25 février 2012

PAUL REDONNEL (1860-1935) : un ouvreur des littératures françaises et occitanes : Splendeur des revues symbolistes à Paris et à Montpellier.





Frotispice des Chansons Eternelles de Paul Redonnel par A. MUCHA

 Je rajoute à ce blog un article déjà paru deans Etudes Héraultaises en 2008, mais très largement complété et remanié :

PAUL REDONNEL
UN GRAND OUVREUR DES LETTRES OCCITANES ET FRANCAISES[1]

Le 21 janvier 1860 naît à Cournonterral, dans l'Hérault, un  des écrivains les plus flamboyants de l'avant-guerre de 14. Aujourd'hui, si quelques initiés adeptes des sciences occultes le connaissent encore, le monde littéraire a, lui, presque complètement oublié PAUL REDONNEL.
Et pourtant ! Ses titres pour passer à la postérité sont multiples : pendant quinze ans, il a été un des animateurs majeurs et un des points de ralliement de la littérature française. Sa propre poésie, malgré ou à cause de sa lecture difficile et souvent déroutante est très loin d'être négligeable.
Il a aussi, dans les années 1890, été celui qui, avec Pierre Dévoluy, Jean Charles-Brun et Joseph Loubet, sortit la littérature occitane de son provincialisme vieillot pour la confronter de plain-pied avec sa contemporaine française. 
Photo de Paul Redonnel. Vers 1898
COURNONTERRAL - PARIS, PREMIERE.
A l'époque de sa naissance, les Redonnel sont nombreux à Cournonterral. L'un d'eux y fut pasteur protestant au XVIIe : son ombre verse un peu d'hétérodoxie sur le berceau. Au mariage de ses parents le 5 mai 1858 comme à l'enregistrement de sa naissance, c'est un Laurent Redonnel qui est maire. Son père, Jean, né le 13 mars 1807, paraît bien vieux, 53 ans, (bien qu'il n'en avoue que 51) à côté de la jeune mère, Scholastique Coste, qui, née le 1 janvier 1832, en a 28. Trois au moins des grands parents sont nés à Cournonterral, et y ont vécu "propriétaires et agriculteurs". Plus tard, pourtant, Paul se dira de vieille souche lunelloise.
Le 10 mars 1860, Paul n'a qu'un mois et demi lorsque son père meurt à Cournonterral. L'enfant ne connaîtra pas son père et sera élevé par sa mère (qui ne s'est pas remariée) et sa grand-mère.
Il gardera de son enfance villageoise des souvenirs émus : Les enfants, dont j'étais… s'amusaient aux "olivettes", à "l'enfer", au "loup", passant avec une rapidité excessive d'un jeu à un autre, par quoi s'explique ce besoin ardent de vivre.[2] Dans La France d'Oc, en 1894, il décrira un autre de ses jeux à Cournonterral : les brochettes de papier en feu.
Plus loin, dans le même conte : Ma grand-mère était une excellente conteuse et qui, malgré ses quatre-vingt huit ans sonnés, avait conservé son intelligence supérieure, sa lucidité d'esprit et un timbre de voix qui eût fait envie à bien des jeunes filles…
L'enfant baigne donc dans la tradition du conte populaire, et quand il fera le portrait de Moïse Terquarade, personnage pittoresque de Cournonterral, c'est aux récits de sa mère qu'il devra cette description[3]
La famille a déménagé à Montpellier (28 faubourg Celleneuve) après la mort du père. Sans doute pour faciliter les excellentes études de Paul, trop excellentes peut-être, puisqu'elles resteront toujours un peu trop voyantes. Elles commencent au Sacré-Cœur de Montpellier, avec Jean Charles-Brun, le chantre du régionalisme, qui sera un des rares à suivre son cercueil en 1935 à Malakoff. Elles se poursuivent jusqu'à une licence ès-sciences. A part ça, les 30 premières années de notre illuminé ont bien des zones d'ombre. 
A 30 ans, justement, Redonnel se marie. Le 11 novembre 1890, il épouse à la mairie du 5e à Paris, Marie Mathieu, fille d'un avocat des Vans, en Ardèche. La mariée a 35 ans, est divorcée, et habite avec son futur époux 34 bouvevard Saint-Marcel.
Je suis resté stupéfait à la lecture du registre d'état-civil.
D'abord, le mariage était prévu pour le 6 novembre. Pour l'occasion, les 2 veuves-mères avaient fait le voyage de Paris. Mais, patatras! Le maire est obligé de rayer l'acte préparer sur le registre "les parties ne s'étant pas présentées". Que s'est-il passé?? Mystère. 
 http://canadp-archivesenligne.paris.fr/archives_etat_civil/1860_1902_actes/aec_visu_img.php?registre=V4E_05794&type=AEC&&bdd_en_cours=actes_ec_1883_1892&vue_tranche_debut=AD075EC_V4E_05794_0036&vue_tranche_fin=AD075EC_V4E_05794_0066&ref_histo=1918&cote=V4E%205794

5 jours plus tard, les mères ont rejoint leur province, les mariés se présentent à la mairie et le mariage a lieu.
La liste des témoins de ce mariage littéraire est ahurissante.
Il y a là Isidore BOUTIQUE, "homme de lettres, 35 ans" (en fait, 39!), que la littérature connaît sous le nom d'Alexandre, et comme ami de Léon Bloy (il en eut).
Il y a là le très jeune Charles MAURRAS qui se vieillit en annonçant 23 ans. Redonnel semble avoir aimé l'homme, tout en s'étant toujours opposé à son idéologie.
Mais on reste bouche bée en voyant les signatures de Léon DUROCHER, "homme de lettres, 28 ans, 25 rue Victor Massé"  et de Léon DEQUILLEBECQ "homme de lettres, 33 ans, 17 rue du Commandeur".
Il y a là une entourloupe de taille, puisque Léon DUROCHER (de son vrai nom Düringer, d'ailleurs) et Léon DEQUILLEBECQ sont une seule et même personne, reconnus tels par tous les historiens du symbolisme.
Y avait-il seulement 3 témoins et dans ce cas le maire avait des hallucinations, ou bien, s'il y en avait 4, quel farceur a pris l'identité de Dequillebec, avec quels papiers?
Frontispice du chapitre 1 des Chansons Eternelles par Edouard Rocher

Dans l'acte, Paul-Cyprien Redonnel est qualifié de "publiciste".  Qu'en est-il?
Le 10 juillet 1889 nous le trouvons dans le sillage de Jules SIMON. Le ministre philosophe, historien et académicien qui préside la Société littéraire et artistique La Pomme a proposé un banquet  pour réunir les différentes sociétés de provinces fondées à Paris, dont La Cigale, Les Félibres de Paris et autres sociabilités méridionales. Paul Redonnel, secrétaire du ministre, participe à cette réunion où il porte un toast, et sans doute en est-il le véritable organisateur (sans ça, à quoi servirait un secrétaire?). Première manifestation publique de sa recherche de synthèse entre littérature et décentralisation.

