9 janvier 2012

Il y a 200 ans, parler de MISTRAL était une faute ... de Français. Les facéties d'Auguste Tandon.

            Puisque j'en étais à regarder Mistral par le petit fenestrou, je me suis souvenu de cette note surprenante, écrite par Auguste TANDON en 1812 :
Mistral dans le Manuel Languedocien d'Auguste Tandon (1812)
MAESTRALon prononce Mistral. S.m.  Est le nom qu'on donne sur la Méditerranée au vent de Nord-Ouest. C'est à dire : vent maître. Beaucoup écrivent MISTRAL. C'est mal.
            Cette définition est tirée d'un manuscrit (ayant appartenu à Joseph Loubet, le fier félibre montpelliero-parisien),intitulé :
Manuel
du
Languedocien;
Où on a réuni
des anecdotes, des réflexions, des vers
et
quelques bambochades
pour en rendre la lecture moins monotone.
Par
un amateur.

Manuel du Languedocien. Manuscrit par Auguste Tandon, de Montpellier (1812)
            C'est la première fois que je vois bambochade employé ailleurs qu'en peinture. Par bambochade, Tandon désigne ici des petites scènes curieuses ou grivoises, "faites à peindre".
            Ce Manuel du Languedocien est en fait d'abord conçu comme un recueil de Gasconismes corrigés, à l'exemple de celui de DESGROUAIS dont une réédition paraît justement à Toulouse cette même année 1812.
             Mais Auguste TANDON est incapable de se tenir dans ces limites. Certes, il corrige des tournures languedociennes qui "corrompent" le bon français. Ça concerne surtout le genre des mots que le "peuple" transpose tel quel d'une langue à l'autre. On ne doit pas dire : une lièvre, un huile, etc... Ça a peu d'intérêt.
             Mais pour un mot sur deux, le prétexte "languedocien" est oublié, et c'est une anecdote piquante qui illustre le mot.
             Amusons nous donc du fait que ce poéte occitan (il a publié des vers, contes et fables languedociennes), dont certains disent (avec vraisemblance) qu'il a été élève de l'Abbé Fabre écrive qu'il est mal d'écrire Mistral.

             Frédéric MISTRAL lui-même (né en 1830), pas plus royaliste que le roi, énumére dans son Dictionnaire  une kyrielle de variantes occitanes : Mistrau, maëstrau, maiestrau, magistrau, manistrau, mistral, mais seulement deux graphies françaises : Mistral et maëstral.

             Il n'y a pas, dans le Manuel de Tandon d'entrée à Languedocien. Mais il y en a une à PATOIS qui est un refus ferme et poli d'employer ce mot pour désigner la langue parlée en Languedoc (au sens le plus large) :

Le mot PATOIS dans le Manuel du Languedocien de Tandon : Notre "patois" est une langue!
Anecdote sur l'accent languedocien, incompréhensible à Paris
Patois : s. mSi le patois est un langage grossier, rustique, comme est celui d'un paysan ou du bas peuple, je cesse d'appeler ainsi le langage languedocien et je lui donne rang parmi les idiomes. Je ne flate pas d'avoir prouvé que notre idiome soit joli; mais j'avance qu'il est très joli et très expressif et qu'il a des beautés qu'on ne trouve pas dans toutes les langues.
             Madame P***** [Poitevin], la bisaîeule du payeur, était une des plus aimables dames de Montpellier. C'était le meilleur ton possible : de la grâce, de l'esprit, de la vivacité, parlant comme un ange et aimant beaucoup à parler. Son mari en était fou et, obligé d'aller à Paris, il voulut que sa femme l'y suivit. On part, on arrive : Madame P****  est présentée à l'épouse du banquier chez lequel on était accrédité. Elle parla beaucoup comme à son ordinaire et en français. cela va sans dire. La femme du banquier paraissait très satisfaite et ne put s'empêcher de dire à Madame P*** = "On m'avait fait une hydre de votre patois, on m'avait dit qu'il était très grossier, très difficile, et cependant, Madame, je puis vous assurer que je n'ai presque pas perdu un mot des jolies choses que vous avez eu la bonté de me dire. 

            Laissez-moi faire le Tandon, et sortir de mon sujet, "à propos de"...
            Au début des années 1980, j'ai édité un disque de Pascal COMELADE. J'étais disquaire, il y avait des clients à servir, je papillonnais. Pascal me donne sa cassette en me disant : c'est un poème de Mao-tsé-Toung. Je met le casque en continuant à servir. Ma première question après ma première écoute : "Comment tu fais pour chanter en Chinois?" La réponse de Pascal me fit rentrer 6 pieds sous terre : "Je chante en Français"!     
            30 ans après, ce titre (La prise de Nankin par l'armée populaire de libération)  reste un chef-d'oeuvre.


            Auguste TANDON, né et mort à Montpellier (1758-1824) était banquier et financier. C'était un économiste politique assez sévère, vérificateur de l'emprunt et commissaire des guerres. C'était aussi un bon vivant qui appartenait à des tas de confréries, et qui ne savait jamais résister à un calembour.
Nous le retrouverons assez souvent sur notre chemin...

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