23 janvier 2012

Quand le roman feuilleton gagne la province : La Favorite de Bou-Amema de Louis Roumieux et les bagnes de l'édition montpelliéraine

          On croit que l'histoire est dite : il n'y a pas, en France, de grandes éditions littéraires en province à la fin du XIXe.
          Eh bien, quand  un pavé de 955 pages in 4°, envoyé  par Firmin et Cabirou frères, éditeurs à Montpellier vous tombe sur les pieds, il faut réviser ses convictions.
La Favorite de Bou-Amema. Demi-reliure montpelliéraine
               Il y a eu, à Montpellier-même, au moins deux romans-feuilletons de poids publiés au début des années 1880, et repris en livraisons pour former, in fine, de copieux bouquins reliés. Les noms d'Eugène Cormon, avec Les Deux orphelines, de Xavier de Montépin, auteur de La Porteuse de pain, ceux de Paul Féval, Ponson du Terrail, Michel Zévaco ou Gaston Leroux appartiennent à l'édition parisienne.
               Celui de Louis d'ARENE, c'est-à-dire Louis ROUMIEUX, appartient, pour cette aventure, à Montpellier.
                J'ignore si d'autres villes de France ont eu ce type de publication, mais je sais qu'à Montpellier, ces deux romans sont les seuls du genre. C'est du premier que je vais parler.
Frontispice de La Favorite de Bou-Amema . 1882

Titre du pavé paru en 1882 : La Favorite de Bou-Amema, roman historique par Louis d'Arène. Dessins par Adel-Mars. 
                Là, il faut décrypter.
                Bou-Amema est un chef rebelle algérien qui déclenche en 1881 une révolte dans le sud-oranais. Le roman est donc résolument d'actualité.
Bou-Amema séduit par Laetitia qui se baigne nue

                La BNF reste coîte sur Louis d'Arène et Adel-Mars. Tout comme, d'ailleurs sur le graveur A(lfred) Ruszler. Je ne sais rien de ce dernier, mais si la BNF lit ce blog, elle peut compléter ses notices et ses index.
                Adel-Mars s'identifie assez facilement. La plupart des dessins portent le monogramme EM, bien connue des languedociens comme la griffe d'Edouard MARSAL. Deux ou trois fois, la signature est d'ailleurs développée au fil du livre (par ex. p. 273). Edouard MARSAL est LE peintre-félibre de Montpellier où se déroule toute sa vie (1845-1929). Il est le fondateur de LA CAMPANA DE MAGALOUNA. Trop connu (de ceux qui veulent le connaître) pour figurer ici.
Edouard Marsal, félibre, Languedocien et Français. Une image de la France éternelle

               Je pourrais en dire autant de Louis d'Arène, pseudonyme de Louis ROUMIEUX (Nimes 1829-Marseille 1894). La vie de cet ami de Mistral, né le même jour que Théodore Aubanel, est lié au félibrige qu'il rejoint en premier et dont il sera majoral (Cigale de Nîmes). Anecdotiquement, sa fille est le 1ère à recevoir en France le prénom de Mireille en 1861. Ce prénom était inconnu avant la parution du livre de Mistral en 1859. Il a fallu toute l'autorité du Maître pour que le curé accepte cette soi-disant forme provençale de Marie jusques là inconnue. Les traditions ne remontent jamais loin.
               Louis Roumieux reste bien connu comme le boute entrain du félibrige. Sa Noço de guingoi, dont tous les participants, mariés, maire et curé compris sont boiteux, et son Maset de Mèste Roumiéu ont été aussi indispensables aux noces et banquets que... disons, la danse des canards de nos jours.
Louis ROUMIEUx : La Noço de Guingoi. Illustrée par Edouard Marsal. 1886.

                  Mais sa vraie vie est plus triste. Cette cigale a eu des sous, les a dépensés en chantant, et la faillite venue, s'est trouvé fort dépourvu. Je passe sur cette vie qui est connue. Avec juste une remarque qui le rattache encore mieux à ce blog. Roumieux, qui a été industriel, marchand de bois, vice-consul (Ah! Marguerite!) d'Espagne, porteur comme un sapin de 3 ou 4 décorations exotiques, journaliste, a commencé et fini sa vie comme correcteur d'imprimerie. Il a aussi dirigé d'importantes revues : Li Griseo , La Revue Méridionale,  Dominique et La Cigalo d'Or.
                 Un détail. Louis Roumieux habita rue Auguste Comte, et sa maison, démolie, a laissé la place à l'immeuble dans lequel j'écris ceci.

