Henry Cabrillac.
2e année, n° 2, février 1923
André Harlaire, Maurice Chauvet, André Vialles, Capitaine Oudinot, Eugène Causse
A noter l’annonce de : Les Etrangères, d’André Harlaire, à Bordeaux (Ed. La Pelote).
2e année, n° 3, mars 1923
Henry Cabrillac, André Vialles, Maurice Chauvet, Paul Arnaud.
2e année, n° 4, avril 1923
Eugène Causse, André Harlaire, André Vialles, Paul Arnaud, Henry Cabrillac.
2e année, n° 5, mai 1923
Paul Arnaud (sur Jules Romains), André Viallès, Robert Castagné, A. Harlaire, P. Barrière, lettres de Charles-Louis Philippe. 
2e année, n° 6, juin 1923
Paul Arnaud, Henri Gautier du Bayle, André Viallès, H. Cabrillac
A noter : l’apparition de vignettes et bandeaux “modernes”.
2e année, n° 7[-8], juillet 1923
Paul Arnaud, André Vialles, Jacques Bibes, Henry Cabrillac.
LE NUMERO 8 A ETE OMIS.
2e année, n° 9, août 1923
André Harlaire, E.[Gabriel] Dol, Jean Catel [sur Cocteau], Henry Cabrillac, André Vialles, Eugène Causse.
2e année, n° 10, septembre-octobre 1923
André Vincent, André Harlaire, André Vialles, Raymond Lacoste, Henry Cabrillac, Paul Arnaud.
2e année, n° 11, novembre 1923
Henri Gautier du Bayle, André Vialles, Paul Arnaud, Jean Catel, Mario Montanard, Henry Cabrillac.
2e année, n° 12, décembre 1923
André Harlaire, Paul Arnaud, Henri Gautier du Bayle, Gabriel Dol, Henry Cabrillac, André Vialles
3e année, janvier 1924
Paul Jamati, Gaston Le Révérend, Pierre Montys, André Harlaire, Paul Arnaud, André Vialles, Henry Cabrillac, Eugène Causse.
L’Ane d’or organise une conférence de Paul Valéry le 22 janvier.
3e année, février 1924
Numéro spécial : La littérature espagnole contemporaine. Traductions inédites de Valéry Larbaud et Marcel Carayon.
Textes de :  Miguel de Unamuno, Azorin, Juan Ramos Jimenez, Antonio Machado, José Ortega y Gasset, Gabriel Miro, Ramon Gomez de la Serna.
3e année, mars 1924
Henri Gautier du Bayle, André Vialles, Paul Arnaud, Henry Cabrillac, Gabriel Dol, Jean Catel [sur Cocteau], Eugène Causse.
Portrait de Paul Valéry par Pierre Waton.
3e année, avril 1924
Henry Cabrillac, André Vialles, Jean Keats (trad. par Jean Catel), Adrien Copperie, Pierre Grasset, Gabriel Dol, André Desson, André Harlaire.
3e année, mai 1924
Paul Arnaud, Henry Cabrillac, Henri Gautier du Bayle, Gabiel Dol, André Vialles, André Harlaire, Eugène Causse, Jean Catel.
A noter : Mort, à 24 ans, de Paul ARNAUD.
3e année, juin-juillet 1924
Henri Gautier du Bayle, André Harlaire, Jean Catel, Robert Castagné, Louis-J. Thomas{sur Jean Soulairol}, Henry Cabrillac, Gabriel Dol, Eugène Causse.
A noter : l’annonce de Mélanges, recueil posthume de Paul Arnaud édité par la revue, ainsi que Vertu d’Epicharis, d’Henri Gautier du Bayle.
3e année, août-septembre 1924
Pierre Haour [sur Marcel Azaïs], Raymond Lacoste, André Vialles, Jean Soleymieux, Robert Castagné, André Desson, André Harlaire, Henry Cabrillac, Henri Gautier du Bayle.
3e année, octobre-novembre 1924
Henry Cabrillac, Robert Castagné, Georges Izard, André Harlaire, Jean Catel {de New-York}, Gabriel Dol, Henri Gautier du Bayle.
3e année, décembre 1924
Henri Gautier du Bayle, André Vialles, Georges Izard, Louis Emié, Henry Cabrillac.
4e année, janvier 1925
Valéry Larbaud [Septimanie], Henri Gautier du Bayle, Ramon Gomez de la Serna (trad. Louis Emié), Henry Cabrillac, Robert Castagné, Gabriel Dol, Georges Izard, André Vialles.
A noter : le texte de Larbaud est dédié à Charles Eymar.
4e année, février 1925
Henry Cabrillac, Henri Gautier du Bayle, Paul de Courteville, Georges Izard, Henri Gautier du Bayle, F.G.
4e année, mars 1925
André Deléage, Georges Izard, Louis Emié, Phidippe, Jean Catel, Henry Cabrillac, André Vialles, Henri Gautier du Bayle, P.B.
4e année, avril 1925
Robert Honnert, André Vialles, Gabriel Dol, Robert Castagné, André Fraigneau (Spectacles, nouvelle), Henri Gautier du Bayle, Georges Izard, Henry Cabrillac, Suzanne Perrot, André Vialles.
4e année, juin 1925
Henri Gautier du Bayle, Paul Ramain, Henry Cabrillac, Pierre Grasset.
4e année, automne 1925
Max Jacob, Paul Jamati, Jean Catel, François de Mauléon, Phidippe, Henry Cabrillac, Henri Gautier du Bayle.
5e année, janvier 1926
Henri Bernard, Mario Montanard, Pierre Serre-Sanlaville, G. Hyvernand, André Vialles, Robert Castagné, Henry Cabrillac, Gabriel Dol.
Ce numéro suit celui de l’automne 1925.
5e année, février-mars 1926
Numéro spécial consacré à Walt Whitman.
Textes de : Jean Catel, Léon Balzaguette, Valéry Larbaud, Pierre Berger.
FIN DE LA REVUE.