LE POETE
Cette année 1889 est donc pour nous la date de naissance officielle de l'homme de lettres. Débuts fulgurants. Il collabore aux meilleures revues littéraires : Les Essais et L'Ermitage, la revue d'Henri MAZEL et André GIDE (qui a 20 ans). Surtout, il devient secrétaire de rédaction de la plus prestigieuse et la mieux diffusée des revues symbolistes : LA PLUME, fondée par Léon DESCHAMPS, dont le premier numéro sort le 15 avril. Il est donc réellement à la naissance de cette revue. A la mort du fondateur, en 1900, Redonnel prendra pendant quelques mois sa place à la direction de la revue. Dès ce moment, Redonnel est partout à Paris, et rencontre tout ce qui compte dans la capitale en matière de poésie symboliste.
Cette année-là, il publie La Mort du vieillard. C'est une plaquette confidentielle (que je n'ai su dénicher) in-16, 16 p. tirée à 30 ex. sur papier japon, éditée à Paris par Brasseur jeune, libraire, galeries de l'Odéon.
Le numéro spécial de La Plume (n°53) du 1 juillet 1891 consacré par Charles Maurras au félibrige cite Paul Redonnel et signale que La Mort du vieillard est épuisé mais que Liminaires est sous presse.
Paul Redonnel
Le numéro de LA PLUME consacré par Charles Maurras aux félibres en 1891

LIMINAIRES
Ce recueil est en fait sorti depuis le 15 mai : Liminaires, vers, est édité à Bruxelles, chez Paul Lacomblez, in-16, 158 p. tirage à 389 ex. Le recueil est globalement dédié à Léon Dequillebecq (pseudonyme comme on sait de Léon Durocher), ce breton qui sera secrétaire de la revue montpelliéraine Chimère et futur chansonnier du Chat Noir. Les divers textes sont dédiés à des amis de Montpellier ou de Cournonterral, félibres ou non : Alfred ROTTNER, ASTIDE DE CLAUZEL, Louis ROUMIEUX, Albert ARNAVIELLE, Pierre DEVOLUY, mais aussi à des écrivains "nationaux" : François COPPEE, René GHIL, Catulle BLEE, le ministre ami et "philosophe Jules Simon", Alcide GUERIN, Alexandre BOUTIQUE, Charles MAURRAS, sans oublier les "Poètes des Ecrits pour l'Art". Sont encore honorés le sculpteur Denécheau, le chanteur d'opéra Léon Melchisédec et des critiques comme Ernest Raynaud du Mercure de France ou Paul Lavigne.
Le livre est ambitieux. Rédigé en vers rimés réguliers, il les désarticule systématiquement. Redonnel s'inscrit dès la préface dans la modernité : Il ne me déplaît pas qu'on me traite de fou, voire d'audacieux… Il se pourrait qu'on m'appelât décadent! Peu me chaut!... Je n'ignore pas que le mot décadent précédera le mot abstrus, peut-être même le mot obscur. Mais dans le même temps, fidèle à ses origines, il place son livre sous le patronage des ignorants de la glèbe, dont je tiens la meilleure part de moi-même.
Une églogue Imité de GOUDELIN (écrivain occitan du XVIIe siècle) montre bien le difficile mélange de notations naturalistes et de symbolisme ésotérique. Alors que Goudoulin est un paysagiste précis : 
Hier, tant que le Caüs, le Chòt é la Cabéco  //  Trataon à l'escur de lours menuts afars,  //  E que la tristo Néyt, per moustra sous lugras,  //  Del gran Calel del Cél amagabo la méco[4]
[Hier, quand le Chat-huant, le Hibou et la Chouette // Vaquaient dans la pénombre à leurs menues affaires, // Et que la triste Nuit, pour montrer ses étoiles // Du grand Lampion du Ciel avait éteint la mèche…],
Redonnel ne peut retenir ses longs "susurrements"[5].
Hier que la brise fit se lever bien des voiles  //  En un susurrement très confidentiel,  //  Cependant que la Nuit pour montrer ses étoiles,  //  Soufflait à l'horizon, sur la Lampe du ciel,  //  Et que de leurs forfaits, parlaient dans les décombres,  //  Des nyctalopes gueux et hideusement sombres…
On  pense en voyant se lever la brise et les voiles à la revue ésotérique fondée par PAPUS et qui sera peut-être la vraie revue de Redonnel, LE VOILE D'ISIS qui disparaîtra la même année que lui. Et quand il remplace le chat-huant, le hibou et la chouette par des nyctalopes gueux et hideusement sombres, on se dit que ce symbolisme est parfois furieusement pétrarquisant !
Or, sous ces formes qui tiennent autant de Sully-Prudhomme et d'Adoré Floupette[6] que de Mallarmé, sous ces amas de mousseline, se cachent toujours de véritables historiettes parfois d'un érotisme assez cru (Hardi, mes lèvres et mes reins), des fables un peu triviales, un blason féminin qui va de la pomme à la fraise, soit toujours un récit. Il arrive même que ce récit ne pouvant "tenir" dans un seul sonnet, un autre lui soit raccroché comme un wagon, l'aidant à porter sa charge. Mort de la concision du sonnet.
Redonnel ne peut, ne sait, ne veut et ne voudra jamais choisir entre la Chair et la Poésie. Le Verbe incarné dans la poésie doit conserver toute la réalité de sa double nature :
Et ne veuille pas, toi que j'aime,  //  Etre à mon âme trois fois cher!  //  Cesser d'être celle que j'aime  //  Pour n'être que le Verbe-Chair.
Ou encore :
O piédestal de chair, dont je gravis la cime,  //  Fais que je croie à Dieu pour un peu croire en toi!
Du coup, autant par le mystère de la double nature de ce verbe incarné qu'à cause d'une certaine maladresse de l'auteur, la pensée reste floue, saisie par le vague des passions, voilée encore par l'expression volontiers alambiquée qui est de l'air du temps. Pas un vers mémorable dans ce recueil. C'est toujours la description de ce monde "total", dont aucun vers, aucun personnage, aucune pensée même ne se différencie. Alors que, chez Mallarmé, la poésie se tend vers un néant inaccessible, chez Redonnel les vers se dressent vers un monde tout aussi inaccessible, mais vague, multiple, et charnel. D'où l'absence de tension dans cette poésie et, pour nous, d'acte poétique majeur.
Finalement, sous la forme un peu outrée d'un symbolisme expérimental, c'est le bon vieux romantisme baudelairien qui nous touche le mieux :
Oh! cette identité de l'Etre, qui me hante! // La brise susurre, l'autan gronde, le glas // Funèbre, coutumier de la tristesse, et las // De tinter sa plainte monotonement lente, // N'en finit plus en son suprême tintement. // Est-ce la vie? est-ce la mort? ou seulement // Sous un aspect divers, l'évocable tourment? // Le glas livre mon cœur en proie à l'épouvante.
Ou encore le cri social du contemporain de l'Assiette au beurre :
Révolte-toi déshérité, car ton sang coule // Rouge comme le leur ; et toi, le flot qui roule, // Lave, lave l'humanité. // Debout! Du cœur au ventre! Et ne commets la faute  // De mourir en vaincu ; Compte les tiens et ôte // Qui te gêne.
En fait, l'essentiel n'est pas la fulgurance poétique un peu émoussée, mais la sincère volonté d'agir sur la forme poétique. La désarticulation du vers, l'éclatement de la syntaxe, l'amalgame du vocabulaire le plus éthéré avec des prosaïsmes affirmés sont de véritables besoins chez Redonnel. Ce n'est pas par hasard qu'il publiera Rimbaud (Voyelles) dans la Revue CHIMERE en 1891 à la mort du poète.
Liminaires suscite un intérêt certain. Signe de la qualité du poète ou de l'entregent de l'homme de lettres, qu'importe! les meilleures plumes de la critique vont en rendre compte.
Georges Montorgueil, dans L'Eclair de Paris souligne la savoureuse confusion du recueil : Il n'est probablement d'aucune école, mais de toutes, il flâne un peu… Subtil, précieux, éminemment artiste, il verse aux fanatiques des ivresses rares et pernicieuses, un vin qui, pour être chimérique, n'en est pas moins savoureux et chaud.
Pierre Cochet, du Petit Méridional, tout en saluant le charme de l'œuvre reconnaît que la pensée cachée par les inventions hardies ne nous apparaît pas. Mais la pensée, en poésie, est fort peu de chose. La revue belge Les Jeunes et Le Figaro annoncent un poète très précieux.
Léon DESCHAMPS fondateur et directeur de La Plume déplore l'emploi de deux douzaines de mots rares plaqués dans le volume… La forme de Liminaires eût gagné à moins de recherches, à moins d'afféteries mais souligne l'authenticité de la démarche de l'auteur possesseur d'une âme candide et bonne en laquelle ceux de la glèbe ont versé leurs trésors d'amour.
René GHIL le pape de la poésie la plus hermétique, aussi célèbre en son temps que Mallarmé ou Verlaine, se reconnaît (et se décrit) lui-même dans l'ultime apport de beauté qui font une œuvre de logique composition, de pleine conscience où vit un homme de plein talent…
Le Mercure de France par la plume d'Ernest RAYNAUD estime que Paul Redonnel nage — ce qui n'est déjà pas si détestable — dans les eaux de Corbière, de Rimbaud, de Laforgue. Son nom est à retenir. Des anciens communards, PAULE MINK, dans La Revue socialiste  et Yvanohé RAMBOSSOM dans L'Ermitage sont très élogieux. Stuart MERILL, proche alors de GIDE, est enthousiaste : Le livre de début le moins banal que j'aie jamais eu la fortune de lire… palpite de vie, de passion et de naïveté… Ironie d'un révolté naïf…
Quant à Paul VALERY, qui a 21 ans, il est tel que lui-même, déjà, dans le très confidentiel Moniteur judiciaire du Midi : La nécessité d'un véritable livre de vers doit s'apprécier à l'inutilité parfaite qu'il manifeste… Le recueil que Paul Redonnel place au seuil de sa vie littéraire est ainsi… Il me reste à constater une personnalité très précieuse.
Pour finir, citons l'analyse, sans doute la plus fine et la plus complète, dont tous les mots portent, parue dans la Revue de la littérature moderne sous la signature d'Alcide GUERIN : Imaginez une langue précieuse, alambiquée, savante, jamais banale, parfois obscure, la langue d'un poète très érudit, un peu métaphysicien, qui aurait fréquenté les latins, posséderait à fond le faire des grands poètes contemporains… qui cherche toujours l'accent qui traduira… les doutes compliqués de son esprit, les troubles raffinés de son âme…