                 Mais revenons aux mystères de Bou-Amema.
                 A l'époque (1881-1882) où Roumieux écrivait La Favorite de Bou-Amema, il était correcteur au quotidien Le Petit Eclaireur, devenu Le Midi Républicain, imprimé par Firmin et Cabirou (l'éditeur du feuilleton). Il avait des horaires de travail compliqués. Il lui fallait quand même livrer 16 pages par semaine : les fascicules paraissaient le lundi et le jeudi. On ne s'étonnera donc pas du décalage entre le prospectus de souscription qui est un a-priori et la réalisation.
                 Voici ce qu'annonce le prospectus de l'édition parisienne (avec la 1ère livraison gratuite, alors que seules quelques pages sont écrites) :
                  L'intrigue de ce magnifique roman, toute palpitante d'intérêt, se déroule de nos jours; ses personnages, encore vivants pour la plupart, sont parfaitement reconnaissables. Aussi LA FAVORITE DE BOU-AMEMA est-elle appelée à un succès sans précédent dans l'histoire du feuilleton contemporain.
                  L'auteur a eu l'heureuse audace de dévoiler, le premier, les fourberies et les trahisons d'un homme occupant jadis les plus hautes positions, marqué maintenant pour toujours du sceau infamant de la honte. 
                 M. Louis d'Arène a su, en même temps, créer des héros sympathiques dont la vie vaillante et aventureuse fera naître les péripéties les plus émouvantes.
                 Les lecteurs verront dans cet ouvrage ce que peuvent deux femmes guidées par des passions contraires, l'amour et la haine : l'une poursuit sans cesse la réalisation de son idéal, et l'autre l'anéantissement et la ruine de son pays. 
Un peu aguichante, non.

                  Voici ce qu'en dit François Dezeuze (l'Escoutaïre), dans Saveurs et gaités du terroir montpelliérain. A la fin de sa bibliographie occitane de Roumieux, il ajoute : 
                  Nous n'y ferons pas figurer ses romans en francais : "La Main noire ou l'Espagne sanglante" et "La Favorite de Bou-Amema", qui seraient ses oeuvres les plus importantes si l'importance se mesurait au nombre de lignes. 
                  Roumieux écrivit ces feuilletons avec une désinvolture incroyable. Il lui arriva de faire jouer un rôle actif à tel personnage dont il avait décrit la mort quinze jours ou trois semaine auparavant... 
                  Ces romans paraissaient chaque huit jours en feuilletons à deux sous [en, fait la parution était bi-hebdomadaire]. Roumieux les écrivait au fur et à mesure, ne donnant jamais à l'avance le texte aux imprimeurs ...
                   Un jour, il bavardait avec des dames dont l'une portait une bague à pierre noire incrustée d'or.
                   Un jeune typo hors d'haleine arrive : "M'sieu Roumieux, M'sieu Roumieux, le feuilleton!...
                   -Le feuilleton?... ah, oui!... où en suis-je?
                   -Je ne sais pas, Monsieur Roumieux.
                   - Diable, diable! Mesdames, ne sauriez-vous pas où j'en suis?
                   - Nous ne savons pas, Monsieur Roumieux.
                  A ce moment, Roumieux remarque la bague. C'est un éclair, c'est l'inspiration. Il commence un nouveau chapitre, l'intitule "Le Taliman mystérieux", bacle huit pages sur ce thème, les remet au jeune typo... 
                 Ce chapitre de la bague noire existe bien, page 648, sous le titre "La Bague de bonheur". Ici, Dezeuze est exact (au titre près).
                 Par contre, une lecture assez superficielle des 950 pages de La Favorite ne me permet pas de confirmer que des personnages morts reviennent en scène. J'ai tendance à penser que comme toujours, Dezeuze embrouille merveilleusement tout en forçant l'anecdote. Mais je peux confirmer que l'intrigue avec sa trentaine de personnages agissant en Algérie, en Espagne, à Paris, au Mexique, et à Villerdiers (ville qui pourrait ressembler à Montpellier ET à Nîmes) est fort embrouillée.
Gla-gla...

                   Il faut noter que tout le début est un hymne dithyrambique à la République, enfin assurée en 1881. Or, Roumieux n'est pas connu pour être un farouche militant républicain. Mais n'oublions pas que le feuilleton inaugure la parution d'un journal politiquement engagé : Le Midi Républicain.
                  Au sujet des convictions politiques de Louis Roumieux, voici deux chansons.
                  La première, de 1871 ou 72 est dédiée au député royaliste du Gard Pierre (et non Louis) Numa Baragnon, qui sera ministre "ultra" du gouvernement Albert de Broglie. Elle a pour titre : Vivo Enri Cinq!
VIVO ENRI CINQ : chanson de Louis Roumieux, vers 1872.
                    La seconde, datée de 1881, c'est-à dire après la démission de Mac-Mahon et l'affirmation du régime républicain, s'appelle tout simplement : Vivo la Republico! La dédicace à Alphonse Roque-Ferrier fera sourire les occitanistes.