Editions :
Outre Septimanie de Valéry Larbaud (voir plus haut), L’Ane d’Or a publié :
Paul Arnaud, Mélanges, préf. par Henry Cabrillac. [30 mars] 1925. 192 p. photo en front , 19 cm., en hommage à un de ses fondateurs, mort en 1924, ainsi que Vertu d’Epicharis, d’Henri Gautier du Bayle.

Revue littéraire de Montpellier : La LANTERNE DE DIOGENE. Premières apparitions de Jean Moulin, Maurice Chauvet ou Jean Claparède... 1917-1920

La Lanterne de Diogène. Montpellier, 1917. Le curé, le juge, l'étudiant, le soldat, le bourgeois









1917  La Lanterne  de  Diogène
Organe bimensuel des étudiants de Montpellier.
[Directeur : Paul Arnaud]
Administration : 9 rue Baumes, Montpellier.
Rédaction : 6 rue Glaize.
Impr. L’Abeille, 14 av. de Toulouse.
Gérant : Marius.
32 x 25 cm.


Voici une revue dont la teneur littéraire nous laisse un peu sur notre faim. Il est vrai qu'elle est, vers la fin de la guerre de 1914, toute rédigée par des très jeunes hommes (je n'y croise aucune femme), qui ont entre 17 et 19 ans. Etudiants, nous les verrons partir un à un pour rejoindre l'armée, puis le front. Presque tous récidiveront dans d'autres revues. Nous y voyons surtout la première apparition publique d'un nommé Jean MOULIN, "futur sous-préfet" de 20 ans.

Plaque sur la maison de Jean Moulin, Grand'rue, Montpellier

Dates : débute fin 1917. Le n° 2 porte : 1e année, 23 décembre 1917. Le dernier numéro conservé et sans doute paru est le n°45, de juin 1920. (Une collection incomplète aux AD de l'Hérault, cote PAR694).





Tonalité :
                  Nous sommes un journal d’étudiants. Nos collaborateurs sont les uns mobilisés, les autres sur le point de l’être... Nous ne parlons pas de la guerre, et c’est par pudeur... Ce que nous voulons, c’est conserver les vieilles traditions écolières, traditions de rire franc et de saine gaîté.

Collaborateurs :
                  L’étude de la revue est rendue presque impossible par l’absence de textes réellement littéraires, mais surtout par l’emploi de pseudonymes impénétrables.
                  Un des plus drôles est Le Moustique Victorieux, traduisez Victor Cousin, qui signe, entre autres, un portrait charge en Méphistophélès du conservateur de toutes les bibliothèques de Montpellier, Henri Bel
                  Diogène, titre de la revue, est aussi la signature de nombreux textes de la revue. C'est le pseudonyme de Paul Arnaud (qui le dévoile lorsqu'il part à l'armée le 14 avril 1918 et dont nous parlerons plus à propos de L'Ane d'or), mais c'est aussi sans aucun doute un pseudonyme collectif de la revue.
Paul ARNAUD, fndateur de la Lanterne de Diogène, mort avocat à 24 ans



                 Mais qui sont : Colibri, Le Frileux, Bout de Zan, Pion-Pion, Pétrarque le Consul, Gaspard de la Nuit, Plum, Flic, Margaritas Anteporcos, Taxys?  
                Jean Claparède qui signe parfois Saliceti de Saliceto donne son nom à quelques “définitions” humoristiques...  Mais qui est Le Scribe qui écrit le 28 avril 1918 un article sur Frédéric Bazille? Un autre pseudo de Jean Claparède qui, conservateur du Musée Fabre, organisera la rétrospective du peintre chez Wildeinstein en 1950? 
                  Certaines silhouettes se devinent, souvent à des indices ténus. Par exemple, au concours du “plus beau garçon de Montpellier” Raymond Ott est classé premier, et Maurice Chauvet recueille 5 voix. La Lanterne en tire gloire : ce sont ses collaborateurs... 
                  Maurice Chauvet, qui tiendra tant de place vers le milieu du siècle à Montpellier, publie le 13 juin 