LES CHANSONS ETERNELLES
Paul BERTHON. Frontispice du Livre 1
Originalité, sincérité naïve et préciosité sont les mots les plus souvent répétés par la critique : ils le seront encore au printemps 1894 pour la parution du grand'œuvre poétique : Les Chansons éternelles, de Paul Redonnel, avec un argument analytique, Paris et Montpellier, Bibliothèque d'Occitanie et Bibliothèque de La Plume. Imprimerie Fr. Seguin, à Avignon. in-8, [1f° d'errata], CCCIII, [9] p. Le tirage est de 452 ex. dont 52 de luxe comportant trois dessins de Victor Faliès, Edouard Marsal et Ernest Michel (trois peintres montpelliérains), sur hollande ou papiers de couleur (rose, mauve ou paille). 
Les Chansons éternelles par Abel JAMAS
C'est à la fois l'œuvre capitale et le grand'œuvre de Redonnel qui y concentre tout ce qu'il sait de poésie et de spiritualité. Preuve de son importance et de son impact, le texte fait en 1898 l'objet d'une réédition monumentale illustrée par Alphonse MUCHA, Valère BERNARD, F.-A. CAZALS, Ernest MICHEL, Gaston CUGNENC, Léon GALLAND parmi une pléiäde de 42 illustrateurs qui participent à cette spectaculaire réédition bibliophilique de la Bibliothèque artistique et littéraire imprimée à 550 exemplaires par Chamerot et Renouard. Il y a très peu de variantes entre les deux éditions.
Offert globalement à l'intellectuelle et vaillante compagne et à ma vieille mère et la mère de ma femme, pour lesquelles je suis presque un dieu, la liste des dédicataires particuliers est encore une fois instructive : elle explicite les relations et les admirations du poète. On y trouve les amis félibres, avec les trois capouliés successifs : MISTRAL, le haut troubadour gothique, Pierre DEVOLUY, le poète biblique que j'aime comme un frère, et Félix GRAS, mais aussi les montpelliérains ou languedociens Clément Auzière, Gaston Jourdanne latin lettré de la Narbonnaise qui surnomma l'auteur mandarin dédaigneux du bouton de cristal, Louis-Xavier de RICARD ami irréconciliable, fédéraliste, didactique, particulariste plein d'intérêt, historien charmant et poète au surplus, toute la lyre, Joseph LOUBET, le gent sertisseur de perles d'Occitanie dans les brumes de Flandre, Albert ARNAVIELLE, Paul CHASSARY, Charles MAURRAS et autres.
Le monde "parisien" est représenté par  Stuart Merrill chevalier du Graal, Henri Mazel fidèle d'Occitanie et paladin de Maguelone, Tristan KLINGSOR, Jules BOIS (l'ésotériste), Léon Durocher, Léon Deschamps, René Ghil, Catule Blée, Alcide Guérin, et une infinité d'autres cités dans la présentation de chacune des parties.
Ce texte est le plus étonnant qui soit. Il déroute totalement le lecteur actuel et a, selon les témoignages, désarçonné à peu près tous les lecteurs contemporains pourtant rompus aux plus téméraires expériences symbolistes.
MUCHA pour Les Chansons Eternelles
Dans les années 30, le félibre Léon TEISSIER[7] se dit éprouvé par cette lecture où il n'a trouvé ni sens, ni sens commun. Il aurait pu dire la même chose des Chants de Maldoror.
Disons-le tout net, sa lecture est une aventure difficile, ponctuée de chutes dans l'inconnu, de traversées de buissons d'épines, et, quand même, de quelques verts paradis.
Disons-le tout net aussi : c'est un des livres les plus attachants qui soit, riche et sincère, une de ces rares œuvres où il est aussi difficile d'entrer que de sortir. 
La présentation alterne vers et prose, parfois même des partitions musicales. Le livre est divisé en trois parties, qui sont des stations de l'être, et rythment l'ascension de l'auteur, chacune dédiée à un groupe d'amis. Les titres en sont des figures géométriques pointées.
La première, titrée d'un cercle flanqué d'un point d'interrogation, évoque l'irréductible ; la seconde, un carré et un point d'exclamation, représente la matière, tandis que la troisième, un triangle suivi d'un point, symbolise l'éternité.
Entre elles, des Interludes aux titres révélateurs : En l'honneur des bourgeois et Marche triomphale des Andouilles.
Les Chansons éternelles sont le grand'œuvre de Redonnel : commencé à 18 ans, abandonné dix ans, repris à 30. Il s'agit de réaliser toutes les synthèses : Paris et l'Occitanie[8], les traditions et les audaces, vers et prose, ésotérisme et christianisme, élitisme forcené et action sociale virulente, érotisme et virginité. C'est pour l'auteur, à y bien regarder, plus un mélange de tous ses contraires qu'une ascension : Un document humain transposé dans le rêve… l'œuvre d'art qui sera la vie se suffisant à soi-même, égoïstement.
Le poète lui-même, auteur et sujet, prêtre et victime, élu et maudit, essaye de rassembler sa biographie physique et spirituelle, courant sans cesse de l'une à l'autre. Le heurt des tons, des genres et des nivaux nous coupe souvent le souffle. On saute sans ménagement d'une poésie épico-biblique à du Flaubert (Pécuchet et Bovary, et non pas Salammbô) réécrit par Adoré Floupette. De l'amour le plus éthéré à l'érotisme le plus paillard. Et ceci sans que le récit qui pourtant existe ne serve jamais de main courante ou de filet où se raccrocher.
Le texte alterne des vers, rimés ou non, de la prose, des dialogues de romans du dix-huitième siècle et, comme dans ces mêmes romans, des lettres de marquises, des descriptions de cythères ou d'arcadies, des discours philosophiques ou sociaux, parfois en alternance, parfois s'entrelaçant comme des thèmes musicaux ou des lignes de l'art nouveau.
Les Interludes par exemple, sont dignes des soirées de rapins des Quat'ZArts. La Marche triomphale des Andouilles voit défiler le Chœur des Snobs, le Chœur des crétins (qui ne lisent que les auteurs posthumes), le Corps constitué des pseudo-lettrés, de la foule  et, en dernier, des Voix des poètes qui, eux sont bien joyeux car du dernier des bourgeois, ce sont les funérailles…
Au fil de l'œuvre, on pense à bien des poètes comme Verlaine :
J'ai fait ce rêve étrange, odique, et douloureux // Que les fleurs, cette nuit sans lune, m'insultaient. (p. XIV)
C'est la vérité qu'il faut demander aux choses, et non l'éloquence (p. LVIII)
Parfois se devinent des prémonitions d'Apollinaire :
Ferme les yeux, mon enfançon, // Ton père est mort, me voilà veuve, // N'ai pas le cœur à la moisson. // Des baisers mûrit la moisson, // Il faudra bien que je m'abreuve // J'ai le cœur tout à la chanson.
Des descriptions virgiliennes, noces de village ou inondations cévenoles :
Aux grandes crues hyémales, les eaux reconquièrent leur lit des temps disparus, passent à travers les châtaigniers déracinés et sur les mûriers renversés… Aujourd'hui, leur couronne émerge juste ce qu'il faut du sable amoncelé, — telles des chevelures d'humains, ensevelis debout et vivants, pour l'expiation de quelque faute énorme. Il ne faut pas déposséder les fleuves, ni les mers.
Certains rythmes complexes ont des audaces hugoliennes :
Et ce roi
Ne pourrait, sans pleurer, parler de cette reine.
Et morte la foi,
Ne saurait, sans pleurer, parler du roi, la reine.
Le vocabulaire lui-même appartient à tous les registres. Certains occitanismes reviennent sans cesse : soulas, pour peine par exemple. Des mots techniques sont avalés tout crus, et on pense à Rimbaud, parfois à Lautréamont dans un mélange de prosaïsmes et de préciosités agaçantes. D'autres arrivent des pires bas-fonds du symbolisme, voire du pédantisme potache : phallophore, aristanarques, barbacoles…
Bref, l'œuvre la plus ambitieuse qui soit. Ni ratée, ni réussie, mais sans médiocrité ni ridicule. Ce n'est pas pour rien que Léon Bloy, le découvreur de Maldoror, lui le si rugissant méfiant, fut l'ami de Redonnel[9].
 La postérité est impitoyable. Sans doute, absorbé par toutes ses autres tâches, Paul Redonnel n'a pas assez fait valoir sa poésie. Après les Chansons éternelles, le poète Redonnel se tait jusqu'à sa mort. Quarante ans de silence poétique ne se pardonnent pas.
Mais si le poète se tait, l'homme de lettres, lui, reste bien présent, et déploie une activité considérable, à la fois militante et alimentaire, ce qui ne l'empêchera pas de mourir seul et dans la misère.