VIVO la REPUBLICO. Chanson de Louis Roumieux. 1881
Comment est composé et réalisé ce roman?
              Il m'a d'abord semblé que cette écriture au jour le jour était incompatible avec l'illustration qui ornait chaque livraison : il fallait à Marsal le temps de dessiner, à Ruszler celui de graver sur bois.
              MAIS le texte devait paraître, sans illustration, en feuilleton, au pied de la première page du quotidien et n'être repris en fascicule que quelques jours après.
              Une étude attentive du volume semble confirmer les dires de Dezeuze : les épisodes étaient écrits "à l'arrache". En effet, si les illustrations correspondent au texte dans les premières livraisons, un décalage entre "le son et l'image" se manifeste et s'accentue au fil des parutions. Ainsi, la gravure de la page 305 (39e livraison) illustre le texte de la page 230, celle de la page 321 (41e livr.) illustre la page 229, et la page 345 (44e livr.) correspond à la page 231. Ainsi la 29e livraison a donné lieu à au moins trois gravures, qui ne paraissent qu'entre 10 et 15 livraisons plus tard, soit un à deux mois après.
               Ce décalage entre texte et illustration devait avoir deux effets contraires. Il déroutait par la non coïncidence du texte et de l'image, mais il devait aussi jouer comme un "rappel des épisodes précédents".
En tout cas, il témoigne de l'impossibilité qu'avaient les illustrateurs d'exécuter les gravures entre l'écriture du chapitre et sa publication.
               Cette hypothèse est confirmée par la présentation de La Main noire ou l'Espagne sanglante. Ce texte paru en 1884, n'a pu être publié en feuilleton dans Le Midi républicain, le journal ayant disparu le 26 août 1882. Elle a donc été diffusée uniquement et directement en livraison. Or, ce roman de 774 p. est bien moins illustré, souvent avec des figures "passe-partout.
                Roumieux vit assez mal ce fardeau alimentaire. Il vient de se séparer de sa femme. Sa fille Anaïs a perdu son mari. Il a fait faillite et n'a plus un sou. Il est donc redevenu correcteur d'imprimerie pour 3000 F. par an.
                 Devenu forçat de l'écriture, il prend d'abord la chose avec philosophie.
Une influence de Manet?

Lettre 21 oct 81 à Léontine Goirand (la "Felibresso d'Arèno dont il porte le nom et les couleurs) :  
                Le succès de La Favorite va toujours croissant. Pour un roman écrit au jour le jour, sans qu'on me donne le temps de mettre mes brouillons au net, je n'en suis pas trop mécontent. De leur côté, les éditeurs en paraissent satisfaits puisqu'ils viennent de charger votre ami Louis d'Arène décrire, à partir du 28 octobre, un nouveau feuilleton pour le Midi Républicain. Il aura pour titre : La Sorcière du Pont-du-Gard. Quelle est l'intrigue? Quel est le plan? Je n'en sais rien encore.
               Mais Bou-Amema ne veut pas mourir et devient un boulet lourd à trainer.
               Invité en juillet 1882 à une fête de famille à Palavas par les frères HAMELIN, de l'Imprimerie Centrale du Midi, il compose une romance : Quinto regalo! Et là, au milieu de la fête, cette strophe :  
Sèmpre soul, me lagne
De me consumi;
Se, d'asard, m'en plagne
A quàuquis ami : 
"Vai! - chascun me crido-, 
Per t'apasima
As la Favourido
De Bou-Amema!
(Toujours seul, je me languis et me morfond. Si par hasard, je me plains à quelques amis : Allons donc! me crie chacun : Tu as La Favorite de Bou-Amema! )
Agréable chaleur féline

               Littéralement, il étouffe. Voici un ver daté aussi de juillet 1882 :
Bou-Amema me tèn dins soun estò de ferre!
(Bou-Amema me tient dans ses griffes de fer)
 ou encore, en septembre :
Bou-Amema dins soun burnous
Me sarro, me sarro, me sarro,
Bou-Amema dins soun burnous,
Me sarro coume dins un nous.
Nous veut dire : noeud. 
Quelque chose de Delacroix?

                   Autre lettre à Léontine Goiran :
                   Le terrible Bou-Amema m'a saisi dans ses griffes et pendant trois matinées et deux nuits entières, il m'a forcé à jeter sur de grands feuillets blancs je ne sais quelles folles idées... dont je n'avais pas idée!... Oui, Léontine, mon roman interminable (par ordre) ne me laisse pas une minute de répit, ni de repos, si ce n'est pour mes repas... Aussi, croyez-moi, j'en suis plus que repu et pour un rien je l'enverrai paître et repaître à tous les diables. Comme la vente de "La Favorite..." se maintient, les éditeurs veulent que je leur fournisse cent ou cent-dix livraisons, [il y en aura 120] au lieu de 80 pour lesquelles j'étais engagé. Me voyez-vous, sortant de mon plan général, me livrer à des invasions dans le domaine de la fantaisie et de l'impossible!... Ah! quel métier! et que la littérature... pour du pain est une triste chose.


               Ce lamento nous en dit long sur ces forçats de l'écriture qu'étaient, dans le milieu littéraire de la 2e moitié du 19e siècle, les nègres et les feuilletonnistes.
               Il y a eu aussi, à Montpellier et en Languedoc, des bagnes littéraires, comme ces bagnes de la peinture dont Lyon était, pour Baudelaire, le terrible exemple.


                Quelques mois après, dès le début de 1883, Louis Roumieux remet ça pour les 774 pages de
La Main noire ou l'Espagne sanglante roman historique et d'actualité , toujours chez Firmin et Cabirou, à Montpellier.
La Main noire ou l'Espagne sanglante roman historique et d'actualité par Louis Roumieux

Vous pouvez lire La Favorite de Bou-Amema sur Gallica : 
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57844275.r=louis+d%27arene.langFR.swf

9 janvier 2012

Il y a 200 ans, parler de MISTRAL était une faute ... de Français. Les facéties d'Auguste Tandon.