1920 des vers "dignes de Valéry Larbaud". La comparaison n'est pas neutre. En 1957, à la mort de Larbaud, Chauvet adressera, de sa propre initiative, un télégramme de condoléance au nom de la ville de Montpellier, qui avait oublié que Larbaud avait tant, et si bien, parlé d'elle.
               Pierre Tisset part pour la Sorbonne en novembre 1919. Mais il revient régulièrement comme comédien amateur, ou comme couturier à Montpellier en 1920. Il y mourra en 1968, professeur de Droit féru de Jeanne d'Arc. 
               Un certain Joseph Aldémar qui publie, en vers (?), chez Fasquelle Les Grands hommes de la France, quitte la revue, où il signait Rat-dit-Noir en juin 1920. Mais, devenu Jean RYS, il sera une des stars de la TSF à Montpellier pendant l'entre-deux guerres. 
                 Johannes Ahenobarbe est un certain Jean Caffort dont je ne sais rien. Notons quand même qu'un  Charles Caffort est alors  député radical socialiste de l'Hérault, ami du père de Jean Moulin et qu'en novembre 1919, un compte rendu du Congrès Radical socialiste paraît sous la plume de "M" (Moulin? Père ou fils? ). 
                  Si nous pouvons être certains de la participation de quelques collaborateurs à la revue, il est souvents impossible d’attribuer à chacun son œuvre. 
Pastiches de Paul Arnaud : Baudelaire, et, à propos de l'épicerie QUERCY, José Maria de Heredia.
                 C’est le cas pour Paul Arnaud, à qui on doit sans aucun doute beaucoup des pastiches qui remplissent la revue, mais pas tous. C’est le cas pour Robert Castagné (qui signe aussi Nicole), Eugène Causse, Léon Arribat, Raymond Ott, Maurice Chauvet, Emile Carbon (qui devient en février 18 "cymbalier de la musique du 81e") , Raymond Delmas, André Dupin, Raymond Lacoste (pseud : Chrysostome) et Jean Milhau (qui n'est pas qu'excellent illustrateur).
On ne sait qui rédige le 23 juin 1918 une Histoire des cafés de Montpellier (illustré par Ch. Hamonet).
Jean Moulin photographié au Peyrou, à Montpellier
                Mais le plus remarquable est la présence attestée de Jean MOULIN.  La donation de Laure Moulin au Musée de Béziers comprend de nombreux dessins (caricatures) et quelques unes des revues dans lesquelles elles ont paru.  Lors de l’exposition du centenaire de Jean MOULIN en été 1999, un exemplaire de La Lanterne de Diogène était exposée, ouverte sur un dessin signé  JM. Car Jean Moulin dessine. N'oublions pas qu'il signera plus tard Romanin des dessins dans de nombreux journaux. 
               Nous apprenons le 28 avril 1918 que "Moulin, futur sous-préfet, complète actuellement ses connaissances administratives au 2e génie, aux côtés de Georges Curbelier, le célèbre dandy" ... et de Paul Arnaud. 
                Le 25 décembre 1919, un dessin de Jean Moulin (signé JM) représente un fiancé entrant dans la chambre un bougeoir à la main. Un crucifix est sur le lit, un tableau au mur. Légende : Ah ! Perfide, me tromper le lendemain de nos fiançailles! Vous pouviez bien attendre que nous soyons mariés pour faire ça! 


Réseaux et constellations :
                La Lanterne de Diogène est exactement à mi-chemin entre L’Effort des Jeunes et L’Ane d’Or. Nous parlerons de ces deux revues. 
                 Du premier, on retrouve le côté étudiant, voire lycéen. De L’Effort viennent Emile Carbon, Raymond Delmas, André Dupin, Raymond Ott, Jean Claparède, bien d’autres sans doute non identifiés, et aussi Eugène Causse, le seul peut-être à avoir participé aux trois revues. 
                 La Lanterne fournira, elle, à L’Ane d’Or plusieurs de ses fondateurs ou collaborateurs : Paul Arnaud, bien sûr, Maurice Chauvet, Robert Castagné, Jean Milhau... Elle inaugure surtout le goût des pseudonymes grecs et latins, et la passion des pastiches littéraires. Mais ici, ce jeu stérilise toute autre création littéraire, ce qui ne sera pas le cas dans L’Ane d’Or. Mais nos étudiants de 1922 seront un peu sortis du stade potache.  
Publicités pour les étudiants et les amputés de Montpellier

                  A noter que, aussi bien dans L'Ane d'or que dans le recueil de Mélanges publiés par Henry Cabrillac  après la mort de Paul Arnaud en 1924, seule une allusion si voilée qu’elle est incompréhensible rappelle l’existence de  La Lanterne de Diogène