L'ACTIVISTE DES REVUES MONTPELLIERAINES
Nous avons daté la naissance de l'homme de lettres du mois d'avril 1889 lorsque, dès sa création, il devient secrétaire de rédaction de la très prestigieuse revue La Plume.
Or, le même jour de mai 1891 où La Plume publie sa critique des Cahiers d'André Walter de GIDE, La Cigalo d'Or, la revue qu'édite le félibrige à Montpellier commence la publication (en occitan) de ses Sournetos dau Bas Languedoc, collecte de contes sans queue ni tête qui ont (peut-être) été réunies en volume sous le titre : Folk-lore de l'Erau (peut-être, car, malgré mes recherches, ce volume reste introuvable).
C'est que, depuis le mois de février 1891, Paul Redonnel est revenu à Montpellier. Pour raison de santé, selon Léon Teissier, mais, vue l'activité frénétique du sujet, il est permis de douter que sa santé soit chancelante. Ce retour est en effet fulgurant, et, pendant quatre ans (mai 1891-mai 1895), toute la vie littéraire de Montpellier va graviter autour de Redonnel. Non seulement rien ne se fera sans lui, mais il sera sans conteste le centre et le moteur de cette fièvre qui va durant cette période faire de Montpellier une des capitales littéraires de la France (il faudra attendre la fin des années 1950 pour retrouver cette brillance autour de Frédéric Jacques TEMPLE).