            Puisque j'en étais à regarder Mistral par le petit fenestrou, je me suis souvenu de cette note surprenante, écrite par Auguste TANDON en 1812 :
Mistral dans le Manuel Languedocien d'Auguste Tandon (1812)
MAESTRALon prononce Mistral. S.m.  Est le nom qu'on donne sur la Méditerranée au vent de Nord-Ouest. C'est à dire : vent maître. Beaucoup écrivent MISTRAL. C'est mal.
            Cette définition est tirée d'un manuscrit (ayant appartenu à Joseph Loubet, le fier félibre montpelliero-parisien),intitulé :
Manuel
du
Languedocien;
Où on a réuni
des anecdotes, des réflexions, des vers
et
quelques bambochades
pour en rendre la lecture moins monotone.
Par
un amateur.

Manuel du Languedocien. Manuscrit par Auguste Tandon, de Montpellier (1812)
            C'est la première fois que je vois bambochade employé ailleurs qu'en peinture. Par bambochade, Tandon désigne ici des petites scènes curieuses ou grivoises, "faites à peindre".
            Ce Manuel du Languedocien est en fait d'abord conçu comme un recueil de Gasconismes corrigés, à l'exemple de celui de DESGROUAIS dont une réédition paraît justement à Toulouse cette même année 1812.
             Mais Auguste TANDON est incapable de se tenir dans ces limites. Certes, il corrige des tournures languedociennes qui "corrompent" le bon français. Ça concerne surtout le genre des mots que le "peuple" transpose tel quel d'une langue à l'autre. On ne doit pas dire : une lièvre, un huile, etc... Ça a peu d'intérêt.
             Mais pour un mot sur deux, le prétexte "languedocien" est oublié, et c'est une anecdote piquante qui illustre le mot.
             Amusons nous donc du fait que ce poéte occitan (il a publié des vers, contes et fables languedociennes), dont certains disent (avec vraisemblance) qu'il a été élève de l'Abbé Fabre écrive qu'il est mal d'écrire Mistral.

             Frédéric MISTRAL lui-même (né en 1830), pas plus royaliste que le roi, énumére dans son Dictionnaire  une kyrielle de variantes occitanes : Mistrau, maëstrau, maiestrau, magistrau, manistrau, mistral, mais seulement deux graphies françaises : Mistral et maëstral.

             Il n'y a pas, dans le Manuel de Tandon d'entrée à Languedocien. Mais il y en a une à PATOIS qui est un refus ferme et poli d'employer ce mot pour désigner la langue parlée en Languedoc (au sens le plus large) :

Le mot PATOIS dans le Manuel du Languedocien de Tandon : Notre "patois" est une langue!
Anecdote sur l'accent languedocien, incompréhensible à Paris
Patois : s. mSi le patois est un langage grossier, rustique, comme est celui d'un paysan ou du bas peuple, je cesse d'appeler ainsi le langage languedocien et je lui donne rang parmi les idiomes. Je ne flate pas d'avoir prouvé que notre idiome soit joli; mais j'avance qu'il est très joli et très expressif et qu'il a des beautés qu'on ne trouve pas dans toutes les langues.
             Madame P***** [Poitevin], la bisaîeule du payeur, était une des plus aimables dames de Montpellier. C'était le meilleur ton possible : de la grâce, de l'esprit, de la vivacité, parlant comme un ange et aimant beaucoup à parler. Son mari en était fou et, obligé d'aller à Paris, il voulut que sa femme l'y suivit. On part, on arrive : Madame P****  est présentée à l'épouse du banquier chez lequel on était accrédité. Elle parla beaucoup comme à son ordinaire et en français. cela va sans dire. La femme du banquier paraissait très satisfaite et ne put s'empêcher de dire à Madame P*** = "On m'avait fait une hydre de votre patois, on m'avait dit qu'il était très grossier, très difficile, et cependant, Madame, je puis vous assurer que je n'ai presque pas perdu un mot des jolies choses que vous avez eu la bonté de me dire. 

            Laissez-moi faire le Tandon, et sortir de mon sujet, "à propos de"...
            Au début des années 1980, j'ai édité un disque de Pascal COMELADE. J'étais disquaire, il y avait des clients à servir, je papillonnais. Pascal me donne sa cassette en me disant : c'est un poème de Mao-tsé-Toung. Je met le casque en continuant à servir. Ma première question après ma première écoute : "Comment tu fais pour chanter en Chinois?" La réponse de Pascal me fit rentrer 6 pieds sous terre : "Je chante en Français"!     
            30 ans après, ce titre (La prise de Nankin par l'armée populaire de libération)  reste un chef-d'oeuvre.


            Auguste TANDON, né et mort à Montpellier (1758-1824) était banquier et financier. C'était un économiste politique assez sévère, vérificateur de l'emprunt et commissaire des guerres. C'était aussi un bon vivant qui appartenait à des tas de confréries, et qui ne savait jamais résister à un calembour.
Nous le retrouverons assez souvent sur notre chemin...

7 janvier 2012

Joseph Delteil traducteur de Frédéric Mistral : beaucoup de bruit pour pas grand chose. Avec une lettre inédite du même

            J'ai failli ne pas publier ce billet. Après deux jours de lecture et relecture, ce sujet sur Joseph Delteil traducteur de Frédéric Mistral, qui me paraissait évident depuis 30 ans, me le semblait moins.
            Mais finalement, maigre cueillette est quand même cueillette, et trouver peu est quand même une information.
            D'autant qu'il y a tapage sur le sujet, et que j'avais en main des pièces inédites.
       