LA CIGALO D'OR
La CIGALO D'OR, Montpellier, 1889
Dès le 1er juin 1891, il devient secrétaire de rédaction de La Cigalo d'Or fondée en avril 1889 et qui jusques là ronronnait un félibrige un peu vieillot. Son premier édito se termine par ces mots : E zou! per la lengo maire! L'arrivée de ce jeune et fougueux poète symboliste reconnu par Paris est une aubaine que brandit haut et clair le félibrige pour réfuter son image passéiste. Car si Redonnel est officiellement chargé de la polémique avec l'érudite et pré-occitaniste Revue des Langues romanes et la bête noire de tous les cigaliers, Alphonse ROQUE-FERRIER, son action va surtout aboutir à une formidable ouverture. De nombreux jeunes ou très jeunes auteurs vont y publier leurs premières œuvres. PHILADELPHE DE GERDE (19 ans), Simin PALAY (17 ans), Joseph LOUBET (17 ans) admirateur fou de Mallarmé et de Junior Sans, François DEZEUZE (19 ans) se feront ensuite un grand nom. Littérairement, la revue ne cache pas ses sympathies pour la poésie contemporaine. Paul VALERY (21 ans) tout comme son compagnon de La Pléiade méridionale Fernand MAZADE y sont présents, traduits en occitan : Elena, la reine triste ou La Bello au bos que dor. Pierre DEVOLUY, ce "frère" de Redonnel, est, lui, un ami de Verlaine.
Dans les banquets félibréens, Redonnel lit aussi bien ses sonnets occitans (dont le recueil, Mai que sen ne paraîtra jamais) que des extraits français de sa grande œuvre à venir Les Chansons éternelles. Ça devait décoiffer plus d'un chapeau mistralien[10]. Il soutient, contre Alcide BLAVET (Jan Souleu) une polémique contre le néo-classicisme de Jean MOREAS, polémique qui continuera d'ailleurs en français, et contre MAURRAS, dans Chimère. Il refuse cette néo-romanité (voire néo-grécité) car pour lui, toujours farouche ouvreur de littérature, la poésie est une et universelle et ne peut se réduire à la pratique d'un groupe ethnique (fut-il occitan) comme le prône lou mouvemen pouliti que, sauto lou noum de l'Union de Raço latino refuse tout cospololitisme.
En décembre 1892, il reviendra sur cette divergence entre nationalisme maurassien et fédéralisme littéraire ouvert : Nous sièn separats un pauc de Maurras sus lou terraire de la poulitica, soutenu dans L'Echo de Paris (1-1-1893) par Alfred VALETTE, le fondateur du Mercure de France. Bref, Redonnel se situe clairement dans la mouvance des félibres fédéralistes (rouges parfois) de son ami irréconciliable Louis-Xavier de RICARD dont il lit le manifeste fédéraliste lors de l'assemblée de Montpellier du 19 novembre 1893.
On comprend donc son agacement quand Lecomte de Lisle publie son article Au sud de la Loire, il n'y a rien! et sa virulence contre Edouard DRUMONT qui, lui aussi résolument pré-célinien, attaque les Jeux Floraux de Toulouse qui viennent de rétablir l'usage de l'occitan en les traitant de ramassis de méridionaux séparatistes, de rastacouères et de juifs. La belle réponse de Redonnel est cinglante : Que vegue de Jasious pertout, aco's soun afaire! Quant a nautres, nous faran pas jamai creire que lou sourel parlo franchimand as ouliviès, a las figuièras, as amourès, as castagnès, as eusses, as arbousièrs de noste Lengadoc. E lou sourel, que lou diable iè siègue, es pas franc-maçou per aco, ni Jasiou [Qu'il voie des Juifs partout, c'est son affaire! Quant à nous, on ne nous fera jamais croire que le soleil parle français aux oliviers, aux figuiers, aux muriers, aux châtaigniers, aux chênes, aux arbousiers de notre Languedoc. Et le soleil, que le diable s'en mêle, n'est pas franc-maçon pour ça, ni Juif] (1 mars 1894).
Las! Aquel tron-de-dièu de Redonnel, se trouve, l'été 1894 venu, forço occupat per la publicacièu de la revisto regiounalisto La Franço d'Oc [et des Chansons Eternelles], et La Cigalo, fort démunie, cesse sa parution de septembre à février 1895. L'aide de Jean FOURNEL permet de sortir quelques numéros supplémentaires, mais le départ définitif de Redonnel à Paris porte un coup fatal à la revue qui disparaît en juillet 1895. Un seul être vous manque et la revue se tait.
CHIMERE, une des plus importantes revues symbolistes. Montpellier 1891

CHIMERE, revue d'insolence littéraire
A peine revenu à Montpellier en février 1891, Redonnel devenait donc secrétaire de rédaction de La Cigalo d'or. Or, dès le mois d'août 1891 paraît le premier numéro de Chimère, revue indépendante et d'insolence littéraire. Il en est à la fois directeur et rédacteur en chef, c'est à dire grand patron, aidé par Pierre DEVOLUY (né en 1862) et plus tard par Joseph LOUBET (qui, né en 1874, n'a que 18 ans lorsqu'il devient secrétaire de rédaction). Il n'a pas fallu six mois pour décider Marie-André HAGUENOT[11], poète et riche qui se fera éreinter par Redonnel lui-même dès le numéro 2 de la revue, de mettre des fonds dans la périlleuse aventure. Les Amis de L'Art indépendant fournissent un efficace relais parisien, tandis que l'imprimeur montpelliérain Montane assure la réalisation de la revue domiciliée chez l'auteur, 52 cours Gambetta. Dès le premier numéro, montpelliérains et "parisiens" se mélangent. Pierre DEVOLUY, qui sera en 1901 élu capoulié (chef suprême) du félibrige, est en ce moment jeune capitaine à Montpellier. M. Doris, qui publie Hélène, la reine triste reprendra très vite son nom : Paul VALERY pour parler des Zurbaran du Musée Fabre. LOUBET et Haguenot renforcent l'équipe. Côté parisien, Léon DESCHAMPS, directeur de La Plume si avare de ses œuvres fournit une belle Chanson. Edouard DUBUS, un des fondateurs du Mercure de France et Léon DEQUILLEBECQ, ami de Barrès et de Bruant avec lequel il chante au Chat noir apportent leur jeunesse. Le socialiste Alexandre BOUTIQUE qui envoie une longue nouvelle et Henri de BORNIER qui se contente d'un coup d'encensoir, sont des vétérans dont la présence simultanée garantit l'éclectisme de la revue.
Au fil des numéros, Verlaine, Mallarmé, Rimbaud, Jules Renard, René Ghil, Rémy de Gourmont, Jean Richepin, Tristan Klingsor accompagneront Louis-Xavier de Ricard, Jules Boissière, Jean Charles-Brun, Folco de Baroncelli, Filadelphe de Gerde ou Marius André qui donneront à la revue une tendance occitane (mais sans l'occitan) des plus affirmées. Le miracle de Redonnel sera de faire de cette revue dirigée par trois personnalités du félibrige[12] une revue lue et considérée dans l'ensemble de l'aire franco-belge. 
Dédicace à l'ami, LOUIS-XAVIER DE RICARD
Redonnel assume la partie critique de Chimère. Il y affirme son admiration pour René GHIL (plus que pour Mallarmé), et ses réticences envers l'école romane néo-classique. Ce sont d'ailleurs ces relents classiques qui lui font lucidement rejeter la poésie de GIDE dans des termes qui ne pouvaient au fond que flatter celui-ci : André Walter en ses proses m'enthousiasme, ses vers me laissent froid… Chateaubriand aussi écrivit des vers, avec lequel ce poète-ci est bien apparenté…  C'est d'ailleurs à Redonnel que La Plume avait confié la critique des Cahiers d'André Walter : Il faut lire ces Cahiers d'un que la névrose n'a pas oublié… ainsi que vous liriez la Bible ou l'Imitation de Jésus-Christ… Des souvenirs d'un éphèbe d'élite qui n'eût pas le temps de banaliser sa chimère… des phrases roses, des phrases bleues, des vertes et des blanches : toute la gamme et le prisme en entier avec ses raies noires, même et surtout avec ses raies noires (n°49, 1 mai 1891). Quelques mois plus tard, Gide renvoie l'ascenseur en publiant dans L'Ermitage de larges extraits des Chansons éternelles, différents de ceux publiés par Chimère.
Mais Chimère est aussi une revue d'idées. L'analyse du livre de Benoît MALON Le Socialisme intégral permet à Redonnel de développer ses conceptions sociales. Face aux ruptures du socialisme, il préconise l'Altruisme, qui maintient la cohésion sociale : J'ai toujours été ennuyé que le socialisme ne soit accepté que par les prolétaires souffrants. Et je n'espère rien hors de l'altruisme parce qu'une classe jouissante ne se suicide pas. Au socialisme intégral, il adresse, malgré sa sympathie pour Malon, deux objections principales. La première est idéologique : Je ne crois pas, pour ma part, à l'amélioration de tout et de tous, de tout pour tous. L'éducation du peuple laissera toujours subsister une aristocratie du savoir. Là où un bachelier suffisait, il faudra un docteur. De même pour les richesses : Le différentiel riche-pauvre subsistera malgré la disparition du paupérisme. Il sera même, en valeur absolue, plus grand.
La seconde objection est plus politique : L'extension des pouvoirs de l'Etat est non seulement incompatible avec la création artistique, mais avec la démocratie.
C'est d'ailleurs cette même défiance envers la politique qui l'engage dans une polémique avec Maurras (où il est soutenu par Anatole France dans Le Temps). L'Art se manifeste chez un peuple en raison directe de sa liberté d'esprit. En quelques mots, mon cher Maurras, nous serons fédéralistes littéraires. De cœur et d'âme avec vous pour agrandir le domaine de la Langue d'Oc… Mais nous ne vous suivrons pas sur le domaine de la politique, pouah!
Pendant deux ans, d'août 1891 à avril 1893, Chimère a, grâce à Redonnel, porté haut les couleurs de Montpellier.

LA FRANCE D'OC
Il est temps de rencontrer un autre personnage qui lui aussi porte haut : Achille MAFFRE DE BAUGE (1855-1928). Ce mousquetaire un peu Louis XIII, remuant et “apolitique à la Maurras” est un agité de la tradition. Il a la plume facile, publie sur tous les sujets, se fait voir aux quatre coins de l’Europe, rimaille à propos de tout et de rien. Il larde ses adversaires de vers plus ou moins acérés. En septembre 1894, il crée La France d'Oc, organe régionaliste.
Le bouillant Achille a convaincu, non sans mal, le prudent MISTRAL de parrainer l'entreprise. Pourtant, la revue ne publie que du français et bannit toute trace de provençal (occitan). La liste des collaborateurs, futurs et présents étonne : Maurras y côtoie FERROUL (le futur maire de Narbonne en 1907) VERLAINE, Paul BOURGET, le radical franc-maçon Jules GARIEL (directeur du Petit Méridional), Albert ARNAVIELLE, catholique et royaliste, COPPEE le bien pensant écrit aux côtés du communard Clovis HUGUES.
Attelage plein de panache et de contradictions. Nous ne nous attarderons pas à l'analyse de cette revue, dont le contenu, jusqu'à son dernier numéro (n°19, février 1895) sera, comme on s'y attendrait, à la fois brillant et chaotique. Ce serait une autre étude. Disons simplement que La France d'Oc aurait pu être, avec ou sans Mistral, l'organe du fédéralisme français. Le temps et la cohésion lui ont manqué.
Dès le numéro 5 (11 nov. 1894), Maffre de Baugé cède (bon gré mal gré) le poste de rédacteur en chef à Paul Redonnel, qui fait partie de l'aventure depuis le début. Le Comité vient de confier les fonctions de Rédacteur en chef de La France d'Oc à M. Paul Redonnel, l'écrivain remarqué, de vieille souche languedocienne, dont le passé littéraire affirme le talent incontesté qui, par son amour du sol natal, nous garantit l'orientation régionaliste. Rappelons brièvement que notre Rédacteur en chef, membre de la Société des Traditions populaires, fut le secrétaire particulier de Jules Simon, secrétaire de la rédaction de La Plume, et collaborateur de L'Ermitage, de L'Etoile, etc… Il dirige actuellement la revue provinciale Chimère, qui lutte avec avantage contre les jeunes revues parisiennes. Et la Maintenance [félibréenne] de Languedoc l'a chargé du secrétariat de la rédaction de La Cigalo d'or. Nous ne saurions mieux terminer cette rapide notice qu'en citant ses œuvres déjà parues. La Mort du vieillard, Liminaires et Les Chansons éternelles, dont toute la presse s'occupe à l'heure présente.
Et de trois ! Trois revues à la fois, c'est à dire l'ensemble de la production montpelliéraine (voire languedocienne) est maintenant sous le contrôle de Redonnel.
La France d'Oc, comme toute bonne revue, annonce, le jour même où sa rédaction est confiée à Redonnel, la création d'une maison d'édition qu'il dirigera aussi. La Bibliothèque d'Occitanie publiera soit des auteurs nés en Occitanie, soit qui lui sont attachés. Le premier volume, ce sont Les Chansons éternelles. On n'est jamais si bien servi… Mais d'autres sont annoncés, dont la non-parution nous laisse bien des regrets : La Chevauchée d'Antioche par Maffre de Baugé, Tartanes de Pierre Devoluy, Maguelone détruite de Louis-Xavier de Ricard, Le Veuvage des reines de Joseph Loubet, et, du même, L'Or di mezza voce.
REDONNEL croulant... sous le travail

Le CAVEAU DU DIX
Pour terminer l'épopée montpelliéraine de Redonnel, il faut ajouter que, d'octobre 1894 à mars 1895, Montpellier a connu l'effervescence du Caveau du Dix, créé à l'image des caveaux littéraires parisiens, comme celui du Soleil d'Or où Léon Deschamps et lui-même organisaient les soirées de La Plume. Il s'agit de réunir toute la jeunesse créative de la ville : littérature, peinture, musique, théâtre… Redonnel était un de ces rassembleurs, et il a reçu chez lui, pour plusieurs séances, les peintres Léon CAUVYou Paul GROLLIERr[13], le jeune sculpteur Louis GUIGUES, le dramaturge Louis PAYEN (futur créateur des Chorégies d'Orange), le futur critique Dauriac qui sera sous le nom d'ARMORY un ami d'Apollinaire, et bien d'autres parmi lesquels tous les auteurs de la future et bien connue revue La Coupe de splendide mémoire.
Redonnel est partout, tout se fédère autour de lui! Quel homme important !
Il est, pour la France entière, un des chefs du mouvement décadent (lui, l'amoureux d'absolu!) et une des cibles privilégiées du conservatisme littéraire. En Avril 1893, La Rénovation littéraire, une revue qui partage sa rédaction entre Bordeaux et … Le Vigan et dont la devise est Le décadentisme, voilà l'ennemi! met son nom à la tête d'autres, restés illustres :
Bordeaux les a vaincus, les impurs décadents,  //  Ecrivains sans génie, immoraux, impudents,  //  Ramassis éhonté de névroses sophistes,  //  Redonnel, Mallarmé et le sieur de Gourmont  //  Deschamps, le directeur de la gente Plumée  //  Laforgue, Paul Verlaine et Fabrice Lémon…