            Reprenons dans l'ordre chronologique.
            Le premier texte publié de Delteil l'est en occitan.
            Dès 1928 (il a 34 ans), dans De J.-J. Rousseau à Mistral, il pousse un grand coup de gueule (intitulé : Cri, Mistral, Mer.) Il vient de recevoir, des "ayant-droits", la veuve et le neveu du Nobel, un VETO pour son projet de traduire Mireille. Il voulait rendre Mistral lisible à Paris, à Moscou, à New-York. Or, une bande de provençaux locaux accapare et momifie Mistral... ce véritable pain de vie. 
             L'hostilité des ultra-frileux félibres contre ce sulfureux trublion n'étonnera que lui. La postérité mistralienne (et le vieux maître lui-même) ont étouffé le maître.
             Et puis Mistral lui-même avait traduit ses oeuvres pour les publier (En 1973, dans la préface de Nòstre Sénher lo secong, Delteil dira que Mistral pensait en français et traduisait en provençal). Cette Vulgate (assez minable comme TOUTES les auto-traductions occitanes, c'est une calamité poisseuse), doit suffire.
NRF 1 mai 1930 : Delteil  traduit Mistral.
          Il est vrai que proclamer d'emblée qu'on va traduite chato par chatte, et auparavans vosto fourcolo jitara flour (votre fourche fleurira avant que...) par : quand les papillons porteront des bretelles ne facilite pas les négociations.
          Et s'il y a mis en plus son credo de traducteur : Traduire, il me semble, n'est pas autre chose que la machine de Chicago : on met un cochon à un bout, il en sort incontinent saucissons et boudins à merveille. Non pas des copies, mais des formes nouvelles. 
          A Maillane, on tique lorsqu'on mélange Mistral et les cochons.
          Les formes nouvelles si on en croit les Essais et possibilités pour une traduction de Mireille  parus dans la NRF de mai 1930 sont taillées à coup de serpe :  les 35 premiers vers (5 strophes) de Mirèio se réduisent chez Delteil à 2 lignes, 21 mots!

           Cet essai de traduction étant public (la NRF, ça se trouve!) je n'en parlerai (presque) pas.

            Mais j'ai en main un exemplaire de Mirèio chez Lemerre, sans date mais des années 20 qui a appartenu à Joseph Delteil et qui lui a servi pour ses traductions. L'exemplaire est usé, dos (fra)cassé, et porte pas mal de notes au crayon gris. Malheureusement pour leur lecture et mes yeux, gris et non noir.
            Or, ces notes, depuis 2 jours déchiffrées et relues, sont en deça de mes attentes. Elles ne bouleversent pas la traduction donnée par Mistral, elles la corrigent. Révisionnistes, pas révolutionnaires.
            Je me contenterai d'en donner quelques unes. Dans l'ordre : le texte occitan de Mistral, sa traduction française et la proposition de Delteil. Les mistraliens retrouveront les textes.

Chant premier de Miréio . Notes de Joseph Delteil
* Coume éro / Rèn qu'uno chato de la terro, / En foro de la Crau se n'es gaire parla. = Comme c'était - seulement une fille de la glèbe, - en dehors de la Crau il s'en est peu parlé. => Ce n'était qu'une fille des champs, hors de la Crau il ne s'en parla guère. Chato devient Fille, mais la phrase disparaît toute entière dans la NRF.
Arrigoler sa provende
* La chatouno venié d'arriba si magnan = La fillette venait de donner la feuillée à ses vers à soie => d' arrigoler la provende. Obscure fantaisie.


La cigale a claqué! Ma voix n'est qu'une vieille arête
* Li mirau soun creba =  les miroirs sont crevés => la cigale a claqué (élytres) : Ici Delteil reprend la note de Mistral : "En provençal, on appelle mirau les deux petites membranes luisantes et sonores que les cigales ont sous l'abdome".

* Ma voues noun a plus que l'aresto = Ma voix est un épi égrené => N'est qu'une vieille arête / N'a plus que l'arête (la peau et les os). Comme souvent, c'est la sonorité du mot occitan qui commande le choix du mot français.


* D'ensaca l'Anglès = de battre l'Anglais => de mettre dans le sac l'Anglais. Delteil traduit littéralement certains mots . Ensaca, c'est littéralement ensacher. D'où mettre dans le sac.
* desbrando = déroute => débandade. Même remarque.
* nous baiè proun peno : nous donna de peine = nous donna grand peine
* broufounié = tourmente => coup de vent

O tron-de-bon-goi
* O tron-de-bon-goi = O tron-de-bon-goï (Mistral ne rejoute qu'un tréma) => Tonnerre de Dieu. Là où Mistral est brillant en conservant le juron tel quel, Delteil, on ne sait pourquoi, l'afadit en français.

           Voici encore quelques notes. Je ne suis pas exhaustif.

* mar que bramo = mer qui mugit = mer qui brâme.

* Di nemi pamens = Des ennemis cependant = pas moins. Ici, Delteil fait volontairement un contresens, pour rapprocher les ennemis de ce combat naval. 

* E vougnen-lei dur 'mé d'òli de-z-Ai! = Et oignons-les ferme avec l'huile d'Aix => Or oignons-les ferme à grand'huile. Dans son Trésor du Félibrige, Mistral traduit Oli de-z-Ai par Huile d'Aix, en précisant que c'est, proverbialement,  la meilleure du monde. Delteil supprime ce provençalisme.

embourgnè = aveugla => emborgna.

l'oustau, la calanco = la maison, l'anse du rivage => le mas, la calanque. Ici, Mistral gomait la couleur locale, Delteil la retrouve.