LA VIE PARISIENNE
Bref, c'est la gloire. C'est pourtant à ce moment, durant l'été 1895, qu'il décide de regagner Paris qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort en 1935. Exil douloureux, dont on retrouve l'écho au détour d'une chronique de La Plume en 1899 (p. 474) : Tout être qui se déracine s'arrête là où l'égoïsme des individus lui a rendu possible la nécessité de vivre. Ce n'est pas par sélection mais par besoin qu'on s'expatrie, et il y a dans la nostalgique chanson de l'exilé plus de regret des choses que des gens.
Il poursuivra inlassablement ses activités : directeur ou collaborateur de revues (il est tour à tour critique et écrivain), éditeur, défenseur du régionalisme, et, de plus en plus, se consacrera à ses recherches spirituelles ou ésotériques. Activités auxquelles il convient d'ajouter, à la fin miséreuse de sa vie, des traductions de l'espagnol ou des compilations historiques.
Redonnel est désormais un homme de lettre consacré. Il signe des préfaces, comme, en 1895, celle pour La Chanson des yeux verts d'Edmond ROCHER. En 1897, La Bibliothèque artistique et littéraire réédite Liminaires avant la très luxueuse et monumentale reprise, si bien illustrée, des Chansons éternelles de 1898.
En 1897, il fonde, avec l'éternel complice Jean CHARLES-BRUN (l'oncle de Jeanne-Yves Blanc qui sera marraine de guerre d'Apollinaire est maintenant agrégé de lettres) La Ligue occitane qui publie Les Cahiers occitans[14].
Peu après, c'est associé à Maurice Barrès (qui était déjà le parrain des Cahiers occitans) qu'il fonde Les Cahiers humains.
En 1900 après la mort subite de Léon DESCHAMPS le 28 décembre 1899, il  devient rédacteur en chef de La Plume. Il y restera peu, ne pouvant imposer sa ligne directrice résolument éclectique. Dès le mois de mai, un tract-manifeste Fait assavoir à tous les lettrés, à tous les artistes, aux amateurs d'art, aux mendieurs d'azur et aux buveurs d'idéal, à tous ceux qui croient à la force éducatrice du Beau, aujourd'hui, 10 mai de l'an de grâce mil neuf cent, que Paul FERNIOT et Paul Redonnel, l'un directeur, l'autre rédacteur en chef de "La Plume", tous deux démissionnaires depuis les 11 et 17 mars dernier, viennent de créer, près de la rue du Luxembourg, 23 rue Vaugirard, Paris : La Maison d'Art.
La Maison d'Art est une entreprise curieuse qui fait penser à la boutique de L'Art industriel de Jacques Arnoux dans L'Education sentimentale de Flaubert. D'abord, elle publie des livres en tous genres : Les modes féminines au XIXe siècle (en fascicules), La Parisienne en 1900 par l'improbable Comtesse de Réville, mais aussi et surtout pour nous Je m'accuse et Douze filles de E. Grasset de Léon BLOY, Imbéciles et gredins de Laurent TAILHADE, Contes de l'alcôve et du champ de Bataille d'Hugues REBELL ou un livre d'Albert BOISSIERE illustré par RODIN. Difficile métier d'éditeur, lorsqu'il s'agit de satisfaire ce mendiant ingrat qu'est Léon Bloy. En tout, une vingtaine de titres seront au catalogue fin 1901, dont un signé par les deux fondateurs : Les Sciences maudites (alchimie, magie, sorcellerie, astrologie, chiromancie), réédité en 1990 par l'AMORC (id est les Rose-Croix), fait appel à tous les grands noms de l'ésotérisme de l'époque, Papus, Sédir, Jolivet-Castelot, Eliphas Lévi, avec des illustrations du montpelliérain Léon Galand ou Le Sinader.
Le recueil s'ouvre sur un poème de Redonnel : Les faces des sciences maudites :
Il faut pour acquérir l'éternelle science // Comprendre le Mystère où se brise la mort, // Et porter haut le Deuil, et garder le Silence // Fuis le Sadisme… fuis la Ruse… et le remords.
Il se ferme sur un triptyque en prose du même : Sur la crédulité (dont la science officielle n'est pas exempte), Sur la prière (La parole qui n'intensifie pas la pensée est vaine… la prière est la plus haute expression de l'éloquence), et enfin Sur le pacte (Certes, Redonnel est du côté de la vertu, mais être bon est rarement signe d'une grande intelligence, tandis que le mal… Et puis la bonté est une vertu sans esprit ; On est souvent méchant… spirituellement.).
On le voit, les aspirations spirituelles sont très hautes.
Mais comme rien de ce qui est "Art nouveau" n'est étranger à la maison et qu'il faut bien vivre, celle-ci prend toutes les commandes des lecteurs en matière d'ameublement, de tapis, peintures et sculptures décoratives ou de  reliure d'art.
Le navire amiral de l'édition, c'est Les Partisans, revue de combat, d'art, de littérature et de sociologie. Superbe revue où se retrouvent régulièrement les signatures de très grandes plumes: BLOY, TAILHADE, AN RYNER,  REBELL, et des amis de toujours : Jean Charles-Brun, Devoluy, Paul-Hubert, etc…
Léon BLOY, Laurent TALHADE, HAN RYNER et Paul REDONNEL : LES PARTISANS
La revue publie aussi bien des textes d'auteur que des critiques. Comme il fallait s'y attendre, elle fait la part belle aux auteurs méridionaux (dont Alphonse ROQUE-FERRIER, l'ancien ennemi montpelliérain du temps de La Cigalo d'or), mais est, reste et s'affirme une revue parisienne d'envergure nationale.
Il faut croire que La Maison d'Art n'a jamais été une affaire rentable. Les Partisans cessent de paraître après 10 numéros (5 novembre 1900-20 mars 1901). Il est vrai que le cercle initial s'est peu étendu, et les articles tournent trop souvent à la mutuelle congratulation. Par exemple, Laurent Tailhade fait dans le numéro 2 une chronique tandis que, quelques pages plus loin, Han Ryner louange son dernier livre Imbéciles et gredins ainsi que celui de Ferniot L'Inde et celui de Redonnel (avec son style Grand d'Espagne), tous trois publiés par la maison.

LE REGIONALISTE PARISIEN
Après cet échec plein de panache, Redonnel rebondit en entrant au Comité de rédaction de L'Action régionaliste, organe de la Fédération régionaliste française qui a été créée par CHARLES-BRUN (toujours lui), et dont le n°1 paraît en février 1902. Il en devient secrétaire de rédaction en 1905. Son premier éditorial cite Louis-Xavier de RICARD : Il y a des jacobins de droite et des jacobins de gauche. Il reste en place, sans plus signer d'article, jusqu'à la suspension de la revue en 1914. Son nom disparaît sans explication à la reprise, en 1920. Curieusement, alors que Charles-Brun, qui organise les pauvres funérailles de Redonnel en est toujours le rédacteur en chef, la revue ne publiera ni notice nécrologique ni même l’annonce du décès de son ancien collaborateur. Comment a-il fait pour se rendre à ce point "intouchable"? Il est vrai que, dès le 20 déc. 1900, dans Les Partisans, Charles-Brun avait anticipé son éloge funèbre : Il n'a pas seulement écrit de beaux vers, il a encore servi de point de ralliement, il a agi dans la campagne de décentralisation littéraire.
Pour l’heure, en 1906, il est encore évidemment de la première équipe de La Revue du traditionalisme et y publie, dès le n°1 un conte La Chauve-Souris dont un des principaux personnages, outre les gamins du village, est sa grand’mère de Cournonterral.
Il consacre aussi une partie de son temps à animer un cénacle qu’il a crée en 1899 et baptisé du curieux nom de Thé Idéal[15]. Il a réussi à faire adopter ce titre exotique en signe d’ouverture : n’a-t-il pas, lui le languedocien, adopté le pseudonyme chinois de Ian Mongoï ? Le Thé Idéal vise à faire se rencontrer, de temps à autre les bonnes volontés et les gens d’Occitanie. Une réunion de littérateurs et d’artistes, la plupart fédéralistes d’Oc et occitanisants. S’y retrouvent Jean Charles-Brun, bien sûr, Han Ryner l’anarchiste, Johannies PLANTADIS le limousin, Maurice MAGRE le mage de Toulouse, le félibre de BEAUREPAIRE-FROMENT, Déodat de SEVERAC, Léon Galand, Louis Thomas l’historien de Montpellier, et bien d’autres.
Dans ces réunions s’ébauchent bien des œuvres, comme par exemple cette analyse des Pailhasses de Cournonterral. Redonnel en fait remonter l’origine de ce carnaval aux bacchanales romaines (il est vrai que Cournonterral, le village où les femmes votaient est aussi un des plus vieux de France). Il décrit minutieusement et suit pièce à pièce l’habillement des Bacchus, les Pailhasses, leur défilé et leur lutte avec les Blancs. Seul regret : que, depuis quelques temps, une dérive scatologique vienne défigurer ce carnaval unique en France. Qui s’attendrait à lire une telle description dans La Plume (1899), la revue phare du symbolisme ?
Le Thé Idéal fut, sans conteste, au tournant du XXe siècle, une de ces sociétés brillantes qui permirent au « lobby occitan » de faire entendre sa voix dans la presse parisienne.

PERDRE REDONNEL
Et puis voilà. Nous sommes arrivés en 1906-1908. Redonnel disparaît. Je perd totalement sa trace. Pendant au moins quinze ans, j'ignore tout de ses activités. Il reste jusqu'en 1914 un nom sur l'en-tête des Cahiers régionalistes, mais n'y publie rien. Où et comment, à 55 ans, vit-il la guerre? Mystère.
Ce n'est qu'en 1923 que je retrouve sa piste. Il publie dans Le Voile d'Isis la revue mensuelle de l'ordre des Rose-Croix martinistes un premier article sur Barrès. Là encore, son ascension est fulgurante. Dès 1924, il devient rédacteur en chef de la revue. De 1924 à 1929, il y publie, sous les deux signatures de Paul-Redonnel et de Ian Mongoï pas moins de 89 articles! Tous les sujets y passent : ésotérisme, alchimie, spiritisme, magie… Tous… même, fait inouï dans la revue, la littérature. Il y parle de Pierre LOUYS, de Han Ryner,  de Charles-Brun, des poètes symbolistes. Il y (re)publie même des  textes de Paul VALERY parus dans Chimère.
Mais en 1929, sans doute opposé à René GUENON qui remet en cause l'ésotérisme et l'occultisme hérité du XIXe siècle, Redonnel publie une Lettre ouverte et disparaît du sommaire de la revue.
Il va dès lors publier quelques articles, dans d'obscures revues, comme Le Compagnonnage où il donne des contes et légendes sur les Compagnons.
Sa dernière vraie publication sera en 1930 une fort élégante édition chez Jacques Bernard, à Paris de sa traduction de Chronique plaisante de Don Francesillo de Zuniga, secrétaire, domestique, favori et prédicateur de l'Empereur Charles-Quint adressée à Sa Majesté.
Ambitieux encore, il prépare une traduction de Don Quichotte qui ne paraîtra jamais.
Il habite alors 63 rue Danicourt, à Malafoff (Annuaire des Gens de lettres, 1931).

En attendant que les bribes de son œuvre littéraire soient peu à peu exhumées, il ne reste plus qu'à citer la notice nécrologique que le romancier berrichon Hugues Lapaire publia à sa mort, le 21 février 1935 dans Comœdia :
Paul Redonnel est mort hier à l'hôpital Necker. La fin du poète des "Chansons éternelles" éveillera sans doute chez quelques-uns d'entre nous des souvenirs déjà bien lointains : le Quartier latin de 1890, la "Plume" de Léon Deschamps où Redonnel fut secrétaire de rédaction, le "Soleil d'or", rendez-vous des symbolistes et décadents. Et… ce sera tout, car cette bohème qui assemblait des rimes sous les toits et chantait ses déliquescences à la lune ne saurait intéresser une époque comme la nôtre, où chacun n'est occupé qu'à son chiffre d'affaires ou à de simples moyens d'existence.
Paul Redonnel portait fièrement sa misère — la misère aux mains blanches, celle qui ne demande rien, à qui on ne donne rien, parce que celle-là n'est pas à craindre. Avant de quitter cette vie qu'il aimait, bien qu'elle fut marâtre comme elle l'est pour tous ceux qui s'attardent jusque dans leur vieillesse à contempler les étoiles, trop tard, le soir… le poète a formulé timidement un double vœu : que l'Assistance publique dont il est le débiteur ne saisisse pas sa pauvre petite bibliothèque et ses chers manuscrits, et puis qu'il lui soit permis de reposer dans le cimetière de Malakoff auprès de sa compagne bien-aimée qui l'y a précédé.
Que du moins pendant le temps qui reste d'une concession quinquennale, leurs deux cercueils soient réunis! Voilà ce que je confie aux braves coeurs qui voudraient nous aider à réaliser l'humble vœu du poète!
Le dernier vœu de Redonnel fut exhaussé même si le cortège qui le conduisit au cimetière de Malakoff n'était composé que de quelques amis : Charles Brun le régionaliste; Hugues Lapaire, Gabriel Boissy, Marcelle Tinayre, le représentant des secrétaires de rédaction et votre serviteur[16].
Quant à sa bibliothèque et ses manuscrits, il reste à les retrouver.







[1] -  Aucune étude globale n'ayant jamais été publiée sur Paul Redonnel, je me trouve face à deux lourdes responsabilités. La première est de ne pas trahir sa mémoire par une image trop partielle ou partiale. La seconde, de ne pas trop dire d'inexactitudes. Si des erreurs dans une étude sur Victor Hugo, par exemple, ne discréditent que leur auteur, des inexactitudes dans ce type d'article pionnier risquent de fixer pour très longtemps une image gauchie de mon sujet. D'où certaines minuties un peu tatillonnes de cet article.
[2]  - La Chauve-souris, coutumes et superstitions du Bas-Languedoc conte paru in : Revue du traditionalisme français et étranger, Paris, n° 1, 1906.
[3] . -— La France d'Oc, 1894, p. 30 : Pagans e paganes d'Oc, documents pour un livre futur.
[4] - Edition Toulouse, Pijon, 1774
[5] - Susurrement : orthographe adoptée par Redonnel d'un bout à l'autre de son œuvre, toutes publications confondues, toutes corrections ignorées.
[6] - Sous le pseudonyme collectif de Adoré Floupette, Gabriel Vicaire et Henri Beauclair publient en 1884 Déliquescences, un recueil parodique qui fit grand bruit. 
[7]  - In Calendau, revue éditée à Montpellier par Pierre Azéma, nov. 1937.
[8] - Redonnel emploie systématiquement Occitanie, occitanisme et occitan ou langue d'oc à la place des contemporains : Midi, méridional, provençal, etc…
[9]  - Journal inédit de Léon Bloy, Lausanne, L'âge d'homme, 2006. Tome 2, années 1896-1902.
[10] - En 1899, dans La Plume (p. 376), il s'insurge contre la tendance de certains à faire du chapeau de Mistral le nombril du Midi…
Et plus tard, il fera lors d'une séance parisienne du Thé Idéal (voir infra) le pittoresque récit de ses anicroches avec Albert Arnavielle, le terrible félibre du Clapas.
[11]  - Médecin, auteur de nombreuses plaquettes de poésie parues sous le pseudonyme de Dubois Des Isles. Membre de l'Académie des sciences de Montpellier, il mourra prématurément en 1904.
[12]  - Loubet, Devoluy et Redonnel lui-même.
[13] - L'auteur des peintures du Château Laurens, à Agde, est né à Montpellier en 1874. Il a donc 20 ans lors de ses interventions picturales au Caveau du Dix. Paul Grollier, lui, né à Sète en 1877, n'a que 17 ans. Il est vrai qu'il va très vite puisqu'il meurt en 1902 à Paris.
[14]  - Deux numéros parus, février et août 1899.  Voir l'article de Jean Lesaffre in Bibliographie des revues et journaux littéraires des XIX et XXemes siècles, par Jean-Michel Place, Paris, 1973, tome 2, pp. 354-360.
[15] - La Plume, 1899, p. 134
[16]  - Albert Bernet dans le journal Le Compagnonnage du 1 avril 1935.

1 commentaire:

Interstices a dit…

Bonjour et bravo pour cette (re)découverte d'un auteur et d'un parcours de vie très intéressants, à la charnière de plusieurs époques et courants. Je suis tombé par hasard sur votre travail mais je mesure le temps et les efforts que vous avez du fournir pour le simple plaisir intellectuel d'enrichir la connaissance. Rare et beau. Merci.