* pèr l'apara (lou rèi) = pour le défendre (le roi) => pour parer le roi . Le contresens voulu par Delteil pour conserver la sonorité du vers fait image.

            Bon, je ne relève pas toutes ces notes. Elles n'aboutiraient finalement qu'à un toilettage du texte mistralien. Moi, je suis encore sur ma faim, mais je tiens mon exemplaire à la disposition des mistraliens et des delteillens. 
            Mais voici un assez beau lot de consolation : une lettre, que je crois inédite, de Delteil à Yves Rouquette sur la traduction occitane d'un de ses textes. Je ne crois pas qu'il s'agisse de  Jésus II (Nòstre Sénher lo second) publié par l'I.E.O. en 1973, et préfacé par Delteil avant publication. Ni de Colerà paru en 1993 et dont le titre n'aurait pu le surprendre.
            Sans doute un texte paru en revue?
Lettre de Joseph Delteil à Yves Rouquette sur une traduction occitane
11 - 8 - 77
             Cher Yves Rouquette,
          Je suis bien en retard – mais j'ai été malade, et c'est pourquoi nous sommes encore ici – pour venir vous dire mon étonnement et mon plaisir. Oui, c'est ça qu'il faut faire, à pleines mains, notre langue. Quel magnifique titre!  Et j'y devine (suis-je le seul?) je ne sais quelle sauvage liberté (celle qui se moque du mortuaire mot à mot) d'indicibles retrouvailles, comme si vous aviez osé ce coup-ci vous réfugier allégrement dans votre nature. Est vieux catholique qui préfère le Pape à l'imagination. Mais préférons toujours le premier mouvement : c'est lui qui voit juste. Et, à mon âge, je veux vous dire, à vous surtout, comme je suis heureux, le tempérament heureux, de voir cette expansion, cette ascension de l'occitan (par rapport à notre pauvre 1920). Bravo! Je vous embrasse.
                                                                                          J Delteil
                   Et j'embrasse Marie Rouanet


           Delteil meurt le 12 avril 1978.




4 janvier 2012

DIRE une revue littéraire hors norme. Le séjour montpelliérain de JEAN VODAINE

DIRE, revue de Jean Vodaine, automne 1962
          DIRE, revue littéraire, n'est pas une revue inconnue.
          JEAN VODAINE, son fondateur et principal artisan non plus. Sa notice wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vodaine est à consulter. Les nombreux résultats de recherche dans Google sont à lire aussi. Si dans les détails, les informations sont souvent répétitivement aléatoires ou douteuses, elles aident à se faire une idée (attachante) du personnage.
Jean VODAINE (1921-2006)
            Mais comme, vu son tirage limité (et sa diffusion précaire), les premiers numéros de DIRE sont rares, et que, justement, ces numéros sont édités à Montpellier, je ne résiste pas au bonheur de les présenter.
            Si vous n'avez jamais eu en main un livre typographié et imprimé par Vaudaine (un autre jour je présenterai de ses livres), vous ne pouvez imaginer le grain du papier (plusieurs dans un seul et même exemplaire), le relief de chaque lettre, la résistance mesurée des reliures et des pliages. 
          Tout est imprimé à la presse à main dont le n° 7 (mai 1964) dit qu'elle est "tellement vieille qu'elle se casse souvent". D'autant que se mélangent allègrement les caractères typographiques en plomb, ceux en bois de plus grand format, les gravures sur bois et les linogravures
            Mais tout ça ne serait rien sans la qualité des contributions, graphiques ou littéraires. 
            Ne sachant pas trop comment présenter le bébé, je vais, pour chaque numéro donner une notice technique "sèche", réservant chaque fois mes bavardages pour la fin (in coda venenum).
n° 3, Automne 1962 (ach. impr. 16 nov. 1962)
DIRE : revue littéraire trimestriell
Animateurs : Edmond Dune, Printz, Temple et Vodaine
Rédaction : Jean Vodaine , 16 rue Ste Elisabeth, Basse-Yutz, Moselle
Gérante : Mme Charlotte Kaucic.
Typographie manuelle et impression par Vodaine
13,5 x 21 cm.
Tirage à 542 ex sur 6 papiers différents.
Textes de : Norge, Franz Hellens, Pierre Grison, Frédéric Jacques Temple, Pierre Mathias, Paul Mari, Ben, Robert Lorgho, Jules Mougin.
Plusieurs pages s’ouvrent grace à des signets portant la mention manuscrite : “tirez”.
Gravures (linogravures) de Vodaine.
Sommaire du n° 3 de la revue DIRE. Poème de Géo NORGE

Le BEN qui figure au sommaire est bel et bien Ben VAUTIER qui fricote alors avec le groupe Fluxus. Pour l'heure, il écrit comme il parle : "Mon livre elle me le dit pas mais ça lemerde / elle veut détruire mon attelier / elle veut entasser toules (sic) mes affaires dans 2m de cave... " (Plus tard, Beaubourg fera un peu ça); "Il faut que je devienne célèbre... je veux qu'on madore le Grand le seul Ben" (il le fera). 
BEN Vautier collaborateur de la revue DIRE en 1962
Franz HELLENS célèbre le pissenlit et NORGE la râpe. 
Frédéric Jacques TEMPLE traduit des Psaumes des indiens Navajos. 
Poèmes Navajos traduits par Frédéric Jacques Temple. Remarquez la tirette pour ouvrir la page dépliante
Ce numéro est encore à l'adresse de Vodaine à Basse-Yutz en Moselle, mais a en fait été conçu et réalisé à Montpellier. 

n° 4-5, Printemps-été 1963 (Achevé d’imprimer 20 juillet 1963)
DIRE : revue trimestrielle
Animateurs : Edmond Dune, Adrien Printz, F.-J.Temple et Jean Vodaine
Rédaction : Jean Vodaine
Mas de la Greffe, Avenue du Père Soulas, Montpellier (Hérault)
Gérante : Mme Charlotte Kaucic.
Typographie manuelle et impression par Vodaine.
Commission paritaire : 36090
13,5 x 21 cm. 
DIRE éditée à Montpellier, été 1963
Textes de : André Verdet, Robert Walser, Lawrence Durrell, Belon du Mans (Norge), Philippe Dumaine, Edmond Dune, Pierre Chabert, Armand Gullung, Jean Joubert, Jane Kieffer, Jean Malrieu, Ernest Haumesser, Belghanem, Jean L’Anselme, Jean-Paul Guibbert, Pierre Martory, Adrien Printz, Frédéric-Jacques Temple, Ben, Jean Vodaine, Carter Brown, Jean Kieffer.
Gravures (lino) : Marie Duvot, Bessil, Lucien Duvot.
Impression en noir et bleu (et même rouge ).
A noter : Le CCP à Montpellier est au nom de Lucien Duvot.
Remerciement aux amis du Luxembourg qui ont permis à Dire de continuer.
Sommaire de DIRE en été 1963
L'adresse est maintenant franchement à Montpellier.
André VERDET est le grand personnage, écrivain et peintre, de Saint-Paul-de-Vence. 
Robert Musil reprochait à Kafka ne n'être qu'un contretype de Robert WALSER, devenu fou en 1925. 
Lawrence DURRELL est déjà installé à Sommières à 2 pas de Montpellier.
Poème de Lawrence DURRELL : Picadilly
Frédéric Jacques TEMPLE structure la revue.
Jean BESSIL est professeur aux Beaux-Arts de Montpellier. 
Encore une lettre de BEN VAUTIER
BEN écrit : "Ginsberg devient chef, cest normal il est mon père, mais si avec la vieillesse je vous trahis, liquidez moi c'est un ordre... Je deviendrai le plus grand des chefs, mon copain sera Castro..." .
Poème de Jean JOUBERT dans la revue DIRE
Jean KIEFFER livre un long texte sur Thalès de Millet. 
DIRE, revue littéraire, automne 1963
n° 6, Automne 1963 (Achevé d’imprimer 12 nov. 1963)
DIRE : revue trimestrielle
Animateurs : Edmond Dune, Adrien Printz, F.-J.Temple, Jean le Mauve et Jean Vodaine
Rédaction : Jean Vodaine
Mas de la Greffe, Avenue du Père Soulas, Montpellier (Hérault)
Gérante : Mme Charlotte Kaucic.
Typographie manuelle et impression par Vodaine.
Commission paritaire : 39337
13,5 x 21 cm. 
Textes de : Henry Miller, Lawrence Durrell, Robert Allan, Ernest Hemingway, Olivier La Farge, Allen Ginsberg, René Pons, Mervin Lane, Kershaw, Robert Sabatier, Pierre Torreilles, F.-J. Temple, Jean-Pierre Foucher, Jacques Rouré.

Gravures : C. Miguel, Raphaël Secunda, Albert Aymé, Le Mauve
A noter : une liste de correspondants : Luxembourg, Belgique, Allemagne, Angleterre, Canada.
Le texte de Robert Allan est en occitan. 
Les textes sont donnés en original et en traduction (par Frédéric Jacques Temple).
Sommaire de DIRE, n° 6, automne 1963 : La littérature américaine
Là, on passe dans le très grand avec l'irruption de la littérature américaine qui se mélange sans peine avec les français, surtout montpelliérains : Robert ALLAN, René PONS, Pierre TORREILLES, TEMPLE, et le sétois Jacques ROURE
Poème de Pierre TORREILLES
MILLER donne un poème : O Lake of light
DURRELL publie Un Faust Irlandais, 16 pages de théâtre et commence par "boire largement". 
UN FAUST IRLANDAIS de Lawrence DURRELL
Robert ALLAN, qui se glisse parmi les américains, est un poète occitan de tout premier ordre dont Marie-Jeanne Verny publie cette année les oeuvres complètes. 
Poèmes occitans de ROBERT ALLAN
HEMINGWAY : Along with youth (Lointaine enfance).
WAR SONG, poème d'Olivier La Farge
Olivier LA FARGE qui meurt pendant l'impression de la revue avait envoyé : War Song.
Allen GINSBERG : A supermarket in California (6 pages). 
Allen GINSBERG publié à Montpellier en 1963
Mervin LANE pastiche Federico Garcia Lorca 
Alister KERSHAW : In memory of D. H. Lawrence
Albert AYME fournit des linogravures géométriques, dont une en couverture. 
DIRE revue de Montpellier en 1964
n° 7, Hiver-printemps 1964 (Achevé d’imprimer 23 mai 1964)
DIRE : revue trimestrielle
Mas de la Greffe, Avenue du Père Soulas, Montpellier (Hérault)
Gérante : Mme Charlotte Kaucic.
Typographie manuelle et impression par Vodaine.
Commission paritaire : 39337
13,5 x 21 cm. 
Tiré à 350 ex.
Textes de : Marcel Béalu, Arrabal, Pierre Béarn, André Miguel, Pierre Della Faille, Henry de Waroquier, Robert Lorho, Alain Saury, Kosovel, André de Richaud, Hœlderlin, Lichtemberg, Jean-Bernard Till, Jean Le Mauve, Jean Rivier, Pierre Géniaux, Odette de Marquez, Léon Colas, Paul Wittamer
Gravures de : Duvot, Pentsch, Henry de Waroquier, Vodaine, Py.
A noter : Colophon : "... a failli être le dernier numéro. Grace à Pops, Roger, Duvot, il s’est terminé quand même. . Et, au centre : Dire continue quand même
DIRE : la crise!!!!
Il semble y avoir eu séparation et crise assez vive avec F.J. Temple qui ne réapparait plus. Est-ce dû à la présence d'Henry de Waroquier et d'Odette de Marquez? Chi lo sà? 
Les textes inédits se recentrent sur la littérature contemporaine française : Marcel Béalu, Arrabal
Fernando ARRABAL dans DIRE en 1964
Pierre Béarn, Della Faille...
Sur Srecko KOSOVEL, la revue précise qu'elle refuse de l'appeler "Le Rimbaud slovène". 
SRECKO KOSOVEL, poète slovène
André de RICHAUD donne un poème : Erotikon. Pour la petite histoire, je me souviens de Frédéric Jacques Temple me racontant sa première et forcément dernière rencontre avec André de Richaud, sur son lit de mort, où l'avait conduit Joseph Delteil. Il se sont ici croisés sans se voir dans DIRE : l'un sortant, l'autre entrant.
La CLASSE DE SAINT CADO, dans le Morbihan, a envoyé poèmes et gravures
La CLASSE DE SAINT CADO, dans le Morbihan, a envoyé poèmes et gravures. Superbe! 
DIRE, hommage à GASTON CHAISSAC. dernier numéro montpelliérain
DIRE : N°1, 1er trim. 1965, revue européenne de poésie (Ach. d'imprimer le 28 mai 1965)
Editon de Sainte-Croix de Quintillargues [Hérault]
Gérante : Mme Odette de Marquez, 1 rue Grand Saint-Jean, Montpellier
Impr. par Vodaine
13,5 x 21 cm. 
Textes de : Jean Dubuffet, Gaston Chaissac, Arthur Rimbaud, Raymond Queneau, Adrien Printz, Daniel Debeauvais, Jean-Paul Sartre, Odette de Marquez, Jules Mougin, Georges Alexandre.Henry de Waroquier
Gravures : Gaston Chaissac, Fernand Michel, Jean Vodaine
Cuirs collés par Josée de Marquez et Muriel Vodaine
A noter : 20 pages [blanches] de silence en hommage à Gaston Chaissac.
Le sommaire se trouve en pages centrales.
Dans tous les exemplaires, mais de mains différentes, le titre du poème d’Odette de Marquez “Le chien déharnaché” est rajouté.
Il n’y a plus ni liste de collaborateurs ni commission paritaire imprimés, mais l’ours est manuscrit sur le 3e plat de couverture : Achevé d’imprimer le 28 mai 1965. Le lieu de vente est la librairie Les Beaux Livres, à Montpellier [et non Sauramps, dont Pierre Torreilles était pourtant directeur]
Après 1965, la revue continue sa parution en Lorraine.

Sommaire de DIRE, 1er trimestre 1965
Odette de Marquez a pris la gestion. 
Le collophon manuscrit du dernier numéro de DIRE édité à Montpellier
Le numéro est, globalement, un hommage à GASTON CHAISSAC qui fait la couverture. Il s'ouvre sur un texte (déjà édité en 1952 par Jean VODAINE) de Jean DUBUFFET
Jean DUBUFFET parle de Gaston CHAISSAC
Un poème inédit de CHAISSAC précède "ces vingt pages de silence (qui) sont dédiées à la mémoire de Gaston CHAISSAC". 
Deux des vingt pages de silence en hommage à Gaston Chaissac
Le sommaire rompt ce silence, collé sur canson noir, comme les carrés de cuir rouge, vert et tabac qui suivent. 
Du noir et du cuir...

Arthur RIMBAUD
Arthur RIMBAUD n'est bien sûr pas inédit, mais je ne sais pas si c'est le cas pour Raymond QUENEAU (De l'information nulle à une certaine forme de poésie). Le texte de SARTRE est tiré de Idées, celui d'AUDIBERTI n'est qu'une adaptation typographique.
On est quand même heureux d'abandonner la revue sur ce placard de DUBUFFET
IL FAUT DECAPER LA CULTURE JUSQU'A L'OS


Asphyxiante culture. Jean DUBUFFET a le mot de la fin: JUSQU'A L'OS !!